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- Histoire des Brezhonegerien Leston'n par Marilyne Cotten et Christien Daniel, Au fil d'Ergué n° 18, janvier 2025


Nous voilà à mi-chemin de Kerdevot, du bourg d’Ergué et de la route Quimper-Coray, dans un village planté sur une fourche de routes. Ce tout petit hameau est apparu vers 1850. Sa position favorable en a fait, au xxe siècle, l’un des lieux les plus fréquentés et les plus vivants de la commune.
Dans Les noms de lieux d’Ergué-Gabéric, Bernez Rouz en donne l’origine : « Les habitants du hameau seront surpris d’apprendre que reunig signifie « petit phoque » en breton. Ergué ne se trouvant plus depuis longtemps en bord de mer, cette origine semble peu probable. Tout comme reun ou run (colline) qu’on retrouve dans Penn ar Run. Le problème est que l’on se trouve dans une vallée [la colline est donc derrière]. Il y a une autre explication : Reun est aussi un prénom René ou parfois Ronan. Enfin, reun, c’est la soie du cochon. Le nom reste énigmatique[1]. » On trouve parfois une autre orthographe, semblant fautive : « Réunic », comme le début du mot « réunion », en français.

Pour les archives, ce quartier est récent. Son nom n’apparaît pas dans le premier recensement de la commune, celui de 1790, sur la section de Bohars. Sur le cadastre napoléonien de 1834, le premier qui ait été effectué à Ergué-Gabéric, il n’y a pas non plus de lieu-dit Reunic.
Mais sur ce cadastre, on voit bien une parcelle 950, notée en pointillés et a posteriori. Les pointillés indiquent qu’elle n’existait pas en 1834, lors de la première cartographie. Cette parcelle a donc été prise, sans doute vers 1840, sur l’espace même de la route, qui était suffisamment large pour qu’on puisse y construire une habitation. Par ailleurs, les parcelles classées au lieu-dit de Reunic ont pour nom Penn ar Menez/Coat an Intron Menez et Tal Coat an Intron. Cette « Intron » est-elle la Vierge de Kerdevot ? Ces terres appartenaient-elles au clergé ?
En 1840, dans l’acte de naissance de Marie Corentine Hemery, le nom du Reunic apparaît pour la première fois à l’écrit. On le retrouve ensuite dans un recensement de 1861. S’y trouvent alors six personnes. Ce chiffre grossit jusqu’en 1891, où sont recensés vingt-trois habitants, issus de quatre foyers. Au tournant du xxe siècle, le nombre des habitants se stabilise à une dizaine de personnes. Par ailleurs, les limites de ce qui est appelé Reunic ne sont pas toujours claires.
En tous les cas, en 1834, lors du premier cadastre, ces parcelles appartenaient à Louis Enjolbert de Martillat (1775-1846), Auvergnat de naissance, maire de Pluguffan, propriétaire du manoir de Kerascoët, sous-préfet dans les années 1810[2]. Dans les années 1850, après son décès, c’est la fille de son frère qui récupère les terres du Reunic. Elle se nomme Anne Louise de La Lande de Calan. Les terres passent en 1861 aux mains du fils d’Anne, Henri de Lonlay, châtelain du Porzou et caissier de la Banque de France à Quimper. En 1911, les terrains sont rachetés par les Rocuët.
À cette localisation, depuis 1851, on trouve la famille Rocuet, dont le premier recensé est le tailleur Laurent Rocuet (1817-1887). Cet homme y restera jusqu’à sa mort, entouré de son épouse, de ses enfants, de leurs conjoints et de ses petits-enfants, puisqu’il est recensé au Reunic un avant son décès. Les descendants des Rocuet n’ont pas cessé d’habiter le Reunic. L’une d’entre eux y demeure toujours, témoignant d’un long attachement de cette famille à ce village.
Les pères de cette famille se prénomment, pour la plupart, Laurent[3] ou Cézar. De père en fils, de 1861 à 1906, ils sont tailleurs d’habits. Les tailleurs passent de foyer en foyer pour prendre les commandes et les livrer. Pour un tailleur, habiter une position passante, de bord de route, au milieu de la campagne, est une facilité. « Nous allions faire les costumes dans les fermes, confie Pierre Flatrès, ancien tailleur-brodeur d’Elliant, au Télégramme dans les années 1970. Nous étions souvent des équipes de cinq à six tailleurs, car il fallait habiller le patron, la patronne et les domestiques. Nous partions très tôt le matin, à cinq heures l’été, et nous faisions sept à huit kilomètres à pied le ventre vide, car nous déjeunions à la ferme[4]. » Par ailleurs, les épouses des tailleurs du Reunic, comme c’est l’usage, complètent les revenus : elles sont ménagères, journalières et cabaretières.
Au début du xxe siècle arrivent dans les campagnes environnantes les premières machines à coudre, mais au même moment, les costumes bretons se portent de moins en moins et le chômage commence à sévir chez les tailleurs et les brodeurs. Ainsi, après 1906, il ne sera plus recensé de tailleurs au Reunic. Les Rocuët vont se tourner vers des métiers plus porteurs : le commerce et l’artisanat. En 1928, l’une des filles de la famille Rocuët, Corentine (1928-1945), cuisinière au Reunic, épousera un forgeron de Menez Groas, en Lestonan : Jean-Marie Coathalem (1928-1976). À eux deux, ils portent le café-forge.

Ci-contre, la forge des Coathalem, entre 1942 et 1945, peinte par Gaby Pelleter, réfugié venu de Toulon à Lestonan. Gaby Pelleter peignait pour quelques francs les fermes d’Ergué-Gabéric.
Au fil des années, deux activités persistent au Reunic, reprises par des individus différents : cafetier et forgeron. Cela est dû à une position géographique : le Reunic est au croisement de deux anciennes routes, d’Elliant vers Quimper ou vers le bourg d’Ergué. C’est donc un lieu favorable aux haltes de passants menant leurs chevaux à la foire, à la ferme ou au champ[5]… Un café-forge à cet endroit, c’est l’occasion de retrouver des Elliantais ou des Gabéricois, de prendre un verre, un repas, une nuit, de faire ferrer un cheval ou de réparer une machine agricole. En outre, pendant longtemps, on vient par ici pour faire moudre son grain au moulin de Lost ar Guillec. Alors, en patientant, on va au café ou à la forge tout proches[6]. « Les chevaux semblaient connaître par cœur la route du Reunic », confie Louis Rannou, non sans nostalgie, à Laurent Quévilly en 1987[7].
Ce village tire aussi des avantages commerciaux de sa proximité avec la chapelle de Kerdevot. Quoiqu’il soit suffisamment loin d’elle pour qu’on puisse y organiser, sans trop déchaîner l’ire ecclésiastique, des bals et des jeux qui capteront une bonne partie des « pardonneurs ». En témoignent plusieurs articles, dans la presse locale du XXe siècle, comme celui du Finistère, annonçant un bal au Reunic le 12 septembre 1936 à la salle Coathalem. Par ailleurs, lorsque, tout près de la chapelle, entre 1913 et 1916, s’ouvre une mine d’antimoine, c’est le Reunic qui reçoit en pension les mineurs espagnols qui y travaillent[8].
C’est en 1876 qu’apparaît au Reunic un café. L’épouse de Cézar Rocuet fils, Perrine Le Gall, le tient. Elle est la première d’une série de cabaretiers/cafetiers/aubergistes au Reunic. Puis, en 1881, le cabaret de Perrine Le Gall devient sans doute une auberge, tenue cette fois par Pierre Le Saux[9]. Une salle de danse et de cinéma a été ouverte, mais l’on ne sait à partir de quand. Des repas de noces se tenaient aussi au Reunic.
Marie-Anne Coathalem, jeune sœur de Jean-Marie Coathalem, interviewée par Gaëlle Martin en 2000, témoigne de l’activité du commerce du Reunic. En 1930, à 16 ans, Marie-Anne avait rejoint son frère forgeron au Reunic. Elle n’avait pu poursuivre sa scolarité au-delà du certificat. Au Reunic, elle travaillait en tant que bonne, notamment pour assister sa belle-sœur, qui était malade. Après le décès de cette dernière, elle est revenue régulièrement, pour aider son frère à faire ses lessives.
