Histoire des Brezhonegerien Leston'n (2025)

Dessin Quévilly Le breton à lécole la réponse de Lestonan OF 28 10 83Il était une fois les Brezhonegerien Leston’n, il y a déjà 40 ans de cela, ha bev bepred*… Né en 1983 au sein de l’école publique de Lestonan, le petit comité réuni autour de la langue et de la culture bretonnes a vite grandi. Il est devenu une association à part entière, avec ses activités, ses événements et sa convivialité propres.

Débuts à l’école publique de Lestonan
À l’origine de cette association, il y a un instituteur de l’école publique de Lestonan : Daniel Le Berre. Les textes officiels lui accordent trois heures hebdomadaires pour les activités d’éveil. Il décide en 1983 d’en utiliser une pour le breton, en CM1. Repérée par l’inspection, l’idée est encouragée par les parents d’élèves. Mieux, « un certain nombre d’entre eux se déclarent prêts à contribuer à cette initiation », confie Roger Goaper à Ouest-France en octobre 1983. La sensibilisation à la langue bretonne s’étend alors à quatre classes en 1984, puis à toutes en 1986, avec une heure hebdomadaire.

Le club de parents d’élèves
Courant 1984, pour rendre efficace l’action menée auprès des enfants, une quinzaine de parents et enseignants décident de se réunir le lundi soir. Ils sont certes plus ou moins à l’aise avec la langue, mais ils apprennent à écouter, comprendre les « parlers bretons » et chanter ensemble ! Le club des Brezhonegerien Leston’n, ou « BL », naît ainsi à la rentrée 1984, au sein du conseil des parents d’élèves de l’école publique de Lestonan (FCPE). Le groupe organise des sorties patrimoine et des soirées festives. En 1987, Gilles Servat vient chanter à Keranna. Loeiz Ropars collabore avec des rimodelloù*, dañs tro*, festoù-noz*… En 1988, Raymond Le Lann est sollicité pour ouvrir un atelier de danse bretonne, avec Fañch Morvan. Son succès amorce un tournant pour les BL. Une section enfants sera créée en 1991, animée par Sylvie Sizorn, puis Laurence Hervet, Aude Francès, Érine et Emma du cercle d’Elliant.

La transformation en association
Si l’élan initial s’est estompé au sein de l’école, le nombre total d’adhérents, lui, augmente. Les BL doivent évoluer. Il ne s’agit plus seulement d’œuvrer auprès des enfants, mais aussi de promouvoir la pratique culturelle bretonne. En 1994, le club se constitue donc en association. Sont conservés le nom, l’action auprès des enfants et l’utilisation des salles de l’école. Sont ajoutés un logo, une réflexion sur les statuts et de nouvelles activités danses.

Vers la diversification des activités
Pour permettre l’apprentissage de la langue, des bénévoles comme Christophe Kergourlay donnent de leur temps. Mais rapidement, l’association doit faire appel aux enseignants professionnels de Mervent pour les cours (sept niveaux) et le kontañ kaoz*. Un atelier « chant à danser » s’ouvre aussi, animé par Florent Christien, ainsi qu’un atelier broderie. Il y a maintenant deux ateliers danse avec Raymond Le Lann et un groupe autonome de danseurs confirmés. Enfin, tous les ans, un membre de l’association fait découvrir son « pays ». Ainsi les BL ont pu aller à la rencontre des « Pentreffest » en Cornouailles britannique.

Une vie ponctuée de temps forts
Les manifestations marquantes émaillent l’existence des BL. L’association rassemble des centaines de danseurs lors de son fest-noz d’automne. Mais l’on se réunit aussi autour de soirées plus intimistes, e-tal an tan*, avec du conte, du chant… On se retrouve encore en novembre lors d’après-midis festifs baptisés Du med splann*, avec concert et fest-deiz*, autour de Kern, Patrik Ewen, Gwennyn... Des conférences sont données. En 2016, on fête la crêpe, lors d’une journée Tro-dro d’ar c’hrampouezh*, pour faire goûter (tañva*) au meilleur de notre culture. Presque toutes ces festivités se terminent par une gavotte, moment magique autour de musiciens et de chanteurs, dans un kan ba’n dans* interminable… !

L’avenir des BL
Jusqu’en 2014, l’association s’est agrandie de nouveaux membres. Actuellement, les BL sont une centaine, avec un conseil d’administration de 18 personnes. Au fil des ans, ils se mobilisent pour maintenir bien vivant notre héritage culturel, tout en allant de l’avant, en intégrant les nouvelles têtes. Car s’il faut veiller à conserver, malgré les cultures dominantes, notre langue, nos danses et nos chants, il ne faut pas non plus les figer, comme des objets de musée, en dépit des évolutions et des créations. Ces quatre dernières décennies de BL ont montré combien la culture bretonne, riche et diverse, savait unir les gens.

