
Connue pour sa chapelle qui date du XVe siècle, le quartier de Kerdevot apparaît aujourd’hui comme un refuge de verdure dans la très rurbaine commune d’Ergué-Gabéric. La quiétude de sa campagne attire, mais loin de l’endormissement bucolique, le quartier vibre d’une activité salutaire autour du pardon religieux et du marché de Kerdévot.
Un quartier d’une haute antiquité
Jusqu’à la Révolution, la chapelle a donné son nom à une trève, c’est-à-dire un secteur de la paroisse organisé autour du lieu de culte. Celui-ci allait globalement de la route de Coray actuelle jusqu’à la route de la Croix-Rouge et au bourg d’Elliant. On a là deux itinéraires majeurs depuis l’époque romaine qui font que ce secteur n’était pas du tout isolé, mais que de tout temps une forte activité a animé cette campagne aujourd’hui encore préservée. Cherchons les traces antiques, nous les trouvons à Niverrot. Douze haches de bronze ont été découvertes à la fin du XIXe siècle. Elles peuvent être datées entre 2000 et 800 avant Jésus-Christ et témoignent d’une activité humaine importante à cet endroit. En 1790, Niverrot est le principal lieu habité du secteur, puisqu’on y trouve quatre cultivateurs, un métayer et trois familles de journaliers. L’autre lieu de haute antiquité est Trolann, écrit « Trefflan » en 1458, soit « la trève de la lande », « lann » en breton désignant les ajoncs, plante rustique qu’on trouve partout sur le massif armoricain. Avec l’accroissement de population, plusieurs chapelles ont été élevées à partir du XIIIe siècle et les trêves se sont multipliées.
Le pardon de Kerdevot
Le pardon de Kerdevot, qui doit son origine à la peste d’Elliant, connaît une renommée importante dans l’évêché de Cornouaille. À la veille de la Révolution, c’était le troisième pardon le plus rémunérateur du diocèse. On y venait de toute la Basse-Cornouaille le deuxième dimanche de septembre, mais beaucoup d’autres cérémonies y attiraient des foules.
Un secteur minier
En 1913, le quartier de Kerdevot-Niverrot est devenu un important centre minier. La découverte de stibine, plus connue sous le nom d’antimoine, a conduit une société de la Mayenne à y exploiter des filons de 1913 à 1916, puis de 1924 à 1928. L’antimoine est un métal rare qui sert à la fabrication des batteries et des semi-conducteurs, notamment. Les filons de Kerdevot n’ont pas donné les résultats escomptés. On y creusa trois puits, un kilomètre de galerie. Une cinquantaine d’ouvriers extrayaient le minerai brut, qui était expédié au siège de l’entreprise en Mayenne. Les filons étant épuisés en 1928, l’exploitation n’a pas repris. Depuis, les études récentes du Bureau de recherches géologiques et minières ont conclu au peu d’intérêt de reprendre une exploitation à Ergué-Gabéric. Les filons ne sont pas économiquement rentables.
Un quartier animé
Kerdevot aurait pu connaître une certaine marginalisation due au déclin de l’agriculture et de la pratique religieuse, sans plusieurs initiatives qui ont vu le jour à partir des années 1980. C’est d’abord la création d’un comité de quartier, mélangeant les habitants du cru aux fortes racines paysannes aux nouveaux habitants venus s’installer au vert, qui a changé la donne. Le comité, formé en 1982, anime de façon magistrale le côté profane du pardon, notamment par son ragoût de choux, qui attire des centaines de convives. Mais l’animation a accueilli aussi des spectacles de danse et de musique bretonnes, un concours de bombarde et binioù kozh, des jeux bretons… La deuxième initiative a été de créer une grande fête culturelle autour du quinzième centenaire de la chapelle de Kerdevot. La date 1489 inscrite sur un des vitraux a servi de prétexte à cette année exceptionnelle, forte de dix évènements et de la présence de 10 000 personnes au pardon de 1989. L’association "Kerdevot 89" est devenue ensuite Arkae et a conduit, avec la municipalité et grâce à des dons importants, à la pose de vitraux contemporains dans la chapelle. La troisième initiative a été la création du marché de Kerdevot, en 2003. Pionnier du mouvement « consommer local », plusieurs producteurs bio du secteur ont lancé ce marché, qui prospère aujourd’hui chaque mercredi de juillet et d’août, substituant la rencontre des pardons d’autrefois à des retrouvailles champêtres en musique. Convivialité, culture, artisanat et agriculture se conjuguent à merveille ici. Enfin, l’Association des fabriciens et amis de la chapelle de Kerdevot dynamise le pardon en invitant des délégations des paroisses environnantes à participer à la grande procession rituelle jusqu’à la fontaine. L’association a également recréé un pardon des anciens, une retraite aux flambeaux et le pardon mut (pardon muet) au printemps.
Bernez Rouz
Au fil d'Ergué, n° 21, mai 2026
Photographie : Porteuses de bannières en 1958. Fonds des Fabriciens de Kerdevot ©.

