Lestonan, mémoires d'un petit bourg

Première boulangerie de LestonanLestonan serait sans doute resté un simple lieu-dit bordant une route si la papeterie Bolloré ne s’était installée non loin de là, au bord du ruisseau Bigoudic. C’est l’essor de cette usine, au XIXe siècle, qui fera de Lestonan un deuxième pôle dans la commune.

Lestonan, un centre autour d’une école
Si la papeterie existe depuis 1822, l’histoire de Lestonan ne commence vraiment qu’en 1841, lorsqu’on redresse la route reliant le Moulin de l'Odet à l'axe Quimper-Coray. Dès lors, les trajets sont plus rapides et quelques familles d’ouvriers se fixent autour de Menez ar Groas et de Kerhuel Vian. Ce qu’on appelle « Lestonan », au début de XXe siècle, c’est en fait l'école publique, construite en 1885 à Menez ar Groas. Mais ce nom, emprunté à un village de la route Quimper-Coray et attesté dès le XVIe siècle, sera bientôt attribué à toute une agglomération en développement. Entre 1910 et 1920, grâce à de nouveaux investissements, les effectifs de la papeterie quadruplent. Les décennies suivantes voient l’installation d’habitants à Keranna et de nombreuses ouvertures : deux écoles privées, des cafés (Joncourt, Molis, Chan Deo, Kergourlay, Rannou…), des épiceries, des boucheries (Rospape, Henry), une crêperie (Huitric), une ferme-salle de danse-restaurant (Quéré)… Vers les années 1980-90, au moment où la population d’Ergué-Gabéric augmente considérablement, une école maternelle publique est construite et l’école primaire est agrandie. S’installeront aussi une agence bancaire, un salon de coiffure, un médecin…

Keranna, un satellite presque autonome
Cette cité a été construite en 1917 à la demande de René Bolloré, sur le modèle des cités-jardins, lotissements que les industriels mettaient à disposition de leurs salariés. À Keranna, dix-huit logements de style « breton pittoresque » s’agencent en forme de « U » autour d’un puits et d’un jardin.
En 1927, une centaine de personnes, composée d’employés de bureau, d’ingénieurs et d’ouvriers qualifiés de l’usine Bolloré, occupait ces maisons. Keranna était certes un habitat plus ou moins collectif, mais on y vivait en vase clos. Au début, la cité était entourée de portails. Les enfants des autres quartiers n’avaient pas le droit d’y pénétrer. Le lotissement était entièrement tourné vers la papeterie : « C'est notre histoire, tout s'agençait autour de l'usine Bolloré », résume Laors Huitric dans Mémoires de Lestonan (1910-1950).
Pour imaginer Keranna avant 1950, il faut se figurer une cité colorée en rouge, vert, bleu, rose et jaune. Chaque jardin était séparé par une balustrade aux couleurs de la maison. On disposait de l’électricité dès 1933, mais pas de l’eau courante ni des toilettes (installées à partir de 1964). Pour s’approvisionner en eau, on allait au puits central. Profond de 18 mètres, il prodiguait en été « une eau tellement froide et pure », confie Henri Le Gars.

Jean-Marie Déguignet, l’enfant terrible du Quellenec
En 1998, ses Mémoires du paysan bas-breton entraient dans top 10 des ventes françaises. Il avait écrit quelques semaines avant sa mort : « J'ai vu mon nom briller parmi les célébrités littéraires ». C'était en 1905, quelques chapitres de ses mémoires avaient été publiés dans La Revue de Paris. Qu'aurait-il dit, en 2025, après avoir vendu 400 000 exemplaires à travers le monde ?
Son manuscrit, 24 cahiers d'écolier retrouvés en 1984, fut patiemment décrypté par une chaîne de bénévoles d'Arkae, avant de paraître en 1998 chez An Here. L'ouvrage tomba entre des mains prestigieuses : Michel Polac de France Inter, Étienne de Montéty du Figaro, Linda Asher du New York Times... Le tambour médiatique se déchaîna fin 1999 et Déguignet entra dans les meilleures ventes françaises pendant dix mois ! Euphorie du côté d'Arkae et du côté de l'éditeur, Martial Ménard, qui résida longtemps au Rouillen.

► Pour aller plus loin :
Mémoires de Lestonan (1910-1950),
éd. Arkae, cahier n° 7, 2007.
En vente à l’association.

Marilyne Cotten et Bernez Rouz
Au fil d'Ergué, n° 20
Photographie : la boulangerie Guéguen, fondée en 1912.