Dico Breizh
ha bev bepred : et toujours vivant
rimodelloù ou rimadelloù : composition rimée, fabulette, comptine
dañs tro : gavotte
festoù-noz : bals de danses bretonnes, se déroulant la nuit, contrairement aux fest-deiz
kontañ kaoz : conversation
e-tal an tan : auprès du feu
du med splann : litt., « noir mais joyeux, brillant », quand la bonne ambiance compense l’obscurité de novembre, « ar miz du »
tro-dro d'ar c'hrampouezh : autour de la crêpe
tañva : goûter breton
kan ba’n dans : litt., chant dans la danse

Christian Daniel et Marilyne Cotten
Au fil d'Ergué n° 18, janvier 2025
Photographie : dessin de Laurent Quévilly illustrant son article "Le Breton à l'école, la réponse de Lestonan", publié dans Ouest-France le 28 octobre 1983.


Ergué-Gabéric en l'an Mil

Chantier de fouilles Mélennec SalleverteErgué peut s'enorgueillir d'une antiquité certaine. L'archéologie, la toponymie, les croix anciennes permettent de poser quelques jalons d'une occupation régulière très longtemps avant l'ère chrétienne. La mise en valeur récente d'Ar Groaz Verr (La Croix courte) dans la réhabilitation du bourg nous incite à vous définir la physionomie d'Ergué il y a mille ans, une époque ou Quimper n'existait pas encore.

Kemper qui signifie "confluent" en breton, s'est créé peu après l'an mille, par la volonté des Comtes de Comouaille qui cumulaient les titres de comtes et d'évêque. Le siège de l'évêché situé à Locmaria, fut déplacé au confluent de L'Odet du Steir et du Frout au XIème siècle. L'occasion d'affirmer les pouvoirs du prince évêque, face à la toute puissance des moines. Cette rivalité est très présente sur Ergué : l'évêque controlait le Cleuyou c'est à dire le passage du Jet tout comme Pont Odet. Les moines possédaient St Guénolé. L'église du bourg est sous l'invocation de Gwenael deuxième abbé de Landevennec et enfin le lieu dit Lezhouanac'h (anciennement Lez Gov Venec'h (La cour sous la gouvernance des moines) montrent une implantion réelle.

La paroisse primitive
Quand les Bretons d’outre-Manche débarquent en Armorique à partir du ve siècle, ils organisent leur nouveau territoire en paroisses. C’est l’origine des plou emblématiques de cette invasion pacifique de gens qui parlaient globalement la même langue et qui étaient déjà christianisés. Le lien entre ces communautés se fait par les prêtres ou les moines itinérants, qui organisent le territoire pour les besoins du culte. Ces premières paroisses sont grandes et prennent souvent des limites géographiques claires : Ergué débute au confluent du ruisseau du Mur et de l’Odet au Moulin du Pont, pour rejoindre la ligne de crête à Troyalac’h, puis le Jet au confluent du ruisseau de Pont ar Marc’had. La délimitation avec Elliant se fait au Stang Jet, en suivant le ruisseau de Quénéhaye, puis retrouve la ligne de crête à Loch Laë, avant de retourner vers l’Odet en suivant un ruisseau qui s’y jette. La limite de la paroisse à l’ouest est beaucoup plus fluctuante. L’évêque de Cornouaille possède un territoire en trois parties : Lanniron, le Frugy et Le Cleuyou. Il reste sur le mont Frugy des vestiges de temples antiques et probablement une petite agglomération au siège de l’évêché. Celle-ci se protège par des haies et des palissades de bois. Ces haies se nomment kae en breton. Et le territoire en face de ces haies défensives se nomme ar kae, comme ar mor désigne le territoire près de la mer et ar koat le territoire près de la forêt. Après le préfixe ar, il y a une mutation ; ces mots sont écrits aujourd’hui Argae, Arvor, Argoat.