En 1876, arrivent au Reunic une autre activité et une autre famille : celle de Jean Auffret, « tonnelier ». Le tonnelier est un artisan qui fabrique et répare les tonneaux, activité qui préfigure celle de la future forge. En 1881, le tonnelier est parti, mais un « taillandier », c’est-à-dire un artisan qui fabrique des objets tranchants en fer, est arrivé. Son nom est Laurent Bourbigou, 57 ans. Quatre ans après, ce même homme est qualifié de « forgeron » par les recenseurs. Vient ensuite Pierre Dagorn, puis Jean Molis, qui quittera sa forge du Reunic en 1920 pour s’installer à Lestonan, toujours comme forgeron, jusqu’à son décès en 1938[10]. C’est donc en 1886 qu’on a la première trace écrite d’une forge au Reunic.
Ajoutons enfin que ces deux activités nécessitent souvent des bras supplémentaires : ouvriers, domestiques, membres de la famille élargie se retrouvent ainsi à travailler et habiter au Reunic temporairement. André Le Bihan, né en 1940 à Kervoreden, indique dans ses mémoires qu’il a été, à la fin des années 1950, l’un des apprentis de Jean-Marie Coathalem à la forge :
« Jean-Marie [Coathalem] étant d’accord, me voilà apprenti chez lui pendant les vacances. Je dormais au Réunic et je rentrais en vélo, pour le week-end. C’était quand même assez dur la forge l’été, pas tellement marrant : chaleur, poussière. Jean-Marie me faisant surtout refaire les dents de herse. D’abord les démonter, l’écrou étant grippé, après forger le bout arrondi pour le rendre pointu, à nouveau remonter la dent, travail assez fastidieux. D’autres fois, je tenais le pied des chevaux à ferrer, le travail était assez varié. Roger [fils de Jean-Marie] avait commencé à se spécialiser dans la plomberie et j’allais aussi l’aider sur les chantiers. C’est peut-être là que m’est venue l’idée de mon futur métier. Pour les initiés, en ce moment-là, les soudures étaient faites à l’étain, maintenant ça ne se fait pratiquement plus[11]. »
Roger sera le dernier forgeron du Reunic. Comme le mentionne André Le Bihan, il orientera davantage son activité vers la plomberie, installant, par exemple, l’eau courante dans les fermes alentour. Petit à petit, les clients de la forge se font rares : « Les paysans du coin se sont mis à acheter des voitures. »
Ci-contre, Roger Coathalem et Lili Rannou, photographiés par Laurent Quévilly en 1987.
Annick Deloraine, épouse Verdin, est née le 11 mai 1950. Ses parents sont Roger Armand Deloraine, né le 12 mai 1922 à Bezons, en Seine-et-Oise, et Alice Marie Perrine Deguignet, née le 9 septembre 1923 à Ergué-Gabéric. Annick est donc, non seulement, liée par sa mère à Jean-Marie Déguignet, son arrière-arrière-grand-oncle (elle a participé à la rédaction de l’édition intégrale des Mémoires), mais elle est aussi attachée au Reunic, où elle a de la famille et des souvenirs d’enfance. Les parents d’Annick se sont mariés à Mantes-la-Jolie, la famille vivait donc en Ile-de-France. Elle aussi est restée dans cette région, à Marly-le-Roy. Mais lorsqu’elle était enfant, pendant les vacances scolaires, Annick séjournait souvent, avec ses parents, dans la ferme de Louis et Perrine Rannou, ses grand-oncle et grand-tante, au Reunic.
Enfant, mon premier séjour au Reunic date du mois d'août 1951. J’avais 15 mois et c'est dans la cuisine au sol cimenté que j'ai fait mes premiers pas. Les années suivantes, jusqu'en 1956, j'y suis venue, toujours avec mes parents, et toujours l'été, pour un séjour de vacances. De 1957 à 1967, je suis venue avec ma mère (train de nuit Paris-Quimper) pour 1 à 2 mois de vacances estivales. Mon père nous rejoignait plus tard. Plus tard, de 1973 à 1989 (?), j’y suis revenue avec mari et enfants. En vacances dans le Morbihan, nous venions chaque année passer une journée au Reunic avec Perrine et Louis. Après le décès de mon grand-oncle, ma grand-tante a quitté le Reunic pour un appartement situé dans un lotissement du haut du Bourg (Park ar Groas).

Annick, à deux ans, en borledenn, dans le jardin devant la maison des Rannou, en 1952. Don Annick Verdin, 2024.
J'étais la petite-nièce de Louis et Perrine Rannou. Louis, né en 1892, est mort en 1985, je crois. Perrine, née le 19 août 1895, est décédée le 1er avril 1990. Louis a exercé le métier de cantonnier. Le recensement de 1946 parle même « d'aide-cantonnier », ce qui devait lui rapporter un salaire de misère. Il n'empêche que son domaine du Reunic était impeccablement entretenu ! Tante, elle, dans ce même recensement, a le titre de « cultivatrice ». Elle était polyvalente, elle partageait son temps entre les travaux ménagers, les soins aux animaux et les travaux des champs. Ils n'ont pas eu d'enfants.

Extrait du recensement de 1946 pour le Reunic. On y trouve la forge-café des Coathalem, parents, grands-parents (les Rocuët) enfants et employés, ainsi que la ferme du couple Rannou. AD29.
Le Reunic se réduisant pour moi, à l'époque, à la ferme Rannou d'une part et à la vaste maison Coathalem d'autre part, le nombre des habitants était très limité. En revanche, nous avions des contacts variés avec les familles du voisinage, où je trouvais des filles comme compagnes de jeux. Il y eut d'abord Odette Bernard, la fille du menuisier, qui habitait non loin de la forge, sur la route de Kergamen. Puis il y eut les petits-enfants des propriétaires du Petit Castel et aussi Marie, dite « Mimi », de la famille Bohars... L'ambiance était très bonne, on riait beaucoup notamment chez Tonton et Tante où la belote et le rami étaient fréquemment disputés ! Quant à la langue bretonne, si l'oncle et la tante la parlaient uniquement entre eux, il lui arrivait de se glisser dans nos tablées festives, mais cela ne me gênait pas, car bien que non-bretonnante, j'aimais entendre parler cette langue si musicale !
Je l'ai vue en activité jusqu'au décès, je pense, du « Père » Coathalem [Jean-Marie]. Ma tante Perrine m'a fait rentrer dans la forge au moment où Jean-Marie allait ferrer un cheval : j'ai vu les flammes du foyer grandir sous l'action du soufflet et le forgeron battre sur son enclume le fer qui sonnait sous les coups du marteau. Et j'ai senti plus tard l'odeur de corne brûlée quand il replaça le fer sur le sabot du cheval docile pour l'y clouer... Inoubliable ! Je n'ai pas vu le bistrot en activité ni assisté à un bal ou à une séance de cinéma. Je n'ai pas non plus connu de domestiques à la ferme. En revanche, ma mère en a connus pendant les cinq années, entre 1925 et 1929, qu'elle a passées chez Perrine et Louis. Je me souviens de « Marie Pokez », une vieille femme qui parcourait les routes, allant de ferme en ferme pour mendier son pain. Lorsque j’étais enfant, on me disait, lorsque cette femme passait, que si je n’étais pas sage, elle m’emporterait dans son grand sac[1] !...
Personnellement, je n'ai connu que Roger et Anna, deux des quatre enfants de Corentine Rocuët-Coathalem (1908-1945), qui habitaient à la forge.
J'ai bien connu Lili avec ses parents, Pierre Rannou (cousin de ma mère) et Louise Barré et sa sœur Edith, l'aînée, ainsi que Pierre, le cadet. Ma mère était la cousine de son père et Lili était mon petit-cousin. Les deux familles du Reunic et de Kerlavian étant apparentées, les hommes (Louis et Pierre) s'entraidaient pour les gros travaux de la campagne. J'ai perdu P'tit-Louis de vue dans les années 60. Nous n'étions plus des enfants, surtout lui !


L'un de mes plus anciens souvenirs est la photo de leur mariage célébré en 1919 ou 1920, et qui, fort agrandie et encadrée, était fixée à la tête de leur lit. De ce mariage, je ne connais pas les circonstances, j'ignore comment ils se sont rencontrés (elle, la citadine, et lui, le paysan) mais ce que je sais, c'est que je ne connais pas plus belle photo de mariage que la leur !...
Lui, Louis Rannou, ancien soldat de la Grande Guerre, ayant connu Verdun et les tranchées, ayant laissé là-bas deux de ses frères[2], est, sur cette photo, l'élégance même : costume impeccable, chemise au col blanc empesé, fleur blanche accrochée au revers de sa veste, gants blancs et chaussures bien cirées. Il avait surtout un visage au regard droit et doux, une chevelure soigneusement peignée (Tonton avait toujours un peigne dans sa poche pour arranger des cheveux dont il était très fier), sans oublier la fine ciselure de sa moustache ! Quelle allure !...
