Histoire du Rouillen, un quartier "tout neuf"

Vue du 75 route de Coray en 1956 Le Vallon et au fond à gauche Tréodet et Kerfeunteun Fonds ArkaeRattaché à la commune d’Ergué-Gabéric à la Révolution, le Rouillen a une histoire riche et singulière. Au confluent du Jet et de l’Odet, traversé par la grande route de Coray et bordé par la voix express ce lieu de communication a un passé riche. Aujourd’hui, c’est le quartier économiquement le plus dynamique d’Ergué grâce à ses lotissements et ses zones d’activités tout en conservant quelques havres de paix.

Les racines du quartier du Rouillen
Les fouilles archéologiques qui ont précédées la mise en service de l’échangeur de la Salle-Verte ont permis de mettre à jour des vestiges de l’âge du fer, c’est à dire la période des Osismes, tribu gauloise qui habitait l’Ouest de l’Armorique. Il y avait déjà une ferme entourée de fossés et de talus. Même configuration au Cleuyou (qui signifie, talus, fortifications). La route de Coray actuelle baptisée an hent meur (La grande route) sur le cadastre de 1834, était le grand axe de circulation entre Carhaix, capitale des Osismes et Locmaria, cité primitive de Quimper. Cette route fut ensuite améliorée par les Romains. Le manoir du Cleuyou possédait plusieurs fermes dont Kerelan et Kerampensal qui faisaient partie au Moyen-âge de la paroisse de Lanniron qui appartenait à l’évêque. Celui-ci touchait les bénéfices d’un octroi pour le passage du pont sur le Jet, il avait surtout ses poteaux de Justice sur les hauts du Rouillen, on connait l’emplacement par le champ nommé Park ar Vrañsigell (Le champ des suspendus !). À l’époque, Salglas (Salle verte) était aussi un manoir qui servait de résidence à différentes familles nobles. Un deuxième pont existait sur la rivière Odet au lieu-dit Pont Odet. En 1636 il était « rompu » et on passait l’Odet l’été par un gué situé à Tréodet. Il permettait de rejoindre Quimper sur la rive droite de l’Odet. À la Révolution, Jacques Cambry note la présence de petites manufactures « de grosses poteries et de vases de grès ». La vallée appelée Stank ar poder (la vallée du potier) garde trace de cette activité. Cette période ne change pas grand-chose au statut des fermes : les propriétaires nobles laissent la place à des bourgeois de Quimper.

Le Rouillen, quartier champignon
Imaginez avant-guerre, un coin paisible d’Ergué-Gabéric : un manoir, quatre fermes, des champs, des prairies et la route de Coray. Celle-ci traversait la ligne de chemin de fer à l’Eau Blanche, enjambait le Jet et montait raide vers le plateau du Rouillen, ligne de partage des eaux entre l’Odet et le Jet. Yvon Hascoet, cultivateur à Ti-nevez Cleuyou se rappelle : « il est presque impossible de trouver un environnement aussi beau à cause des arbres, des fleurs, des rivières et des canaux avec ce vieux moulin qui permettait de se cacher facilement lorsqu’on pratiquait le braconnage ».
C’est au confluent des deux rivières au lieu-dit Coutilly que s’installent les Salaisons Gouiffès en 1937. 20 ans plus tard elle traite 320 porcs par semaine ! Cette première activité industrielle dans le quartier tout comme l’installation d’une pisciculture après-guerre ne génèrent pas dans un premier temps une urbanisation sur Ergué-Gabéric. Celle-ci se fera timidement par quelques maisons dans la côte du Rouillen puis l’installation d’un garage automobile. Le décès accidentel du propriétaire du manoir du Cleuyou en 1959 aura pour conséquence la vente des terres de Kerampensal et la création des premiers lotissements sur les hauts du Rouillen. Le mouvement d’urbanisation galopante est lancé avec la disparition des exploitations agricoles qui s’accélère dans les années 60 et 70 : les lotissements du Vallon, de Kerelan, de l’Odet, du Poulduic, du Jet se créent à partir de 1969. Les infrastructures se mettent en place : école en 1973, supérettes en 1978. La zone d’activité du Cleuyou dans la vallée du Jet complète le tableau de ce nouveau quartier d’Ergué entre Jet et Odet en 1980. C’est à cette époque que le chantier colossal de la voie expresse qui traverse les deux vallées profondes du Jet et de l’Odet change la physionomie vers l’est. La création d’un échangeur fait craindre aux habitants les nuisances dues au traffic automobile.

Le Rouillen actuel : pôle attractif d’Ergué
Avec ses 3 000 habitants, le Rouillen est devenu le quartier le plus peuplé d’Ergué dès 1980. La crainte pour l’identité gabéricoise est qu’elle devienne une cité dortoir de Quimper, cité sans âme. Une action volontariste des municipalités de l’époque ont permis d’offrir les services qui manquaient à la population : le centre commercial de Pen-Ergué, la création d’un supermarché, les services bancaires, médicaux, la poste, les artisans... Le rayonnement de l’école primaire et maternelle, la création d’un terrain de sports et d’une piscine privée contribuent à faire du Rouillen un véritable centre de vie qui se dote alors d’un comité d’animations. À partir de 1996, la création d’une zone d’aménagement concerté l’autre côté de la voie express va renforcer considérablement la fréquentation de la route de Coray où on doit installer feux rouges et giratoires consacrant ainsi le Rouillen comme principal centre urbain d’Ergué-Gabéric. Les nombreuses installations commerciales de part et d’autre de la voie express inversent les flux de circulation, il y a désormais plus de gens de l’extérieur qui viennent travailler à Ergué que de Gabéricois à aller à Quimper. La dynamique gabéricoise a de beaux jours devant elle !

Le nom Rouillen en breton : Ar Ruilhenn
Ce nom apparait pour la première fois en 1817, lors d’une délibération du conseil municipal. "Le chemin de la terre noire autrement dit le Ruillen, commençant à la barrière du Cleuyou et finissant à la garène de Kerelan, long d'environ 800 pieds...". Cette indication est précieuse. La Terre Noire, (douar zu) toponyme qu’on retrouve à Quimper, indique la présence de charbon. Un important gisement se trouve en effet sur notre commune dans la vallée du Jet. Ruillen est à rapprocher du verbe breton ruilhal qui signifie rouler. On peut penser que ce nom qui est unique en Bretagne désigne des éboulis de roches. Le chemin qui allait de la butte du Cleuyou pour rejoindre la vallée de l’Odet est particulièrement escarpé.

Bernez Rouz
Au fil d'Ergué, n° 20, mars 2025
Photographie : Vue du n° 75, route de Coray en 1956. Le Vallon, et au fond à gauche Tréodet et Kerfeunteun. Fonds Arkae ©.