Les croix antiques
La croix est devenu le symbole du christianisme à la fin de l'empire romain. Les Croix les plus anciennes en Bretagne datent du Haut Moyen-âge. La figure du Christ n'est pas encore représentée sur ces monuments frustes. Le Bourg d'Ergué-Gabéric possèdent deux croix très anciennes. Ar Groaz verr, était primitivement collée à une maison de la rue de Kerdevot. On ne connait pas son emplacement primitif avant la construction de ces maisons aujourd'hui détruites. Déplacée avec soins par le service technique municipal, elle a retrouvée une place plus valorisante aujourd'hui, toujours rue de Kerdevot. Cette croix sculptée grossièrement probablement dans un ancien mégalithe témoigne de l'implantation du christianisme à Ergué-Gabéric a partir du VIème siècle. La seconde croix intéressante se trouve aujourd'hui dans le jardin du presbytère. Dénommée Kroaz Kerrouz (la croix de Kerrouz) elle se trouvait primitivement près de Treodet, nom d'une subdivision ancienne de la paroisse. C'est là que serait né selon la légende St Gwinal, patron de l'église paroissiale. Les premiers lieux de culte étaient très modestes, et dans de vastes paroisses comme l'était Ergué, avant sa partition entre Ergué-Gabéric et Ergué-Armel, le culte était rendu par des moines ou des prêtres itinérants.

Les lieux d'occupation
Les recherches archéologiques ont confirmé une occupation très lointaine de certains points hauts d'Ergué. La toponymie nous permet de repérer ces lieux habités primitivement qui sont comme des clairières dans une forêt omniprésente. Les centres de pouvoirs au Haut Moyen âge sont Locmaria, siège de l'évêché et Carhaix siège du Comté de Cornouaille. La route de Locmaria à Carhaix baptisée An hent Meur (La grand route) est aujourd'hui la route de Coray. C'est auprès de cette route stratégique qu'on retrouve les implantations les plus anciennes : Cleuyou, Salverte, Le Melenec, Lezebel, Croix rouge, Lezergué, Lestonan, St André. Il faut y ajouter Castel et Niverrot. Le bourg est un endroit privilégié au Moyen-Âge. Pennarun (Le bout de la colline) est un lieu facilement défendable sur trois côtés. Le dernier côté ou se trouvent aujourd'hui l'église, la médiathèque, la mairie est pour l'agriculture un lieu facile à cultiver. La découverte d'une meule à grain sur le site du chantier confirme cette vocation. Ar Groaz verr serait le témoin d'une vocation religieuse très ancienne du bourg actuel. Oratoire dans un premier temps puis construction de l'église paroissiale actuelle vers 1500.

Bernez Rouz
Au fil d'Ergué, n° 18, janvier 2025
Photographie : chantier de fouilles à Mélennec. © Arkae


Petite histoire du bourg d'Ergué-Gabéric

Le dimanche au bourg  d'Ergué-Gabéric en1979 par Béatrice ArgalonLes travaux de 2025 en centre-bourg sont l’occasion de revenir sur l’histoire de ce lieu. Lové autour de son église, le petit bourg d’Ergué a traversé cinq siècles de bouleversements. Depuis quelques décennies, il doit aussi défendre sa place de centre dans une commune étendue, où il est concurrencé par deux autres pôles urbains.

À l’origine : ar kae, les haies
Aucune mention du bourg n’apparaît avant le haut Moyen-Age. Il est donc difficile d’imaginer ce qu’il était avant cela. Tout d’abord, il n’était probablement pas au même endroit. Pour en retrouver les premières traces, il faut s’intéresser à l’apparition de Quimper, qui se constitue au XIe siècle autour de Locmaria. En face, c’est le territoire d’ar kae, qui signifie en ancien breton, les haies. Le prieuré se protège en effet de haies et de palissades en bois.

Une paroisse, une église
Au XIIIe siècle, la paroisse primitive d’Ergué se divise en deux, Ergué-Armel et Ergué-Gabéric. L’évêque Yves Cabellic, originaire de Lezergué, donne son nom à la seconde (Cabellic se déformant en Gabéric). La paroisse devait disposer d’un lieu de culte sommaire, un oratoire, puisqu’un recteur, Henri Morgan, y exerçait.
C’est en 1516 que l’église « en dur », Saint-Guinal, a été fondée. C’est en effet la date indiquée sur la maîtresse-vitre. Ce chantier a dû mobiliser des dizaines d’ouvriers, qui ont sans doute établi leurs maisons près du chantier : ce serait l’origine d’un premier bourg. Il faudra attendre 1617 pour trouver dans les archives la 1re mention d’une propriété au bourg.
Au XVIIe siècle, Ergué-Gabéric est une paroisse grande et convoitée, la 3e recevant le plus de revenus dans l’évêché de Cornouaille. Les recteurs y ont des vicaires, des orgues y sont construits.