Elle, Perrine, bien droite à son côté, un peu plus grande que lui, avec son beau et fin visage, porte le costume breton traditionnel. Elle a la coiffe de Quimper, assez basse et presque discrète, mais que son blanc lacet encadrant le visage et le cou gracile vient mettre en valeur. Son corsage de velours noir est rehaussé par un bandeau de dentelle incrusté de perles blanches, et dont les longues manches se terminent aussi par de la dentelle qui s'attarde sur le haut de la main. Sa longue jupe noire, du même velours, s'arrête juste au-dessus des chevilles et laisse voir les bas et les souliers à talons. Mais cette jupe est recouverte d'un magnifique tablier blanc en soie et satin broché, portant sur le côté gauche, comme venant du cœur, une tombée de rameaux fleuris...

Le Reunic, 1947, chez Louis et Perrine Rannou. Don Annick Verdin, 2024
Quel plaisir j'ai eu à passer du temps auprès d'eux à la ferme, été après été. J'ai beaucoup appris du travail de leurs mains, car peu de tâches étaient mécanisées, à la campagne, à cette époque, mais pour moi, chez eux, c'était le paradis ! J'ai tout aimé :

Mais encore et par-dessus tout, j'ai aimé regarder travailler Perrine et Louis, sachant que lorsque j'ai commencé à m'intéresser à eux, ils avaient déjà dépassé la soixantaine. Ils ont été pour moi de merveilleux grands-parents et même un peu plus que des grands-parents !...
Tante Perrine, j'ai aimé la voir entreprendre sa grande lessive qui, après qu'elle avait nettoyé son linge en le faisant bouillir dans une grosse lessiveuse, l'obligeait à monter au lavoir pour le rincer. Alors elle prenait place dans sa caisse où elle se tenait assise sur ses talons et, armée de son battoir, frappait le linge pour le débarrasser du savon... J'ai aussi aimé la voir faire le beurre, depuis le barattage de la crème jusqu'à la confection en un tournemain, et grâce à la cuiller virevoltante, d'une mini-motte de beurre aux contours parfaitement lisses, coiffée par application du moule, d'un décor fleuri.
Ci-contre, sur une photo de 1953, les outils de Perrine pour faire le beurre.
Tonton Louis, qui avait toujours dans sa poche, en plus de son peigne, le couteau multi-services qui ne le quittait jamais, était passé maître dans l'art de tuer le poulet ou le lapin, mets de choix pour nos tables du dimanche. Il tuait aussi le cochon (mais ça je n'ai jamais voulu le voir) au Reunic ou à Kerlavian et peut-être ailleurs encore, car l'entraide entre paysans existait, et Tonton, étant souvent le plus âgé de tous, faisait figure de patriarche et en était très fier ! C'était une force de la nature. Un vrai Celte, pas très grand mais râblé. Il se tenait encore à près de 90 ans droit comme un i. Et quand nous faisions tous les deux la course à vélo, lui, à 71 ans et moi, à 13, partant de l'église du bourg et grimpant jusqu'au calvaire, il me laissait prendre la tête, puis dès qu'il me voyait ralentir, il me dépassait, le dos bien droit sur sa monture et les fesses bien à plat sur la selle, se retenant de rire pour ne pas compromettre sa 1re place !...

Ci-contre, en 1951, de gauche à droite, de part et d’autre du cheval : Pierre Rannou (neveu des deux suivants), Louis Rannou, Perrine Rannou (grand-oncle et grand-tante d’Annick Verdin) et Alice Deguignet (mère d’Annick Verdin).
Articles préparés et rédigés par Marilyne Cotten,
avec l'aide de François Ac'h, Céline Bleuzen et Annick Verdin.
Parution en juillet 2025.
Notes
[1] Bernez Rouz, Les noms de lieux d’Ergué-Gabéric, cahier d’Arkae n° 9, 2007, p. 62.
[2] En ligne, on retrouve une lettre de lui adressée au préfet du Finistère, le 26 mars 1816. Elle traite du sujet des colporteurs et mendiants valides autorisés ou non à rester dans les communes.
[3] L’un d’entre eux est présent dans les souvenirs de Jean Thomas. L’une de ses activités consistait, semble-t-il à livrer du pain et de l’épicerie dans les fermes alentours : « Longtemps le vieux Lors Rocuet, beau-père de Biannic [boulanger au bourg], assura la livraison du pain et de l’épicerie dans les fermes au moyen d’un char-à-bancs bâché tiré par un cheval blanc. Sa silhouette est restée gravée dans ma mémoire. » (Jean Thomas, Gosse de village, 1990, « Avant guerre, de 1933 à 1939 », p. 5).
[4] « Ma hendero Pierre, le dernier brodeur mélénik coule une retraite paisible à Kerfeunteun », Le Télégramme, article non daté.
[5] Si beaucoup de lieux-dits se trouvent dans cette situation favorable, les plus typiques de la commune sont l’auberge-café-épicerie-restaurant Loch Laë (ancien lieu-dit Goarem Vras, ouvert fin xixe), à 8 km environ de quatre bourgs d’Ergué, Elliant, Landudal et Coray (témoignage de Marcel Kergourlay à Gaëlle Martin, le 09/05/2005), et l’épicerie-buvette de la Croix-Saint-André au carrefour des axes Quimper-Coray-Châteauneuf, où s’ouvre aussi un atelier de charronnerie-menuiserie début xxe (Mémoires de Jean Thomas, ibid.)
[6] « Le Reunic à la croisée des chemins », Ergue.com, mars-juillet 2015, p. 9.
[7] Laurent Quévilly, « Le loup blanc de Kerlavian », Ouest-France, 18 juin 1987.
[8] Cf. ibidem.
[9] Son fils est Joas ar Soaz (1883-1904), auprès duquel les Daspugnerien bro C’hlazig collectèrent, à la fin des années 1970, des chansons traditionnelles. Marin, puis colon cultivant des terres au Maroc, il avait gardé des liens étroits avec Ergué-Gabéric. Jos revenait de temps en temps au Reunic avec des valises de dattes et de figues.
[10] Voir le récit de J. Guéguen dans Mémoires de Lestonan, cahier d’Arkae n° 7, 2007, p. 37-38.
[11] André Le Bihan, De Kervoréden à Kerscao en passant par la Kabylie, 1re partie, 2001, p. 29-30.
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[1] Interviewé par Gaëlle Martin en 2006, Marcel Kergourlay, tenancier du café-restaurant de Loch Laë, disait d’elle : « « La clocharde Marie Poké buvait beaucoup. Dormait sur les tas de paille. Sillonnait Ergué-Gabéric, mais avait son repaire à Loch Laë. Saleté repoussante. Racontait des histoires un peu crues. »
[2] Voir J.-F. Douguet, Ergué-Gabéric dans la Grande Guerre, cahier d’Arkae n° 18, 2014 : l’un de ces deux frères est Michel Rannou, mort le 31 décembre 1918 au port d’Odessa en Ukraine.
La reconstruction du clocher de l’église Saint-Guinal, par Bernez Rouz, Bulletin municipal d'Ergué-Gabéric, septembre 2007
L'église Saint-Guinal au XVIIe , par Norbert Bernard, Keleier Arkae n° 16, janvier 2002
Inhumation foraine en 1729 (H. Chauveur - P.-Y. Castel), Keleier Arkae n° 23, novembre 2002, et Keleier n° 30, octobre 2003
J'ai été sonneuse de glas, par Marie Salaün, Keleier Arkae n° 45, juillet 2006
Bibliographie générale sur Kerdevot, par Bernez Rouz
Index Général du livre Kerdevot, Cathédrale de campagne, par Bernez Rouz
Les statues du calvaire de Kerdevot, par Jean Guéguen et François Ac’h, Keleier Arkae n° 51, juin 2007
Le pélerinage des marins de Dugay-Trouin à Kerdévot en 1712, par François Ac'h, Keleier Arkae n° 81, janvier 2013
Fric-Frac à Kerdévot en 1773, par Jean-François Douguet, Keleier Arkae n° 73, avril 2012.
Quand le vieux cantique de Kerdévot servait à la propagande royaliste, par Bernez Rouz, Keleier Arkae n° 84, octobre 2014
En revenant de Kerdévot, Texte de Léon Le Berre (Abalor) extrait de Fleurs de Basse-Bretagne, 1901.
