Un double keleier pour l'été 2021

Keleier 113 114 couvCe nouveau keleier est consacré aux réquisitions de blé et de pain pendant la Seconde Guerre mondiale. Le sujet fait partie des préoccupations majeures à partir de 1943 : le blé devient une denrée précieuse qu'on rationne et surveille. Rétention, vols, incendies... le régime de Vichy s’est vite révélé incapable d’organiser la production et la répartition de biens essentiels tels que le pain et le beurre. Cette pénurie va creuser le fossé entre ville et campagne. 

Pour traiter le sujet, nous avons doublé la mise : François Ac'h livre donc 16 pages illustrées, qui constituent deux keleiers, le 113 et 114. Il n'en fallait pas moins pour donner une idée du vécu des années 1939-1945 par les populations locales, depuis les évolutions subies jusqu’au paroxysme du Débarquement.

Retrouvez ce double keleier, ainsi que nos livres, au marché de Kerdévot, tous les mercredis jusqu'au 18 août. Et si vous l'avez déjà lu, n'hésitez pas à nous faire part de vos observations et de votre avis sur le sujet !


Un procès inédit sous le régime de Pétain

Palais de justice de Quimper_Coll. Musée de BretagneLe 25 avril dernier, Ouest-France rapportait dans ses pages un des grands faits divers qui ont marqué l'histoire judiciaire. A Ergué-Gabéric, le dimanche 3 août 1941, Roger Morvan tuait sa sœur Marie-Renée. Elle venait de "se moquer de lui". C’est le premier procès aux assises du Finistère après la modification du jury populaire par Pétain. Nous reprenons ici in extenso le texte de Pierre Fontanier.

« C’est l’histoire d’un mal-être paysan » résume Annick Le Douget, historienne de la criminalité en Bretagne. Dans la fraîcheur granitique de sa maison fouesnantaise, la passionnée déroule avec ferveur l’histoire d’un fratricide intervenu dans un contexte judiciaire inédit. Dimanche 3 août 1941 dans l’après-midi. Au cœur de l’été et de la guerre, le Dr Renault est appelé à la ferme des Morvan en Ergué-Gabéric. Marie-Renée, 55 ans, aînée d’une fratrie de trois enfants, vit avec ses deux frères, Alain, 53 ans et Roger, 50 ans. Tous trois sont agriculteurs. Marie-Renée vient de mourir. Les frères expliquent qu’elle aurait chuté. Mais face à ses blessures, aux ecchymoses et aux marques sur le corps de la quinquagénaire, le médecin refuse de délivrer le permis d’inhumer. Il prévient les gendarmes de Quimper. Les frères confirment la thèse de l’accident : leur sœur aurait chuté d’une échelle et serait tombée sur la nuque, avant de décéder de ses blessures. Mais ils se contredisent. Alain décide de dire la vérité. Roger finit par péniblement reconnaître. Il est cuisiné par le chef de brigade Denniel et les gendarmes L’Escop et Bernard. Ce dimanche-là, les deux frères rentrent de leur travail au champ vers 14 h. Après le déjeuner, Roger demande à Marie-Renée de lui apporter une chemise propre. Elle lui rit au nez et l’invite à se débrouiller lui-même, peut-on lire dans l’acte d’accusation. Une énième dispute éclate : vivre entre frères et sœurs célibataires n’est pas simple. Il la gifle, elle chute, se relève et part dans la cour. Il la gifle à nouveau et lui donne des coups de bâton. Avant de lui en infliger d’autres, sous l’arbre du verger où les deux frères l’ont transportée. Elle tombe dans le coma. Pour la cacher des voisins, ses frères la déplacent dans sa chambre. Elle rend son dernier souffle une demi-heure plus tard.

« Cette affaire intervient dans un contexte judiciaire inédit » : pour réduire le grand nombre d’acquittements (un tiers des accusés au XIXe siècle dans le Finistère et la moitié des affaires de coups mortels lors de la décennie précédente), Pétain réforme et renforce la répression. Les jurés d’assises passent de douze à six*. Et, « surtout, jurés et magistrats prennent désormais leur décision ensemble. Car jusque-là, les jurés décidaient seuls de la culpabilité ou non. Les magistrats fixaient ensuite la peine. Mais en cas de non-culpabilité retenue par le jury, il coupait l’herbe sous le pied des juges, contraints d’acquitter. Avec cette loi, la justice n’est plus l’expression du peuple souverain. » Le garde des Sceaux, Joseph Barthélémy, estime que cette loi n’est « pas destinée à supprimer le jury, mais lui enlever son venin ». Elle s’applique dès le 1er janvier 1942 : le 6, Roger Morvan essuie les plâtres dans le Finistère. L’ambiance s’en ressent : les jurés craignent d’être manipulés par les magistrats. L’audience est présidée par M. Bouriel, conseiller de la cour d’appel de Rennes, l’avocat général est M. Trensz et Me Bastard assure la défense de Roger Morvan. Sa reconnaissance timorée le rend antipathique : « Son absence de compassion montre le poids de ses rancœurs. » Mais ses « renseignements » d’ancien soldat en 14, évadé d’Allemagne dans des conditions rocambolesques, plaident en la faveur de ce héros local et contre sa sœur, à la réputation de simplette et d’alcoolique. Il est tout de même condamné à cinq ans de prison pour coups mortels. Roger Morvan est mort avec au moins 200 autres prisonniers dans les bombardements par les alliés américains de la maison d’arrêt de Mantes-la-Jolie, le 30 mai 1944. Avant de quitter ce monde en 1951, son frère Alain est resté à la ferme et s’est marié en 1946 à Ergué-Gabéric, survivant au mal-être paysan qui a décimé sa fratrie.