XVIIIe : une révolution dans les consciences
En 1742, des femmes se soulèvent en réaction à l’interdiction des inhumations dans l’église. Lorsque Marie Duval, de Lézergué, mourut, des Gabéricoises refusèrent qu’elle soit enterrée dans le cimetière paroissial : armées de pelles et de pioches, elles creusèrent une fosse dans le sanctuaire et l’ensevelirent sans cérémonie.
Après la Révolution, les premiers maires d’Ergué sont des paysans. Mais les conseillers se réunissent toujours à la sacristie, comme le faisaient avant eux les généraux gérant les biens de la paroisse. Même si les débuts sont timides, l’état d’esprit semble plutôt favorable à la Révolution.

XIXe : changements de pouvoirs
Dès la fin du XVIIIe, le bourg présente une caractéristique démographique synonyme de déclin : le solde des naissances/décès est négatif. L’âge moyen y est de 29 ans contre 24 dans le reste de la commune. On y vient sans doute pour se retirer, prêtres et veuves étant plus nombreux qu’ailleurs.
Les bourgeois y acquièrent les biens des nobles ou religieux, tels que le presbytère et le manoir de Pennarun.
Au milieu du siècle, le conseil municipal fait construire une école publique de garçons en 1854. Puis, en 1886 et en 1898 ouvriront une école publique et une école privée de filles.
Autour de la papeterie d’Odet qui se développe, un nouveau quartier se forme. Lestonan aspire à devenir le nouveau centre d’Ergué ! Nicolas Le Marié, directeur des Papeteries et conseiller municipal, initie un projet de déplacement du bourg, mais il échoue.

XXe : métamorphoses du bourg
Après la séparation de l’Église et de l’État, des fidèles, s’insurgeant contre l’inventaire des biens religieux, s’enferment dans Saint-Guinal, dont la porte sera forcée par la police. Le clergé gabéricois restera longtemps virulent à l’égard des républicains, des bals et fêtes.
Les décès de la Première Guerre, dont le service funèbre a lieu au bourg, rythment tragiquement la 

période. En 1920, le cimetière est transféré du placître vers l’emplacement actuel, où l’on placera le monument aux morts.
Lors de la Seconde Guerre, un groupe de résistants émerge autour du boulanger François Balès. Ils prendront part au cambriolage du bâtiment du Service du travail obligatoire.
Jusqu’en 1970, le bourg fait preuve d’une belle vitalité, avec des commerces nombreux et variés. Puis, comme l’agriculture, il entame un déclin. Les municipalités successives tentent de parer à cette désaffection. On installe des services publics (nouvelle mairie, bibliothèque, poste, police). Poussent, dès 1965, les lotissements, qui accompagnent un boom démographique. Mais cette fois, c’est le Rouillen qui concurrence le bourg : les actifs se déportent au plus près de Quimper et de la voix espress construite en 1984.
Dans les années 2000, les choses s’accélèrent : la municipalité envisage en 2006 un réaménagement complet du bourg. Les travaux de 2025 s’inscrivent dans cette volonté, ancienne, de redynamiser le bourg, favorisant l’implantation de nouveaux habitants et commerces.

Photos :
Début d'article : Un dimanche au bourg d'Ergué-Gabéric, au moment de la messe, par Béatrice Argalon, 1979

Fin d'article, de haut en bas :
- Carte postale du bourg par l'éditeur Jos, v. 1950 (don René Le Reste) 
- Vue aérienne du bourg par Raymond Lozac'h, 1971
- Vue aérienne du bourg par Jean-Yves Uguet, 1991

Bourg v 1950 22 04 03 a R Le Reste JOS

 

 

 

 

Bourg côté cimetière en 1971 Photo Raymond Lozach Fonds Arkae

Bourg côté cimetière en 1991 Photo Jean Yves Uguet Fonds Arkae

 


L'évolution des paysages à Ergué-Gabéric

Bâtiments et champs, chemins et routes… ce que nous voyons à Ergué a changé. Que s’est-il passé ? Quand ont eu lieu les transformations ? Pour quelles raisons ? Cet automne, à travers une exposition à la médiathèque, Arkae se penche sur l’évolution des paysages.

Explosion démographique
On sait peu des changements qu’Ergué a traversés depuis sa fondation. Sa population, essentiellement rurale, a dû rester stable jusqu’au XIXe siècle, où l’essor de l’usine Bolloré a attiré une main d’œuvre abondante. C’est dans le dernier tiers du XXe siècle que tout s’accélère. La croissance démographique est alors exponentielle : de 2584 Gabéricois en 1962, on passe à 6925 en 1999. Comme bien d’autres villages qui bordent des villes moyennes, Ergué connaît une intense urbanisation.