La chapelle Saint-Guénolé, par Bernez Rouz, Keleier Arkae n° 4, juillet 2000
Restauration de la chapelle Saint-Guénolé, Gaëlle Martin, Keleier Arkae n° 4, juillet 2000
Saint-Guénolé : une restauration qui ne restera pas sans suite. Interview de P. Le Bihan, Keleier Arkae n° 8, décembre 2000
Les statues restaurées de Saint-Guénolé
Renaissance des Amis de Saint-André, Keleier Arkae n° 5, septembre 2000
Notes sur les chapelles par A. Le Braz
La croix de Kergaradec
Les deux enclos paroissiaux d'Ergué-Gabéric
La petite Vierge de Kroaz ar Gac
Ar Groaz Verr
Recteurs d'Ergué-Gabéric au XXe siècle, par Marie-Annick Lemoine, archives personnelles, non daté
Dans ses Mémoires, Jean-Marie Déguignet prend prétexte de la maladie des pommes de terres en 1845-1850 pour raconter des légendes, notamment la légende du chat noir (Histoire de ma vie, éd. An Here, 2001, p. 72 à 76).
Mais les archives, elles, nous en donnent un aperçu plus terre à terre, plus concret. Plusieurs épidémies de mildiou se succèdent entre 1845 et 1849. Leurs conséquences économiques et sociales se font vivement ressentir à Ergué-Gabéric. Le nombre de mendiants et d'indigents s’accroît de 29, en 1836, soit 1,43% de la population de la commune, à 198, en 1846, soit 6,08 % des Gabéricois ! Le nombre de décès qui, dans les années 1840-1845, varie entre 45 et 50 décès par an grimpe à 107 décès en 1849.
Au milieu du XIXe siècle, au pays de Quimper, la consommation de pommes de terre se répartit comme suit : 4/8e pour les hommes, 3/8e pour les les porcs, 1/8e pour les chevaux et bovins. Déguignet précise dans Histoire de ma vie que les « pommes de terre rouges, grosses et très productives, étaient alors la principale nourriture des pauvres et des pourceaux ». Plus loin, au Huelgoat, on précise qu'elles sont consommées par les indigents et quelques journaliers. On notera que les mendiants et indigents gabéricois appartiennent essentiellement à des familles de journaliers. En effet, parmi les chefs de famille dont les professions sont connues, on a : en 1846, 18 journaliers sur 21 chez les indigents (soit 85,71 %) et 9 sur 11 chez les mendiants (soit 81,82 %) .
Norbert Bernard - Keleier n°3, juin 2000, complété par des recherches inédites
La Société des Mines de la Lucette commença les travaux de recherches au printemps de 1913, à trois cents mètres au sud-est de la chapelle, sous la direction de son ingénieur, M. Ebrard, assisté de trois contremaîtres ainsi que de quatre mineurs espagnols venus du Genest en Mayenne (siège de la mine d’or et d’Antimoine de la Lucette, ainsi que d’une usine de traitement métallurgique).
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Un lock-out* à Kerdévot Mardi dernier, les quarante ouvriers de la mine d'antimoine de Kerdévot, en Ergué-Gabéric, ont menacés de faire grève si leurs salaires n'étaient pas relevés.
Les mineurs ont demandé 36 francs par jours, au lieu de 22 francs et les manœuvres, 25 francs, au lieu de 18 francs.
Le chef d’exploitation a aussitôt soumis par télégramme ces revendications au directeur de la mine, qui a répondu par la même voie, de suspendre les travaux.
On dit que le travail serait repris dans un mois environ, lorsque l’installation de machines, actuellement en cours, sera complètement terminée.
Le personnel de la mine est fort heureusement composé, en majeure partie, d’ouvriers agricoles et de carriers qui, souhaitons-le pourront trouver du travail dans la région. L’ordre n’a pas été jusqu’ici troublé.
* Fermeture provisoire d’entreprise en situation de grève. |
La découverte, toute fortuite, des filons d’Antimoine de Kerdevot tient quelque peu du conte populaire. Au printemps de 1911, alors que les hommes de Niverrot faisaient une « grande journée » de défrichage, l’un de se trouva devant un bloc de pierre, qui a priori ne se distinguait en rien des autres, mais qu’il fut incapable de soulever de même qu’aucun de ses compagnons. Il fallut deux hommes pour le porter sur une charrette, dont le chargement fut déversé en bordure de route. Au moment des prestations, corvée d’entretien des chemins, le patron de Niverrot, Jean Louis Huitric, décida de faire un sort à la fameuse pierre. Celle-ci fut brisée en fragments bleuâtres constellés d’éclats métalliques. Un morceau fut envoyé à fin d’examen à l’abbé Favé, aumônier à Quimper, qui constata la présence d’Antimoine. Fernand Kerforne, professeur de géologie à la faculté des Sciences de Rennes, confirma la présence à Kerdevot de blocs de quartz contenant de la stibine et des oxydes d’Antimoine. Par la suite il céda ses droits de découverte à la Société Nouvelle des Mines de la Lucette, qui en 1913 présenta une demande de concession d’une superficie de 120 hectares sur les communes d’Ergué-Gabéric et Elliant. Voila comment une vulgaire pierre, objet de curiosité, conduisit à ouvrir une exploitation minière sur notre commune.Norbert Bernard nous a quittés lors du week-end du patrimoine, une coïncidence qui nous a tous frappés, terriblement. Depuis presque dix ans, il était en contact étroit avec Arkae, il était devenu impossible de conjuguer l’histoire d’Ergué sans passer par lui et par sa formidable érudition.
Etudiant en histoire à l’Université de Bretagne Occidentale à Brest, c’est en 1996 que Norbert prend contact avec Arkae. Licence en poche il propose au professeur Jean Kerhervé un mémoire de maîtrise sur les chemins et la structuration de l’espace en Cornouaille du V° siècle au XVII° siècle. Norbert trouve dans les archives d’Arkae, patiemment collectées depuis vingt ans, un premier substrat pour donner corps à son étude. Sa remarquable connaissance des écritures anciennes lui facilitera l’accès aux plus vieux parchemins de l’histoire de notre commune. Bien vite, les seigneurs d’Ergué lui deviennent familiers. Et le voilà dans notre vieux cadastre napoléonien traquant les chemins aujourd’hui disparus : les carront, croas-hent, carpont, dro-hent, hent-car, hent-meur, autant de toponymes qui fleurissent dans le dédale de notre bocage. Norbert présente son mémoire en 1997 et se lance tout de suite dans un autre travail de recherche, un D.E.A. (diplôme d’étude approfondie), première étape vers un doctorat.
Cette fois il prend pour étude la seigneurie des Rives de l’Odet (1425-1575). Ce monumental travail de 320 pages dactylographiées est consacré aux manoirs du canton de Briec et de Rosporden. Il le présente en 1999. Il a amassé alors une somme considérable de connaissances sur les familles nobles de Basse-Cornouaille au Moyen-Age.
Mais c’est un tout autre travail -son premier travail salarié- qui lui est confié en mars 2000 : le livre de Jean-Marie Déguignet Les Mémoires d’un paysan bas-breton, vient de rentrer dans le cercle restreint des meilleures ventes de librairie en France. L’association Arkae confie à Norbert la valorisation de l’ensemble des écrits de notre compatriote. On ne redira jamais assez l’extraordinaire travail réalisé pendant les cinq années de son contrat d’emploi-jeune au Centre de Recherche et de Documentation Déguignet (13/12/1999-26/12/2005). L’ensemble des écrits de l’enfant de Quélennec est maintenant disponible. Norbert y a ajouté un appareil critique considérable, fruit d’une recherche dans laquelle il excellait. Il a signé aussi une exposition sur Déguignet, et un site Internet, l’un des cinq qu’il faisait vivre.


Les compagnies franches de Marine sont les ancêtres de nos troupes de Marine actuelles. Elles avaient leurs bases dans les grands ports militaires français (Brest, Rochefort, Toulon et Port-Louis). Dans les années 1710, elles comptaient sur le sol français environ 10 000 soldats, à savoir 100 compagnies de 100 hommes chacune, et dans les colonies environ 5000 soldats. Ces soldats sont bien des fantassins formés au maniement du mousquet, au combat à l’épée, aux manœuvres d’attaque et de défense, aux patrouilles, aux parades, mais aussi à l’abordage et à l’attaque à la grenade, au débarquement en terrain hostile. Plusieurs avaient une formation de canonnier. En outre, ces soldats étaient accoutumés à la vie à bord, tout comme aux latitudes tropicales. Les hommes de troupe étaient recrutés en grande partie aux abords des grands ports, mais pas uniquement. L’engagement se durait de 6 à 8 ans. Beaucoup prenaient une identité d’emprunt : « La Fleur », « Boit-sans-soif », « Joli-Cœur », « Brin d’avoine »… ou encore « Belle-Rose », comme Deschamps.