*Nombre de jurés aux assises : 12 jusqu’en 1942, puis six de 1942 à 1945, 7 jusqu’en 1958 puis neuf jusqu’en 2012 et six depuis 2012.


Un nouveau Keleier sur les réquisitions

Keleier 112 couv 100 pxLe Keleier n° 112 d'Arkae est paru ces derniers jours. Après un bel édito, François Ac'h poursuit son enquête sur les réquisitions pendant la Seconde Guerre mondiale à Ergué-Gabéric. Au menu de ce dossier, trois nouveaux articles :
Le maire, le corps municipal et le syndic
Pierre Tanguy, agriculteur à Kerellou, a été élu maire d’Ergué-Gabéric à 38 ans, à l’issue des élections de 1929. Un second mandat lui est confié à la suite des élections municipales du 5 mai 1935. Mais en 1941, lorsque de nouvelles élections doivent avoir lieu, une loi décide que le maire sera nommé par le préfet...
1940-1945, le maire face aux réquisitions
Dès juillet 1940, le fonctionnement de la chaîne des commandements lors des réquisitions était établi. La Feldkommandantur décide, transmet au préfet, qui transmet lui-même au maire pour ce qui concerne la commune. Le maire, quant à lui, exécute...
1943, des réquisitions d'écoles
En juillet 1943, une unité allemande qui allait porter secours à Mussolini en Italie a été mise au repos dans les écoles privées du bourg d’Ergué-Gabéric et de Lestonan. S'en suivent plusieurs récits...
Pour obtenir le Keleier en version imprimée ou numérique (2 € le numéro hors adhésion), n'hésitez pas à nous écrire à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., ou à nous appeler au 02 98 66 65 99, ou à passer à notre permanence au 3, rue de Kerdévot à Ergué-Gabéric. 


Mois du breton : les histoires de Lanig Rouz rééditées

Lanig Rouz et ses frères WebIl y a 13 ans, Arkae faisait paraître un livre de Lanig Rouz : les Koñchennoù (Historiettes), où il raconte, avec talent et espièglerie, les histoires de son enfance dans le pays de Quimper entre les deux guerres. Lanig avait écrit ces petits récits dans sa langue maternelle, le breton cornouaillais, puis ses filles, Nicole et Marie-Christine, assistées par Arkae, les avaient traduits en français. 

Ce témoignage est rare pour deux raisons :
• Il enrichit notre connaissance de la vie rurale en Cornouaille dans les années 1920-1940.
• Il est le seul témoignage écrit dans le breton parlé en Basse-Cornouaille et est particulièrement riche en expressions du cru.

Depuis quelques années déjà, ce joli livre était épuisé. En 2020, Arkae a décidé de le rééditer dans une nouvelle version, gratuite et téléchargeable sur son nouveau site. Pour les textes en breton et la traduction, nous avons remis à contribution (en plein confinement !) Nicole et Marie-Christine Le Roux, qui ont révisé l'ensemble et nous ont confié de nouvelles images de Lanig. Cerise sur le kouign-amann à l'attention des néo-bretonnants, nous proposons aussi les Koñchennoù en breton standardisé avec des notes concernant les particularités du breton de la région de Quimper. Et voilà les Koñchennoù qui retrouvent leurs lettres de noblesse dans cette toute nouvelle édition numérique, à télécharger ici même :

→ Pour télécharger le livre : Koñchennoù, histoires vécues de mon enfance, édition 2020.
→ Pour obtenir la version en breton unifié.
Plus d'informations sur le livre.

Ci-contre : Lanig Rouz et ses frères.


La permanence réouvre

Bonne année 2021 ! Après une fermeture d'un mois et demi, Arkae se déconfine. Notre local vous accueille depuis le 4 janvier 2021 aux horaires habituels : du lundi au vendredi, de 9 h 15 à 12 h 45. Notez que nous sommes également disponibles par téléphone, à notre numéro habituel, et par email.