Au bourg et à Lestonan, la rurbanisation
Vers 1960-70, tandis que les voitures se démocratisent, l’État soutient l’accès à la propriété individuelle. Ces deux facteurs amènent les urbains à construire autour de centres ruraux. Au bourg, des lotissements linéaires poussent en 1965 le long du chemin vers le Reunic. Le mouvement est lancé. Fin des années 1970, le bourg se pourvoit d’une école maternelle, d’une mairie agrandie, de routes élargies et de parterres de fleurs. De 1980 à 2000, se succèdent les constructions d’îlots : le lotissement Kergaradec, la ZAC Park Boutinou, la rue du Douric… Parallèlement, des places se créent sur des sols artificialisés, comme la place Jean-Moulin. Ce parking, qui était le verger de Pennarun, s’appelait Liorz poull gwazi, le « courtil de la mare aux oies ».
À Lestonan, l’évolution est un peu différente. Entre la fin du XIXe siècle et 1920, la population passe de 26 habitants, à Kerhuel Vian, à plus d’une centaine, à Keranna. Il y a dès lors matière à former un centre, autour de l’école publique : s’installent boulangerie, bistrots-épiceries, écoles privées… Après 1945, on construit à la sortie du quartier. La population ne se compose plus seulement d’ouvriers de Bolloré, dont l’activité papetière décline. Vers 1980, l’école publique s’agrandit, comme le quartier.

Au Rouillen, la périurbanisation
Ici, l’agglomération quimpéroise s’est étendue jusqu’à transformer l’espace rural. Tout commence vers 1950-60, le long d’une montée où il n’y a que trois maisons. Peu à peu, de nouvelles habitations apparaissent. En 1978, la Ville implante une surface commerciale. Deux ans après, on recense 2600 habitants au Rouillen : un 3e pôle s’est créé, il s’équipera lui aussi de services, d’écoles, de ZAC. En 1985, la création d’un échangeur sur la voie express renforce son attractivité. Les changements ont un goût amer pour les fermiers Le Menn, qui résidaient là : « En 2007, on a vendu nos dernières parcelles [des pâturages] pour la construction de la voie express. Elle est essentielle, mais on a l’impression d’être encerclés par la circulation. »

À Croas Spern, la naissance d’un centre
Avant 1950, il n’y a là qu’une maison et un calvaire. Croas Spern, centre géographique d’Ergué, est pourtant le lieu de ralliement idéal. C’est ainsi que, dans les années 1970-80, des jeunes, dispersés aux quatre coins de commune, y construisent une baraque pour se réunir : le foyer des jeunes. Viendront plus tard le centre des loisirs, la MPT et enfin l’Athéna.

 

Photos de haut en bas : 
- Le Rouillen, photo aérienne prise entre 1950 et 65. Source IGN, Géoportail, consulté en 2024.
- Le Rouillen en 2021. Source IGN, Géoportail, consulté en 2024.

Rouillen entre 1950 et 65 Source IGN Géoportail consulté en 2024

Rouillen en 2021 Source IGN Géoportail consulté en 2024


Croas Spern : un siècle de loisirs

Un nom

On ne sait pas pourquoi Croas Spern, qui signifie « Croix des épines », s’appelle Croas Spern. Il n’existe aucun nom de ce type en Bretagne. À cet endroit, dans le cadastre de 1834, se trouve une parcelle nommée Parc ar Spern, champ d’aubépines.

Un carrefour, une maison

Le calvaire, qui indique la date de 1565, n’était pas au même endroit qu’aujourd’hui. Associé à une fontaine, il se dressait en contrebas du centre de l’Athéna, au carrefour de la route venant du bourg et de l’ancienne voie romaine bordée de châtaigniers, rejoignant Lenhesq-Quimper (le tracé de cette route a changé). En 1947, sa croix tombe ; en 1985, il est déplacé. En 1991, les morceaux de la croix sont remontés à l’initiative d’Arkae. À Croas Spern, on trouvait une maison et un jardinet clôturé par une haie d’aubépines, comme le racontait René Huguen, en 2002[1]. Ses grands-parents louaient cette habitation à des propriétaires de Saint-Joachim. La maison fut détruite en 1996. À l’époque, elle n’avait toujours pas d’électricité ni d’eau courante, tandis qu’au-dessus d’elle grésillaient déjà les lignes haute tension.