Les Mémoires de Monsieur Duguay-Trouin font un récit intéressant du retour à Brest. « Le 20 décembre, après avoir essuyé bien des vents contraires, nous passâmes la ligne équinoxiale, et le 29 janvier, nous nous trouvâmes à la hauteur des Açores. Jusque-là, toute l’escadre s’était conservée11 ; mais nous fûmes pris sur ces parages de trois coups de vent consécutifs, et si violents qu’ils nous séparèrent tous les uns des autres. Les gros vaisseaux furent dans un danger évident de périr ; Le Lys, que je montais, quoique l’un des meilleurs de l’escadre, ne pouvait gouverner par l’impétuosité du vent ; et je fus obligé de me tenir en personne au gouvernail pendant plus de six heures, et d’être continuellement attentif à prévenir toutes les vagues qui pourraient faire venir le vaisseau en travers. Mon attention n’empêcha pas que toutes mes voiles ne fussent emportées, que toutes mes chaînes de haubans ne fussent rompues les unes après les autres, et que mon grand mât ne rompît entre les deux ponts ; nous faisions d’ailleurs de l’eau à trois pompes, et ma situation devint si pressante au milieu de la nuit, que je me trouvais dans le cas d’avoir recours aux signaux d’incommodité, en tirant des coups de canon, et mettant des feux à mes haubans. Mais tous les vaisseaux de mon escadre, étant pour le moins aussi maltraités que le mien, ne purent me conserver, et je me trouvais avec la seule frégate "l’Argonaute", montée par le chevalier du Bois-de-la-Mothe, qui dans cette occasion voulut bien s’exposer à périr, pour se tenir à portée de me donner du secours.
Dossier réalisé par François Ac'h - Keleier 81 - janvier 2014
Qualifié par Louis Le Guennec de « plus extraordinaire paysage terrien de Cornouaille », le Stangala n’a été étudié par les géographes que relativement récemment. André Guilcher (1913-1993) y a consacré quelques pages dans sa thèse sur Le Relief de la Bretagne méridionale de la baie de Douarnenez à la Vilaine (1948). Ce Sénan, agrégé de géographie, a été professeur au lycée de Brest avant la guerre. Mobilisé, blessé au front près de Sarreguemines en février 1940, il reçoit la Croix de guerre pour son courage. Revenu en Bretagne, il est nommé au lycée de Nantes où il prépare sa thèse de doctorat. C’est ce qui l’amène à visiter notre Stangala, pendant l’été 1941. Passionné par la Bretagne, il écrit son périple en breton dans le journal Arvor. Il publiera en breton un ouvrage de géographie sur les vallées marines et les gouffres de l’océan (Kaniennoù ha traoniennoù mor, 1943). C’est cet écrit rare sur le Stangala que les Brezhonegerien Leston ont traduit ici. Rappelons enfin qu'André Guilcher est l'un des grands spécialistes mondiaux de la morphologie littorale. Outre les écoles citées, il a enseigné dans les universités de Nancy, de la Sorbonne et de Brest.

Il n'y avait pas encore deux mois que le Débarquement des Alliés avait eu lieu en Normandie, le 6 juin 1944. La « percée d'Avranches » avait réussi le 31 juillet. Le 3 août, à 12 heures, puis encore à 18 heures, la BBC de Londres répétait le message suivant : « Le chapeau de Napoléon est-il toujours à Perros-Guirec ? ». Tel était le signal convenu, adressé à la Résistance intérieure de Bretagne, FFI et FTPF1, pour déclencher l’insurrection générale et passer à un harcèlement systématique de l’occupant, alors que les troupes américaines fonçaient sur Brest et Lorient. Ces deux mois (du 6 juin au 3 août) ont été marqués par des évènements dramatiques pour les résistants de la région de Quimper. Ils avaient ordre, dans le cadre du « Plan Vert », de multiplier les actions de sabotage (contre voies ferrées et câbles téléphoniques aériens ou souterrains) et les attentats contre les ennemis, dans le but de fixer l'adversaire sur place, pour qu'il ne rejoigne pas la Normandie en renfort. Dès le 7 juin, le chef local de la Résistance, « Jeannot » (alias le capitaine d'active Jean Pézennec), a organisé la périphérie de Quimper en sept secteurs de sabotage, dirigés chacun par un chef de secteur pour une douzaine d'hommes. Ainsi, Quimper est entouré de sept « maquis » installés dans la campagne et astreints aux règles élémentaires de la clandestinité. Ces groupes vont pouvoir compter sur la complicité effective de plusieurs fermes. Malgré les difficultés rencontrées, la mission sera remplie : pendant le mois de juin, peu de trains arriveront à Quimper ou en repartiront, et le téléphone ne fonctionnera que par intermittence.


Dossier (textes et photos) réalisé par François Ac'h - Keleier 83 - juillet-août 2014

Dossier (textes et photos) réalisé par François Ac'h - Keleier 85 - décembre 2014
Ingénieur civil Eugène Pérignon est un pionnier de la plaisance à vapeur. En 1868, il fait construire La Fauvette, un yacht de 214 tonneaux pour 38, 3 mètres de longueur. En 1888, il fait construire en Angleterre La Linotte, goélette à vapeur de 90 tonneaux, 30 m. de longueur, d’une puissance de 200 chevaux, « type charmant de petit bateau à vapeur rapide, apte à la fois à la navigation de mer et à celle de rivière ». Malgré ses faibles dimensions, La Linotte a de larges emménagements et peut offrir une très noble hospitalité et peut offrir une très noble hospitalité à plusieurs passagers. Sa marche dépasse 12 nœuds, ce qui représente une remarquable « utilisation de la puissance de la machine ». Par la suite Eugène Pérignon fait construire une deuxième Fauvette, avant de décéder à Paris en 1900. C’est sur ce dernier bateau, achetée la même année par sa mère, que Virginie Herriot débuta, comme mousse, une prestigieuse carrière de navigatrice. Quant à La Linotte, c’est en mars 1909 que Gaston Thubé, riche armateur nantais, après avoir fait carrière dans la magistrature, l’achète au Havre, à un dénommé Champrobert. Le yacht rejoint Nantes, son nouveau port d’attache le 10 mars. En mai, Yves Le Gars embarque comme mousse pour participer à la croisière inaugurale de son nouveau propriétaire, un tour de Bretagne. La Linotte est aux Sables-d’Olonne le 9 juillet, au Pouliguen le 12, avant d’arriver finalement à Saint-Malo le 20. Réquisitionnée par la marine nationale à Dieppe le 28 juillet 1916, La Linotte est transformée en patrouilleur auxiliaire. Libérée le 7 février 1919, on la trouve sans doute ensuite comme bateau promenade au Tréport. En souvenir de ce bateau de famille, Marie Amélie Thubé, fille de Gaston Thubé et épouse de l’industriel René Bolloré, donne le nom de Linotte II à une barge hollandaise qu’elle a fait construire, et sur laquelle son fils Gwen-Aël fait ses premières armes de marin, comme mousse. Devenu marin confirmé à son tour, celui-ci achète en 1948 un grand voilier construit lui aussi en Hollande, en 1933, par Camper-Nicholson, sur un plan de l’anglais Halden, et qu’il baptise Linotte III. Ce bateau sera vendu en 1972. Mais le nom de ce charmant petit passereau, quelque peu écervelé à ce qu’il paraît, ne fut pas l’apanage des familles Thubé-Bolloré. Il a donné son nom à bien d’autres bateaux.Dossier (textes et photos) réalisé par Jean-François Douguet - Keleier 85 - décembre 2014
François Ac'h
Pour les Gabéricois, la date du 14 janvier 1944 est une grande référence historique. C’est ce vendredi soir, en fin d’après-midi, que quatre jeunes d’Ergué-Gabéric, Fanch Balès, Pierre Le Moigne, Jean Le Corre et Hervé Bénéat, participèrent à l’enlèvement, dans les bureaux du Service du travail obligatoire à Quimper, de l’ensemble des dossiers des jeunes Finistériens désignés ou à désigner pour aller travailler en Allemagne. Pendant une bonne partie de la nuit, ils brûlèrent cette masse de papier dans le four de la boulangerie Balès, au Bourg.
