Ergué-Gabéric en l'an Mil

Chantier de fouilles Mélennec SalleverteErgué peut s'enorgueillir d'une antiquité certaine. L'archéologie, la toponymie, les croix anciennes permettent de poser quelques jalons d'une occupation régulière très longtemps avant l'ère chrétienne. La mise en valeur récente d'Ar Groaz Verr (La Croix courte) dans la réhabilitation du bourg nous incite à vous définir la physionomie d'Ergué il y a mille ans, une époque ou Quimper n'existait pas encore.

Kemper qui signifie "confluent" en breton, s'est créé peu après l'an mille, par la volonté des Comtes de Comouaille qui cumulaient les titres de comtes et d'évêque. Le siège de l'évêché situé à Locmaria, fut déplacé au confluent de L'Odet du Steir et du Frout au XIème siècle. L'occasion d'affirmer les pouvoirs du prince évêque, face à la toute puissance des moines. Cette rivalité est très présente sur Ergué : l'évêque controlait le Cleuyou c'est à dire le passage du Jet tout comme Pont Odet. Les moines possédaient St Guénolé. L'église du bourg est sous l'invocation de Gwenael deuxième abbé de Landevennec et enfin le lieu dit Lezhouanac'h (anciennement Lez Gov Venec'h (La cour sous la gouvernance des moines) montrent une implantion réelle.

La paroisse primitive
Quand les Bretons d’outre-Manche débarquent en Armorique à partir du ve siècle, ils organisent leur nouveau territoire en paroisses. C’est l’origine des plou emblématiques de cette invasion pacifique de gens qui parlaient globalement la même langue et qui étaient déjà christianisés. Le lien entre ces communautés se fait par les prêtres ou les moines itinérants, qui organisent le territoire pour les besoins du culte. Ces premières paroisses sont grandes et prennent souvent des limites géographiques claires : Ergué débute au confluent du ruisseau du Mur et de l’Odet au Moulin du Pont, pour rejoindre la ligne de crête à Troyalac’h, puis le Jet au confluent du ruisseau de Pont ar Marc’had. La délimitation avec Elliant se fait au Stang Jet, en suivant le ruisseau de Quénéhaye, puis retrouve la ligne de crête à Loch Laë, avant de retourner vers l’Odet en suivant un ruisseau qui s’y jette. La limite de la paroisse à l’ouest est beaucoup plus fluctuante. L’évêque de Cornouaille possède un territoire en trois parties : Lanniron, le Frugy et Le Cleuyou. Il reste sur le mont Frugy des vestiges de temples antiques et probablement une petite agglomération au siège de l’évêché. Celle-ci se protège par des haies et des palissades de bois. Ces haies se nomment kae en breton. Et le territoire en face de ces haies défensives se nomme ar kae, comme ar mor désigne le territoire près de la mer et ar koat le territoire près de la forêt. Après le préfixe ar, il y a une mutation ; ces mots sont écrits aujourd’hui Argae, Arvor, Argoat.

Les croix antiques
La croix est devenu le symbole du christianisme à la fin de l'empire romain. Les Croix les plus anciennes en Bretagne datent du Haut Moyen-âge. La figure du Christ n'est pas encore représentée sur ces monuments frustes. Le Bourg d'Ergué-Gabéric possèdent deux croix très anciennes. Ar Groaz verr, était primitivement collée à une maison de la rue de Kerdevot. On ne connait pas son emplacement primitif avant la construction de ces maisons aujourd'hui détruites. Déplacée avec soins par le service technique municipal, elle a retrouvée une place plus valorisante aujourd'hui, toujours rue de Kerdevot. Cette croix sculptée grossièrement probablement dans un ancien mégalithe témoigne de l'implantation du christianisme à Ergué-Gabéric a partir du VIème siècle. La seconde croix intéressante se trouve aujourd'hui dans le jardin du presbytère. Dénommée Kroaz Kerrouz (la croix de Kerrouz) elle se trouvait primitivement près de Treodet, nom d'une subdivision ancienne de la paroisse. C'est là que serait né selon la légende St Gwinal, patron de l'église paroissiale. Les premiers lieux de culte étaient très modestes, et dans de vastes paroisses comme l'était Ergué, avant sa partition entre Ergué-Gabéric et Ergué-Armel, le culte était rendu par des moines ou des prêtres itinérants.

Les lieux d'occupation
Les recherches archéologiques ont confirmé une occupation très lointaine de certains points hauts d'Ergué. La toponymie nous permet de repérer ces lieux habités primitivement qui sont comme des clairières dans une forêt omniprésente. Les centres de pouvoirs au Haut Moyen âge sont Locmaria, siège de l'évêché et Carhaix siège du Comté de Cornouaille. La route de Locmaria à Carhaix baptisée An hent Meur (La grand route) est aujourd'hui la route de Coray. C'est auprès de cette route stratégique qu'on retrouve les implantations les plus anciennes : Cleuyou, Salverte, Le Melenec, Lezebel, Croix rouge, Lezergué, Lestonan, St André. Il faut y ajouter Castel et Niverrot. Le bourg est un endroit privilégié au Moyen-Âge. Pennarun (Le bout de la colline) est un lieu facilement défendable sur trois côtés. Le dernier côté ou se trouvent aujourd'hui l'église, la médiathèque, la mairie est pour l'agriculture un lieu facile à cultiver. La découverte d'une meule à grain sur le site du chantier confirme cette vocation. Ar Groaz verr serait le témoin d'une vocation religieuse très ancienne du bourg actuel. Oratoire dans un premier temps puis construction de l'église paroissiale actuelle vers 1500.

Bernez Rouz
Au fil d'Ergué, n° 18, janvier 2025
Photographie : chantier de fouilles à Mélennec. © Arkae