Les travaux de 2025 en centre-bourg sont l’occasion de revenir sur l’histoire de ce lieu. Lové autour de son église, le petit bourg d’Ergué a traversé cinq siècles de bouleversements. Depuis quelques décennies, il doit aussi défendre sa place de centre dans une commune étendue, où il est concurrencé par deux autres pôles urbains.
À l’origine : ar kae, les haies
Aucune mention du bourg n’apparaît avant le haut Moyen-Age. Il est donc difficile d’imaginer ce qu’il était avant cela. Tout d’abord, il n’était probablement pas au même endroit. Pour en retrouver les premières traces, il faut s’intéresser à l’apparition de Quimper, qui se constitue au XIe siècle autour de Locmaria. En face, c’est le territoire d’ar kae, qui signifie en ancien breton, les haies. Le prieuré se protège en effet de haies et de palissades en bois.
Une paroisse, une église
Au XIIIe siècle, la paroisse primitive d’Ergué se divise en deux, Ergué-Armel et Ergué-Gabéric. L’évêque Yves Cabellic, originaire de Lezergué, donne son nom à la seconde (Cabellic se déformant en Gabéric). La paroisse devait disposer d’un lieu de culte sommaire, un oratoire, puisqu’un recteur, Henri Morgan, y exerçait.
C’est en 1516 que l’église « en dur », Saint-Guinal, a été fondée. C’est en effet la date indiquée sur la maîtresse-vitre. Ce chantier a dû mobiliser des dizaines d’ouvriers, qui ont sans doute établi leurs maisons près du chantier : ce serait l’origine d’un premier bourg. Il faudra attendre 1617 pour trouver dans les archives la 1re mention d’une propriété au bourg.
Au XVIIe siècle, Ergué-Gabéric est une paroisse grande et convoitée, la 3e recevant le plus de revenus dans l’évêché de Cornouaille. Les recteurs y ont des vicaires, des orgues y sont construits.
XVIIIe : une révolution dans les consciences
En 1742, des femmes se soulèvent en réaction à l’interdiction des inhumations dans l’église. Lorsque Marie Duval, de Lézergué, mourut, des Gabéricoises refusèrent qu’elle soit enterrée dans le cimetière paroissial : armées de pelles et de pioches, elles creusèrent une fosse dans le sanctuaire et l’ensevelirent sans cérémonie.
Après la Révolution, les premiers maires d’Ergué sont des paysans. Mais les conseillers se réunissent toujours à la sacristie, comme le faisaient avant eux les généraux gérant les biens de la paroisse. Même si les débuts sont timides, l’état d’esprit semble plutôt favorable à la Révolution.
XIXe : changements de pouvoirs
Dès la fin du XVIIIe, le bourg présente une caractéristique démographique synonyme de déclin : le solde des naissances/décès est négatif. L’âge moyen y est de 29 ans contre 24 dans le reste de la commune. On y vient sans doute pour se retirer, prêtres et veuves étant plus nombreux qu’ailleurs.
Les bourgeois y acquièrent les biens des nobles ou religieux, tels que le presbytère et le manoir de Pennarun.
Au milieu du siècle, le conseil municipal fait construire une école publique de garçons en 1854. Puis, en 1886 et en 1898 ouvriront une école publique et une école privée de filles.
Autour de la papeterie d’Odet qui se développe, un nouveau quartier se forme. Lestonan aspire à devenir le nouveau centre d’Ergué ! Nicolas Le Marié, directeur des Papeteries et conseiller municipal, initie un projet de déplacement du bourg, mais il échoue.
XXe : métamorphoses du bourg
Après la séparation de l’Église et de l’État, des fidèles, s’insurgeant contre l’inventaire des biens religieux, s’enferment dans Saint-Guinal, dont la porte sera forcée par la police. Le clergé gabéricois restera longtemps virulent à l’égard des républicains, des bals et fêtes.
Les décès de la Première Guerre, dont le service funèbre a lieu au bourg, rythment tragiquement la
période. En 1920, le cimetière est transféré du placître vers l’emplacement actuel, où l’on placera le monument aux morts.
Lors de la Seconde Guerre, un groupe de résistants émerge autour du boulanger François Balès. Ils prendront part au cambriolage du bâtiment du Service du travail obligatoire.
Jusqu’en 1970, le bourg fait preuve d’une belle vitalité, avec des commerces nombreux et variés. Puis, comme l’agriculture, il entame un déclin. Les municipalités successives tentent de parer à cette désaffection. On installe des services publics (nouvelle mairie, bibliothèque, poste, police). Poussent, dès 1965, les lotissements, qui accompagnent un boom démographique. Mais cette fois, c’est le Rouillen qui concurrence le bourg : les actifs se déportent au plus près de Quimper et de la voix espress construite en 1984.
Dans les années 2000, les choses s’accélèrent : la municipalité envisage en 2006 un réaménagement complet du bourg. Les travaux de 2025 s’inscrivent dans cette volonté, ancienne, de redynamiser le bourg, favorisant l’implantation de nouveaux habitants et commerces.
Photos :
Début d'article : Un dimanche au bourg d'Ergué-Gabéric, au moment de la messe, par Béatrice Argalon, 1979
Fin d'article, de haut en bas :
- Carte postale du bourg par l'éditeur Jos, v. 1950 (don René Le Reste)
- Vue aérienne du bourg par Raymond Lozac'h, 1971
- Vue aérienne du bourg par Jean-Yves Uguet, 1991





Le procès des assassins de René Lasseau tué d’une rafale de mitraillette le 23 décembre 1946 fit la une de tous les journaux locaux et nationaux en 1947. Les quatre inculpés, connus sous le nom de « bandenn al laou » (la bande à Poux), se réclamaient de la Résistance et s’autoproclamaient justiciers de l’épuration. Leur condamnation fit taire les bandes armées qui terrorisaient les campagnes de l’après-guerre.

Comme tant de rivières rurales, le Jet a une histoire. Pendant des siècles, ses rives ont abrité des moulins et des fermes. Des pisciculteurs ont tiré de ses eaux leur activité. À Ergué et Elliant, il a même accueilli des fêtes de l’eau. Si, aujourd’hui, le Jet, de Meilh Pont ar Marc’had à Meilh Jet, semble une belle endormie dans ses bois et prairies, dans l’autre partie de la vallée, celle qui entre dans Quimper, il est plus agité et bourdonne de la circulation routière de la RD 115 arrivant d’Elliant.