Le « coup du STO », vu 70 ans après
Pour aller plus loin, nous vous conseillons de lire ou relire l'ouvrage de Jean Le Corre, Récit d'un résistant déporté, Ergué-Gabéric, Cahier d'Arkae n°2, 2004. Toujours d'actualité.
Les CM2 de Saint-Joseph célèbrent par la rime les jalons d’histoire et de patrimoine qu’ils ont découverts avec Arkae pendant l’année scolaire 2000-2001. Morceaux choisis, qui enrichiront notre patrimoine littéraire.
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Saint-Guénolé,
Tu es une chapelle Au beau milieu d’un village Qui a failli être détruite Pour construire Ker-Anna Pauvre petite chapelle ! Ton clocher est tombé Mais une fois restaurée Tu renais !
Florent
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La ville au Vert
La ville au vert Avec des buissons verts Des moineaux Et son ruisseau
De grands sapins verts Des paysages clairs même en hiver A côté de Quimper.
Solenn
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La rue des Jardins
On voit tout le temps en automne Quelque chose qui nous étonne Comme la rue des Jardins Où poussent quelques pins Sous un coucher de soleil c’est le jardin des merveilles.
Charles
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La rosace de Saint-André
Toi, rosace pleine de couleurs, Toi qui apportes le bonheur, Tu es ronde comme le soleil Et mystérieuse comme le ciel.
Tu as vu passé le temps Peut-être l’as-tu trouvé lent, Mais tu es restée belle Et tu es éternelle.
Chloé
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Keleier 13 - octobre 2001
1945-1971 : aucune femme n’est élue
1983 : les femmes entrent en force
Dossier réalisé par Bernez Rouz, Keleier 84, octobre 2014.
Pour aller plus loin : voir Anne Ferronière et Maryvonne Blondin.
Le 13 décembre 1940, le gouvernement de Vichy promulgue une loi de réorganisation municipale. Si les élections sont maintenues dans les communes de moins de 2 000 habitants, il n’en est pas de même pour les communes plus importantes. Ergué-Gabéric, forte de ses 2 600 habitants, est dans la catégorie des communes de 2 000 à 10 000 habitants. Le maire et le conseil municipal sont nommés par le préfet. Dossier réalisé par Bernez Rouz - Keleier 84 - octobre 2014
Voici quelques remarques rédigées à la suite de la lecture de la 1ère partie du livre de Jean Bothorel, paru cet été 2007 : Vincent Bolloré, une histoire de famille. Ces 60 premières pages portent sur la période 1822-1981 (soit 160 années) et ont pour sous-titre « Les racines et la dynastie » : elles traitent donc de la période historique qui intéresse Arkae. Une 2e partie prend 110 pages pour couvrir les 25 années de l’histoire du groupe sous la direction de Vincent Bolloré, et une 3e (5 pages) annonce le second centenaire, qui sera fêté dans 15 ans. La première partie, celle dont il est ici question, me semble se situer à mi-chemin entre ce qui se prétend un travail d’histoire et ce qui serait en fait une hagiographie à la façon de Joinville travaillant pour son roi Saint Louis. Je veux dire que ce n’est pas un travail d’histoire tel que nous l’entendons à Arkae.
Le travers qui apparaît rapidement, c’est celui d’attribuer nécessairement à la famille Bolloré tout ce qui se faisait à Lestonan, et d’ignorer que la population de Lestonan, ou celle d’Ergué-Gabéric a habituellement su se ménager un certain espace hors de l’emprise Bolloré. Exemple plutôt comique : le bilan de Bolloré II, mort en 1935 (pages 47-48) : « Il avait pris le temps avant de disparaître de bâtir de nouvelles écoles privées, d’aider au lancement d’une deuxième cité ouvrière, Le Champ, qui fut construite à grande vitesse et baptisée la Cité Champignon. Il encouragea la construction d’un patronage, les Paotred Dispount, littéralement « les gars sans peur », qui formèrent une troupe de théâtre et une clique avec ses fifres, clairons et tambours. Enfin un piano mécanique fut installé chez Chan Deo, où les jeunes se réunissaient les dimanches après-midi… » Est-il raisonnable de penser que ce serait Bolloré qui aurait contribué à équiper le café de Chan Deo d’un piano mécanique et ainsi à sponsoriser ce qui était dénoncé par le clergé comme un lieu de perdition et de débauche en plein cœur de Lestonan ?
Non seulement les Bolloré auraient financé le piano mécanique, mais ils auraient aussi « créé » l’école qui a été ouverte à Lestonan en 1885. C’est bien une école publique que le Conseil Municipal, à la demande insistante de l’inspecteur d’académie, a décidé en 1882 de construire. Or elle est présentée par Jean Bothorel, page 32, comme école privée : « adjoint au maire d’Ergué-Gabéric, il (le René Bolloré, qui fut à la tête des Papeteries de 1881 à 1905) ouvrit dans le hameau de Lestonan une école privée pour éviter aux enfants le long trajet jusqu’au bourg ». Cette phrase est directement transcrite (mais l’auteur ne l’indique pas) du discours prononcé à la Fête du Centenaire en 1922 par l’Abbé André-Fouet dans l’éloge qu’il fait de Bolloré I : « il crée l’école de Lestonan pour éviter aux enfants le long trajet jusqu’au bourg ». Où donc Jean Bothorel va chercher que René Bolloré était adjoint au maire ? Jean Mahé avait été élu maire en 1881, avec comme adjoint Hervé Le Roux. A la mort de Jean Mahé en 1882, Hervé Le Roux devient maire, avec René Riou comme adjoint. René Bolloré, pendant ce temps, était l’un des 14 conseillers municipaux. Et pourquoi ajouter qu’il s’agit d’une école privée là où André Fouët indiquait simplement une école, et alors qu’en réalité il s’agissait d’une école publique ?
Un autre épisode longuement raconté par Jean Bothorel, pages 33-34, concerne le Likès à Quimper. L’auteur trouve le moyen de placer dès 1907 « une des premières initiatives » de René Bolloré II, qui venait de prendre la direction des Papeteries en 1905, à 20 ans (à noter que Bothorel préfère dire « à 18 ans » ; or, ce René Bolloré est né le 28 janvier 1885, et son père est mort le 15 février 1905 : le fils venait d’avoir eu 20 ans à la mort du père). Voici le texte de Bothorel. « Le collège Le Likès, célèbre institution de Quimper tenue par la Congrégation des Frères des écoles chrétiennes, tombait sous le coup de la loi anti-congréganiste de juillet 1904. Le 18 mai 1907 se déroula au Palais de Justice de Paris la "vente aux enchères publiques, en un seul lot, d’une grande propriété sise à Quimper (Finistère) rue de Kerfeunteun". Il s’agissait du Likès. La mise à prix était de 60 000 francs, une braderie, puisque la seule chapelle construite huit ans plus tôt avait coûté 15 000 francs. Le jour de la vente, Eugène Bolloré, soutenu par son cousin René Bolloré II, se porta acquéreur. Eugène, grand, de belle allure, la moustache en pointe, était président de l’Amicale des anciens élèves du Likès. Les enchères ne montèrent pas très haut, 63 000 francs. Comme la loi interdisait de réaffecter les locaux à l’enseignement scolaire, Eugène Bolloré trouva un artifice : il loua le Likès à l’évêché de Quimper qui y installa son Petit séminaire sous le nom de collège Saint-Vincent… ».