Des terrains de sport

Dès leurs débuts, les clubs historiques ont vu dans ce lieu un avantage : c’est le centre géographique d’une commune à l’habitat dispersé. C’est ainsi qu’en 1921, les gymnastes des Paotred s’installent à L’Hôtel dans un baraquement acheté par René Bolloré. Mais les Paotred repartent vers 1928 à Keranna. Puis en 1938, c’est l’éphémère Football club d’Ergué-Gabéric (ancêtre de l’AEG) qui foule le sol de Croas Spern : le club joue sur un terrain qui s’étend derrière la croix, sur la voie romaine[2]. Plus tard, en 1944, l’Union sportive d’Ergué-Gabéric (autre ancêtre de l’AEG !) décide d’acquérir là un « terrain d’éducation physique et sportive », « le terrain de L’Hôtel ». Ces terres appartiennent à M. Grandbois de Villeneuve, qui sera resollicité quand le complexe s’étendra. En 1952 et en 1976, des vestiaires et tribunes sont construits. Les réunions du comité de l’AEG se tiennent au café Rannou à L'Hôtel. 

Une baraque : le Foyer des jeunes

En 1967, un groupe de jeunes (à partir de 15 ans), qui se réunissaient depuis 1965 à l’ancienne école des sœurs, au bourg, pour pratiquer ses loisirs, se retrouve sans salle. Ils sont conduits par Marie-Claire Hostiou et René Riou. Pour leur nouvelle salle, ils pensent que le lieu idéal serait au milieu d’Ergué, donc à Croas Spern, car de nombreux membres se déplacent à vélo de tous les coins de la commune. L’accord du maire, Jean-Marie Puech, et un pécule leur sont donnés. Place, alors, à la débrouille : les jeunes achètent à Brest une baraque, démontée par Yves Nicot et transportée à Croas Spern sur le camion de Fañch Le Berre. Les jeunes montent la baraque sur une dalle de la municipalité, à l’emplacement actuel de la salle Ti-Kreis. À l’intérieur, ils disposent d’un baby-foot, d’un ping-pong, d’un bar sans alcool… Par ailleurs, tous les jeudis, les jeunes prennent en charge de jeunes enfants. Ce sont là les prémices à la fois, de l’Espace Jeunes et du Centre des loisirs[3]. Jusqu'en 1972, Pierre Bacon, Nicole Poupon et toute une équipe se retrouve là le week-end, organisant entre autres des bals. Ils constatent que les jeunes de Lestonan ne viennent pas beaucoup. On suppose que l’activité du foyer a cessé vers 1973[4].

Un complexe et une Maison pour tous

En 1978-79, des personnes désireuses d’impulser une dynamique culturelle dans la commune fondent la Maison pour tous, présidée par Jacqueline Le Fur. Leur but est, notamment, de « sortir des locaux », d’aller dans les quartiers et les écoles. Ainsi, si le premier bureau de l’association a pour premier projet de s’installer au bourg, décision est prise, ensuite, de développer les activités dans un lieu plus central, à Croas Spern[5]. En 1979, la municipalité installe donc un préfabriqué à la place de la baraque du Foyer des jeunes pour accueillir cette nouvelle structure.
Dès lors, la MPT se déploie en tous sens : sports, loisirs créatifs, horticulture, cours de langue, de musique, labo-photo, couture, voyages, conférences, expos, festoù-noz, ciné-club… Son atelier floral, animé par Anne-Marie Quelven, rencontre un grand succès. La MPT deviendra la pépinière de plusieurs associations qui prendront ensuite leur envol : basket, aïkido, judo, Gabiers de l’Odet, Chœur des vallées…
Côté jeunesse, la MPT accueille le mercredi une trentaine d’enfants de 3 à 12 ans[6], d’abord dans ses locaux, puis dans un préfabriqué en 1983. En 1987, avec le boom démographique, ce centre des loisirs double sa capacité d’accueil, puis quadruple en 1990 : une nouvelle baraque est installée. Enfin, à partir de 1994, la MPT reçoit les jeunes de 12-17 ans. Au cours des années 1990  est construit le bâtiment de l'ALSH (accueil de loisirs sans hébergement). En 2004, elle obtient l’agrément de la CAF en tant que centre social.
Malgré un fort développement (150 à 800 adhérents en 20 ans), la MPT est toujours abritée, à la fin des années 1990, dans des locaux provisoires. En 1997, pour accompagner ce développement et concrétiser leur partenariat, la Ville et la MPT signent une convention par laquelle la première confie à la seconde la gestion des services publics liés à la jeunesse et au socio-culturels. En 2002, la Ville construit donc un bâtiment (l’actuelle Athéna) pour héberger les activités de l’association. Les équipements et le personnel sont alors gérés par la MPT.

