Histoire des Brezhonegerien Leston'n (2025)

Dessin Quévilly Le breton à lécole la réponse de Lestonan OF 28 10 83Il était une fois les Brezhonegerien Leston’n, il y a déjà 40 ans de cela, ha bev bepred*… Né en 1983 au sein de l’école publique de Lestonan, le petit comité réuni autour de la langue et de la culture bretonnes a vite grandi. Il est devenu une association à part entière, avec ses activités, ses événements et sa convivialité propres.

Débuts à l’école publique de Lestonan
À l’origine de cette association, il y a un instituteur de l’école publique de Lestonan : Daniel Le Berre. Les textes officiels lui accordent trois heures hebdomadaires pour les activités d’éveil. Il décide en 1983 d’en utiliser une pour le breton, en CM1. Repérée par l’inspection, l’idée est encouragée par les parents d’élèves. Mieux, « un certain nombre d’entre eux se déclarent prêts à contribuer à cette initiation », confie Roger Goaper à Ouest-France en octobre 1983. La sensibilisation à la langue bretonne s’étend alors à quatre classes en 1984, puis à toutes en 1986, avec une heure hebdomadaire.

Le club de parents d’élèves
Courant 1984, pour rendre efficace l’action menée auprès des enfants, une quinzaine de parents et enseignants décident de se réunir le lundi soir. Ils sont certes plus ou moins à l’aise avec la langue, mais ils apprennent à écouter, comprendre les « parlers bretons » et chanter ensemble ! Le club des Brezhonegerien Leston’n, ou « BL », naît ainsi à la rentrée 1984, au sein du conseil des parents d’élèves de l’école publique de Lestonan (FCPE). Le groupe organise des sorties patrimoine et des soirées festives. En 1987, Gilles Servat vient chanter à Keranna. Loeiz Ropars collabore avec des rimodelloù*, dañs tro*, festoù-noz*… En 1988, Raymond Le Lann est sollicité pour ouvrir un atelier de danse bretonne, avec Fañch Morvan. Son succès amorce un tournant pour les BL. Une section enfants sera créée en 1991, animée par Sylvie Sizorn, puis Laurence Hervet, Aude Francès, Érine et Emma du cercle d’Elliant.

La transformation en association
Si l’élan initial s’est estompé au sein de l’école, le nombre total d’adhérents, lui, augmente. Les BL doivent évoluer. Il ne s’agit plus seulement d’œuvrer auprès des enfants, mais aussi de promouvoir la pratique culturelle bretonne. En 1994, le club se constitue donc en association. Sont conservés le nom, l’action auprès des enfants et l’utilisation des salles de l’école. Sont ajoutés un logo, une réflexion sur les statuts et de nouvelles activités danses.

Vers la diversification des activités
Pour permettre l’apprentissage de la langue, des bénévoles comme Christophe Kergourlay donnent de leur temps. Mais rapidement, l’association doit faire appel aux enseignants professionnels de Mervent pour les cours (sept niveaux) et le kontañ kaoz*. Un atelier « chant à danser » s’ouvre aussi, animé par Florent Christien, ainsi qu’un atelier broderie. Il y a maintenant deux ateliers danse avec Raymond Le Lann et un groupe autonome de danseurs confirmés. Enfin, tous les ans, un membre de l’association fait découvrir son « pays ». Ainsi les BL ont pu aller à la rencontre des « Pentreffest » en Cornouailles britannique.

Une vie ponctuée de temps forts
Les manifestations marquantes émaillent l’existence des BL. L’association rassemble des centaines de danseurs lors de son fest-noz d’automne. Mais l’on se réunit aussi autour de soirées plus intimistes, e-tal an tan*, avec du conte, du chant… On se retrouve encore en novembre lors d’après-midis festifs baptisés Du med splann*, avec concert et fest-deiz*, autour de Kern, Patrik Ewen, Gwennyn... Des conférences sont données. En 2016, on fête la crêpe, lors d’une journée Tro-dro d’ar c’hrampouezh*, pour faire goûter (tañva*) au meilleur de notre culture. Presque toutes ces festivités se terminent par une gavotte, moment magique autour de musiciens et de chanteurs, dans un kan ba’n dans* interminable… !

L’avenir des BL
Jusqu’en 2014, l’association s’est agrandie de nouveaux membres. Actuellement, les BL sont une centaine, avec un conseil d’administration de 18 personnes. Au fil des ans, ils se mobilisent pour maintenir bien vivant notre héritage culturel, tout en allant de l’avant, en intégrant les nouvelles têtes. Car s’il faut veiller à conserver, malgré les cultures dominantes, notre langue, nos danses et nos chants, il ne faut pas non plus les figer, comme des objets de musée, en dépit des évolutions et des créations. Ces quatre dernières décennies de BL ont montré combien la culture bretonne, riche et diverse, savait unir les gens.

Dico Breizh
ha bev bepred : et toujours vivant
rimodelloù ou rimadelloù : composition rimée, fabulette, comptine
dañs tro : gavotte
festoù-noz : bals de danses bretonnes, se déroulant la nuit, contrairement aux fest-deiz
kontañ kaoz : conversation
e-tal an tan : auprès du feu
du med splann : litt., « noir mais joyeux, brillant », quand la bonne ambiance compense l’obscurité de novembre, « ar miz du »
tro-dro d'ar c'hrampouezh : autour de la crêpe
tañva : goûter breton
kan ba’n dans : litt., chant dans la danse

Christian Daniel et Marilyne Cotten
Au fil d'Ergué n° 18, janvier 2025
Photographie : dessin de Laurent Quévilly illustrant son article "Le Breton à l'école, la réponse de Lestonan", publié dans Ouest-France le 28 octobre 1983.