Qu’en a-t-il été réellement ? La source (probable) à laquelle Bothorel puise son information (ce serait encore une fois sans le dire) est un ouvrage écrit par le frère Hervé Daniélou en 2001, intitulé Un siècle de vie likésienne (1838-1945). On y fait état (page 51) de la création en 1889 d’une Amicale des anciens élèves, dont le président fut, de 1889 à 1924, M. Eugène Bolloré, mercier au 13 rue de Kéréon à Quimper, et qui était effectivement le cousin de René Bolloré II. Page 56 de ce livre se trouve relatée la vente du Likès : « C’est le 18 mai 1907 que se déroula, devant le Tribunal civil de la Seine, au Palais de Justice de Paris, la "vente aux enchères Publiques, en un seul lot, d’une Grande Propriété, sise à Quimper (Finistère), rue de Kerfeunteun" […]. L’affiche annonçant cette vente publique, comporte […] la mise à prix : 60.000 francs. C’est évidemment une véritable braderie, si on pense que la chapelle seule, terminée huit ans plus tôt, avait coûté 150.000 francs [NB : Bothorel retient un chiffre de 15.000 francs au lieu des 150.000 francs ici indiqués]… Le jour de la vente, parmi les acheteurs éventuels, se présente un homme de haute taille, au regard droit et à la moustache en pointes : il s’agit de M. Eugène Bolloré, président de l’Amicale des anciens élèves, qui, en accord avec les Frères, se porta acquéreur de la propriété mise aux enchères. Celles-ci ne montent pas bien haut et, pour 63.000 francs, Monsieur Bolloré devient propriétaire de l’ensemble des terrains et bâtiments affectés au Likès et au District. On peut évidemment se poser la question de savoir si, en l’occurrence, M. Bolloré utilisa sa fortune personnelle ou si l’argent de l’achat fut avancé par les Frères. Ce qui se passa plus tard, lors de la constitution de la "Société Anonyme Le Likès", qui devint propriétaire légale de l’ensemble de la propriété et des bâtiments, permet de donner la préférence à la seconde hypothèse […]. » Ainsi l’hypothèse plausible, selon la source, est que M. Eugène Bolloré n’aurait été qu’un prête-nom, pour le compte des Frères, et il n’est pas question dans ce récit d’un rôle quelconque en « soutien » de René Bolloré II, le cousin, qui rappelons-le, avait 22 ans à l’époque, et était un ancien élève des Jésuites de Vannes et non du Likès. Pourquoi donc s’obliger à le mêler activement à cette entreprise (« une des premières initiatives de René Bolloré ») et à consacrer une page entière à cette opération financière un peu particulière ? Il y a pire, par exemple ce qui est retenu par le Chanoine René Gougay dans « Le Petit Séminaire Saint-Vincent. Pont-Croix 1822-1973 », édition Association des anciens élèves de l’institution Saint-Vincent, 1986 ; page 79) : « À la Séparation, les Frères de Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle virent leurs écoles fermées et confisquées. Leur établissement du Likès à Quimper fut acheté par M. Bolloré, industriel papetier à Odet en Ergué-Gabéric. L’acquéreur était mandaté par le Comité des anciens élèves dont il était le président. Il le loua à Mgr Dubillard ». Jean Bothorel pouvait donc prendre encore plus de distance avec la réalité historique.
Enfin, cet épisode, situé sous la direction de René Bolloré I (entre 1881 et 1905). Il est ainsi rapporté par Jean Bothorel (pages 30-31) : « Plus d’une fois, l’entreprise frôle la catastrophe. A tel point qu’en 1897, elle est mise en vente sur l’initiative de certains membres de la famille. Sans doute voulaient-ils se partager l’héritage avant qu’il ne se désagrège… On raconte que les ouvriers et ouvrières se sont alors mobilisés et ont rassemblé toutes leurs économies pour les offrir à leur patron : Monsieur Bolloré, nous vous aimons, nous ne voulons pas d’autre patron que vous. Tenez, prenez notre argent, si vous en avez besoin pour rester propriétaire de l’usine. On ignore s’il en eût besoin. On sait en revanche qu’il réussit à se sortir de cette mauvaise passe… ». Bothorel ne cite aucune source. Il dit : « on raconte que… », comme s’il s’agissait d’un récit largement approprié . Or cet épisode n’est connu qu’à partir de l’évocation qui en a été faite par René Bolloré II dans le discours prononcé par lui à l’occasion des fêtes du centenaire en 1922 : « Mes chers amis, je vous raconterai un fait qui résumera l’intensité de l’affection dont il (son père) était entouré. En connaissez vous de plus touchant ? Le voici tout simplement : Quand il y a 35 ans, l’usine fut mise en vente pour partage de famille, les ouvriers de l’époque rassemblèrent leurs économies et vinrent les offrir à mon père, par l’intermédiaire du vieil Auffret, de ton père, Horellou, en lui disant : Monsieur René, nous vous aimons, nous ne voulons pas d’autre patron que vous, tenez, prenez notre argent si vous en avez besoin pour rester propriétaire de l’usine ». Chacun remarquera d’abord que le discours étant prononcé en 1922 et évoquant des faits vieux de 35 ans ; il faut situer ceux-ci en 1887, et non pas en 1897 comme le fait Bothorel. Effectivement, le Docteur Bolloré était mort en 1881, et ses trois fils se sont engagés dans une direction collégiale de l’entreprise. Au bout de quelques années, les deux plus jeunes ont laissé faire leur aîné (René Bolloré I), et lui ont demandé le partage du bien familial. D’où une situation de crise. C’est alors, à une date inconnue et dans des circonstances qui restent ignorées, qu’une démarche de soutien au chef d’entreprise serait venue du personnel. S’agit-il d’une démarche représentative de tout le personnel ou émanant de quelques individus de ses plus proches collaborateurs ? S’agit-il d’une vague proposition ou y a t’il eu un début de réalisation de collecte ? Nous ne disposons d’aucune autre source que ce discours du Centenaire pour connaître cet épisode. Nous devons nous poser la question du bien-fondé de ce récit présenté dans un contexte de célébration de l’entreprise et de ses héros, dans un élan de convivialité recherchée et de sentimentalité bien apparente. René Bolloré II est-il plus crédible que son ami André-Fouet attribuant ce même jour à René Bolloré I la création de l’école publique ? Un minimum de prudence s’impose à qui prétend faire un travail d’historien.
Bothorel aurait pu dire que, dans la tradition Bolloré, cet épisode est devenu une sorte d’évènement fondateur, sans doute autant construit que réel, et relevant désormais du merveilleux. Il fait partie du légendaire de l’entreprise et peut être resservi quand il y a lieu de mobiliser le personnel autour de la direction. L’histoire à faire, c’est aussi l’histoire de l’utilisation de ce récit : quelque chose s’est passé, mais qui a été valorisé peu ou prou, pour les besoins de l’édification des fidèles, comme dans les légendes locales qui ont fleuri sur fond de religiosité.
A travers ce mode de traitement des sources (que l’on prend soin bien souvent de ne pas citer), apparaît une manière habituelle de forcer l’histoire dans le sens d’une dramatisation : à plusieurs reprises, tout alla mal, mais chaque fois, tout fut sauvé, quasi miraculeusement, grâce à l’énergie et à la clairvoyance du héros éponyme, qui disparaît pour renaître, tel le phénix. « La manière dont Jean-René Bolloré entre dans l’affaire ressemble étrangement au scénario qui se renouvellera en 1897-1898 avec René Bolloré I, en 1919-1920 avec René Bolloré II, en 1948-1950 avec Michel Bolloré et ses frères, enfin en 1981 avec Vincent Bolloré » (page 25. La même récurrence de rebonds historiques est présentée page 56). Ainsi se résumerait la saga des Bolloré, qui serait une illustration des vertus du « capitalisme familial », libre et efficace (page 191). Une histoire à thèse en quelque sorte.
François Ac’h - Keleier Arkae, n° 53 - Décembre 2007
Par Pierre Faucher, Bernez Rouz, Gaëlle Martin et Christophe Violette.
Pendant une vingtaine d’années, j’ai eu l’occasion de rencontrer assez souvent Gwenn-Aël Bolloré qui se plaisait à résider dans son manoir d’Odet, cadre si luxuriant et tellement fleuri au printemps avec ses rhododendrons. Le musée océanographique complétait harmonieusement le parc longé par l’Odet.
À plusieurs reprises, je l’ai rencontré pour des discussions précises concernant la commune d’Ergué-Gabéric :
- l’acquisition des propriétés boisées de Kerho (par la commune), de Stang Luzigou (par le Conseil Général),
- l’achat de logements dans la cité de Ker Anna,
- l’aménagement du canal de l’usine, inutilisé depuis la fermeture de la papeterie d’Odet, où des avis divergeaient sur son aménagement. Gwenn-Aël Bolloré souhaitait qu’il devienne une réserve de pêche qui aurait été contrôlée par la Fédération des pêcheurs et ouverte à la carte au public. Le projet est toujours dans l’eau !
Et parfois, les discussions devenaient plus personnelles, avec des souvenirs du béret vert infirmier et son livre racontant le 6 juin 1944 Nous étions 177. Lors d’un passage au Mémorial de Caen, vers 2005, ayant décliné mon identité gabéricoise, des responsables militaires m’ont entretenu de la mémoire de Gwenn-Aël Bolloré et du commando Kieffer, dont il était le dernier survivant.