L’Athéna, un centre « en dur », et un complexe toujours en extension

En 2009, la convention de partenariat entre la Ville et la MPT n’est pas renouvelée. À partir de cette année-là, la gestion de l’Espace jeunes, le personnel, la location des salles et la programmation passent de la MPT à la Ville. Pour marquer ce transfert, la salle prend le nom de L’Athéna. Pendant la décennie 2010, la MPT délaissera donc ses activités financées, dont son projet social, qui refleurira sous la forme de Graines de familles. Elle conserve dans une petite salle le scrabble et l'informatique, animés par des bénévoles. En 2021, après 40 ans d’existence, elle est dissoute.
De 2009 à nos jours, la vie de L’Athéna a été marquée par différents temps forts : la Fête du jeu (depuis 2006), le feu d’artifice du 13 juillet (depuis 2013), le Tour des véhicules anciens (1600 personnes en 2013), les spectacles (Anne Roumanoff en 2016 : 1800 personnes), les grands matchs…Des terrains et des installations continuent de se construire chaque année : terrain synthétique, court de tennis, street workout, bike park, city stade... sont les derniers venus au cours des années 2010 et 2020.
Au quotidien, les expositions des locaux (peintres, photographes, associations) se succèdent dans le hall de l'Athéna. On y croise aussi les enfants du Centre des loisirs, les ados de l’Espace jeunes ; les associations fréquentant les salles du complexe ; le public... Au quotidien, les expositions des locaux se succèdent dans le hall. Au moins deux ou trois générations se sont succédées ici, au centre de la commune, pour vivre leurs loisirs ensemble.

Quelques dates

1921-1928 : les Paotred s’installent à L’Hôtel (gym et répétitions dans une baraque)
1948 : aménagement d’un terrain et d’un abri de l’USEG (ancien AEG)
1952 : 1re construction des vestiaires municipaux
1964 : 2e construction d’une tribune avec vestiaires et douches
1966 : aménagement du 2e terrain en herbe bordant le précédent
1967 : le Foyer des jeunes, construit sa baraque, actuellement salle Ti-Kreis. Leur activité semble avoir duré environ 5 ans.
1976 : 3e construction de tribunes et vestiaires pour l’AEG
1979 : construction du préfabriqué de la MPT, à la place de la baraque. Installation de la MPT dans ce bâtiment.
1982 : construction de la salle Paul-Émile Victor par P. Ruelland, rénovée en 1993 et en 2019
1983 : installation du préfabriqué du Centre des loisirs, à côté de la Maison pour tous
1989-1990 : construction d’une nouvelle baraque pour le centre des loisirs
+ déplacement et réfection du calvaire
1992 : inauguration du complexe sportif par Kofi Yamgnane : construction des salles Jacqueline-Auriol (polyvalente, avec tapis) et Éric-Tabarly (omnisports) par A. Malo et d’un terrain de foot
1994 : ouverture d’un Espace jeunes au sein de la MPT
1993 : construction du logement du gardien de Croas Spern
1996 : destruction de la maison des Le Meur
Vers 2000 : aménagement de l’entrée du complexe
2002 : construction du bâtiment MPT-centre social (actuelle Athéna)
2007 : construction de la salle Haroun-Tazieff (arts martiaux) par J.-P. Carrer
+ Les locaux de la MPT deviennent la salle Ti-Kreis
2008 : construction de la salle Suzanne-Lenglen (tennis) par H. Jacquelot et J.-P. Thomas
2009 : transfert de gestion des équipements de la MPT à la Ville : le bâtiment MPT-Centre social devient L’Athéna
2010 : construction de la piste cyclable
2012 : ouverture de la déchetterie de Quillihuec, en face
2013 : inauguration du boulodrome
2014 : création du site internet de l’Athéna
2016 : inauguration du street workout
2019 : inauguration du skate-park
2020 : lancement des animations estivales « La base de loisirs »
construction d’un terrain de foot synthétique
2022 : inauguration du bike-park et du city-stade

-> RDV le 18/10/2025 à Ti-Kreis : table ronde, expo et nouvelle publication sur les sports à Ergué-Gabéric.

Article rédigé par Marilyne Cotten. Texte synthétisé dans Au fil d'Ergué, octobre 2025.

Reconstitution cadastre 1834 pour Croas Spern

 

 

 

 

 

 

 

 


Cadastre de 1834 montrant l'ancien emplacement des voies dans les environs de Croas Spern.

 

Photo 1991 Reconstruction du calvaire de Croas Spern Raymond Lozach 1

 

 

 

 

 

 

 

 1991: Reconstruction du calvaire de Croas Spern, inauguration par le président d'Arkae, Raymond Lozach. Fonds Arkae, article de presse.

ferme Croas Spern années 1990 Don Jean Le Reste 26 03 02

 

 

 

 

 

 

Ferme de Croas-Spern dans les années 1990, avant sa destruction. Fonds Arkae, don Jean Le Reste 2002.

Laurent Le Meur et Marie Jeanne Cuzon à Croas Spern v 1930

 

 

 

 

 

 

Laurent Le Meur et Marie Jeanne Cuzon à Croas Spern vers 1930. Fonds Arkae, don René Huguen, 2012.

AEG En 1946 avant projet de terrain Web Don Patrick Poupon 2025

 

 

 

 

 

En 1946, avant-projet de terrain de l'USEG. Fonds Arkae, don Patrick Poupon, 2025.

AEG fin des années 1940 match des célibataires contre les mariés à Croas Spern fonds Jean Le Berre du bourg 2000

 

 

 

 

 

 

AEG, fin des années 1940, match des célibataires contre les mariés à Croas Spern. Fonds Arkae, don Jean Le Berre (bourg), 2000.

Construction_du_Foyer_des_jeunes__Tél_Don_Danielle_Riou_2025.jpg

Reconstruction de la baraque Foyer des jeunes d'Ergué-Gabéric à Croas Spern, en 1969. Photo presse. Fonds Arkae, don Danielle Riou, 2025.

Foyer des jeunes inauguration en 1967 Don Mme Ach 28 02 03 c

 

 

 

 

 

Inauguration du Foyer des jeunes en 1969. Fonds Arkae, don René Riou et Marie-Claire Ac'h, 2002.

La MPT années 1980

 

 

 

 

 Les préfabriqués de la MPT et du Centre des loisirs dans les années 1980. Fonds Arkae.

 

Activités de la MPT an 80 et 90 Web

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les 10 ans de la MPT (haut), l'activité couture (milieu), l'activité karaté. Entre 1980 et 1990. Fonds Arkae, don Jacqueline Le Fur, 2002.

 

Inauguration salles eric tabarly et jacqueline auriol par Kofi Yamgnane 1992

 

 

 

 

 L'inauguration des salles Tabarly et Auriol par Kofi Yamgnane en 1992. Fonds Arkae, don MPT.

 

Construction de lAthéna début années 2000

 

 

 

 

 

La construction du centre culturel à Croas Spern en 2002. Fonds Arkae.

 

Passage MPT Athéna 2009

Le transfert de gestion de la MPT à la municipalité en 2009. Bulletin municipal d'Ergué-Gabéric.

 

[1]René Huguen, « Croas Spern », Keleier n°19, Arkae, avril 2002.

[2] S’y joue un match mémorable les opposant à Bénodet, dont l’équipe était renforcée de réfugiés républicains espagnols, fabuleux joueurs dont se souviendra Jean Thomas. Voir Amicale Ergué-Gabéric, 1945-1995 (brochure) et Jean Thomas, Gosse de village, 2000 (mémoire).

[3] Entretien de Marilyne Cotten avec Marie-Claire Hostiou, épouse Ac’h, en 2023 ; avec Nicole, Patrick Poupon et Danielle Riou, en 2025 ; articles de presse, délibérations et bulletins municipaux conservés à Arkae.

[4] Sa dernière trace écrite est dans les délibérations du conseil municipal : une subvention attribuée en 1972.

[5] Entretien de Gaëlle Martin avec Jacqueline Le Fur le 30 août 2002.

[6] À la demande de la CAF, un centre aéré a été ouvert à l’école du Rouillen en 1978. Après l’ouverture de la MPT, il a été déplacé à Croas Spern. L’employée de la MPT, Marie-Christine Huet, partageait son travail entre la MPT et le centre aéré.

 

Remerciements

À Patrick Dalibot, qui a eu l'idée en 2022, de lancer des recherches sur ce thème. À lui encore, à Annie Le Rest et Marie-Thérèse Kerbourch, pour le tri et le dépouillement des bulletins municipaux sur ce sujet. À François Ac'h, qui a récolté des informations sur l'ancienne voie romaine et la route de Coray, mais n'a pu terminer ce projet. À son épouse, Marie-Claire Hostiou, pour les archives sur le Foyer des jeunes, ainsi qu'à Patrick Poupon (merci aussi pour l'AEG), sa soeur Nicole ; René et Danielle Riou. À Jacqueline Le Fur et Marie-Louise Rosmorduc, pour avoir répondu aux questions de Gaëlle Martin sur la MPT. À Laurie Sévère, pour l'accès aux délibérations du conseil municipal dans les années 1970. À Pierre Faucher, pour avoir défriché ce sujet. À Bernez Rouz pour les recherches complémentaires en presse ancienne.