Les activités littéraires occupaient beaucoup de son temps et il aimait en converser longuement. Un jour, au manoir, je l’ai rencontré en train de vérifier son dernier livre, ce devait être Mémoires parallèles et nous sommes restés un bon moment à échanger sur ses souvenirs.
L’accueil à Odet était toujours chaleureux. Cet homme du XXe siècle que l’on rencontrait à Lestonan, aux offices religieux de l’église Saint-Guinal et à Kerdévot, aimait cultiver ses attaches locales. Et son éclectisme, son humanisme subsistent encore dans les mémoires des gabéricois.
Je suis allé voir l’exposition de la bibliothèque de Gwenn-Aël ce lundi 21 janvier 2002 vers 10 h à la bibliothèque municipale de Quimper. J’y ai rencontré Bernard Poignant, Michèle Coïc, directrice de la bibliothèque, et ai acheté le catalogue de la vente. En sortant, je me suis retrouvé face à Anne Bolloré, la fille de Gwënn. Nous avons échangé quelques mots sur le départ de son père et elle m’a fait part de sa surprise en voyant exposée la bibliothèque personnelle de son père. Les proches connaissaient le manuscrit de Céline, mais personne n’imaginait la richesse de cette bibliothèque personnelle. Il fallait traverser la chambre de son père pour y avoir accès. Un bon aparté.
Quelques mois avant son décès le 12 juillet 2001, Gwenn-Aël Bolloré, ancien vice-président des papeteries Bolloré, écrivain, cinéaste, océanographe, avait accepté de rencontrer trois membres de l’association Arkae, dans son manoir d’Odet : Jean Guéguen, Gaëlle Martin et Bernez Rouz : l’occasion d’évoquer les grands moments de sa vie. En voici, classés par thèmes, les extraits les plus significatifs :
Le prénom Gwenn-Aël
En fait je m’appelais Gwinal et puis finalement ça s’est transformé en Gwenaël, et puis moi, j’ai un petit peu celtisé l’orthographe quand j’ai commencé à écrire : Gwenn-Aël, qui veut dire ou ange blanc ou vent blanc, suivant les experts. Je pense que c’était probablement pour honorer Ergué, quoiqu’il y avait la petite chapelle qui est au-dessus, là, qui était Guinal ou Guénolé. Guinal est celui qui a jeté Dahut dans les eaux... enfin il y a un tas de légendes.
Q : Il n’y avait pas de tradition dans votre famille de donner des prénoms bretons ?
Non, absolument pas, je suis le premier. Moi, j’ai un petit-fils qui s’appelle Gwenaël, mais non, il n’y avait pas de prénoms bretons.
Q : C’est une incongruité, à cette époque on ne connaît pas de gens qui s’appellent Gwenaël en fait ?
C’est très rare. Quand j’étais jeune, les gens me regardaient avec des yeux ronds. Maintenant je peux me promener, je ne parle pas de Quimper mais de Paris, où j’entends une mère de famille qui dit à son fils : « Gwenaël, arrête de faire des bêtises etc. ». Au début ça m’interpellait un petit peu puis maintenant je suis habitué.
La commune d'Ergué-Gabéric
Je suis né ici, (5 septembre 1925). Je suis né dans ma chambre actuelle. Les bureaux des papeteries étaient à Nantes : ma mère était d’origine nantaise, on a été habiter Nantes. Je suis resté à Nantes jusqu’à la mort de mon père et on venait passer les trois mois d’été en Bretagne, plus les vacances de Pâques. Les vacances de Noël, parfois, on allait aux sports d’hiver. A l’époque, c’était un peu un safari, car on n’allait pas souvent aux sports d’hiver. Oui, j’ai vécu quatre mois par an ici.
Q : Quand on habite Nantes, venir au fin fond de la Bretagne c’était une pénitence ?
Oh non, pas du tout, parce qu’ici on était en vacances, tandis qu’à Nantes on était en classe. En général on venait en voiture, mais c’était une aventure. Il y avait une voiture qui partait de Nantes et en général on coulait une bielle du côté d’Auray ou de Vannes. Et alors le chauffeur de l’usine qui était Louis L’Helgoualc’h, si je me souviens bien du nom, à moins que ce ne soit Gourmelen, venait nous prendre avec la voiture de l’usine. Donc on y mettait la journée. C’était une expédition. J’avais quand même deux frères, une sœur, ma mère, mon père et puis nous avions une vieille institutrice qu’on considérait comme notre tante, qui s'appelait Germaine César, que tous les gens d’Odet ont bien connue. On était au moins à deux voitures.
Les jeux d’enfant
Il n’y avait pas de télévision bien sûr. On avait des distractions qui étaient différentes : on allait beaucoup dans la rivière. Maintenant il y a prescription, mais on braconnait un peu : on s’amusait à pêcher les truites à la main ou les anguilles avec une fourchette en soulevant les cailloux. On avait de très bons professeurs. Il y avait deux gardes-chasse fameux, à commencer par Kergoat, puis Sizorn. On s’est bien amusé. Il y avait le Stangala, parce qu’à l'époque on marchait. Ce sont des sentiers avec des cailloux. On allait passer l’après-midi au Stangala. Il y avait la promenade du canal. Il y avait un canal d’amenée d’eau pour les turbines turbo-électriques, qui fait 1,6 km. On allait pique-niquer au bout du canal. On amenait du pain, des confitures et on passait l’après-midi comme ça.
La Fête-Dieu
Il y avait la Fête-Dieu qui était une fête extraordinaire : d’abord le clergé était beaucoup plus structuré qu’il n’est maintenant. Il y avait toujours une douzaine de chanoines en grand uniforme. A la Fête-Dieu, tout le monde allait ramasser des fleurs. C’était un petit peu dommage : on cassait des fleurs pour faire des paniers pleins de pétales, des roses... tout ça c’était massacré, et on mettait ça par terre. Il y avait des défilés avec tout le clergé, le haut clergé et des bannières. On trouvait ça formidable, quoi ! A l’époque il y avait la chapelle, une messe tous les matins, deux messes le dimanche ; il y avait le recteur qui habitait l’usine. Il y avait cinq ou six choristes en soutane rouge. Enfin c’était très spectaculaire.
Le camélia
Mon arrière-grand-père, chirurgien de la Marine, a été en Chine sur une escadre de bateaux. Ils ont ramassé des graines de camélia et les officiers ont ramené des graines. Ce camélia a été planté à l’époque. C’est sûrement l’un des plus vieux de Bretagne. C’est un des plus vieux de France. J’ai une photo de ce camélia qui a été datée par Kodak et qui a déjà cent ans. Il est presque aussi gros. Le parc a été dessiné par un paysagiste anglais, ça n’a d’ailleurs rien à voir avec les jardins à la française.
L’usine
On y allait automatiquement parce que c’était à côté. C’était de belles machines à papier. ça nous paraissait énorme. On connaissait tout le monde. Nos parents ne nous l'interdisaient pas. Il y avait aussi deux ou trois enfants de contremaîtres de l’époque qui étaient là : la famille Garin, la famille Eouzan, la famille Léonus. Non, ça se passait bien. Il n’y avait pas de problème.
La vie de château
Il y avait pas mal de réceptions, notamment parce qu’on faisait du papier qu’on exportait pour la plus grande part. On avait énormément de clients anglais, américains, de tous les pays d’ailleurs, des gens d’Extrême-Orient. Enfin c’était très folklorique. Il est certain que le rapport clientèle était plus intime qu’il n’est maintenant. Maintenant, les clients, on les reçoit dans un hôtel impersonnel à Paris, mais on ne les invite pas chez soi, ou alors il faut que ce soit de vieux clients qui sont devenus des amis. Il y avait tout un réseau chasse, car mon père était un grand chasseur et il adorait cela. C’était une manière de distraire les clients. Il y avait dans la ferme de Moguéric, à côté, une faisanderie, où on élevait des faisans. On devait élever environ trois cents faisans par an. Et alors quand les clients venaient - car il n’y a jamais eu beaucoup de faisans en Bretagne, il n’ont pas de quoi bien se nourrir - il y avait le garde chasse avec un sac et une douzaine de faisans dedans, qui rampait derrière les talus, et puis au moment où le client était en ligne, il jetait un faisan. Alors le client tirait, il tuait le faisan et il était tout content.
La guerre
En 39-40, j’étais à Orléans. Mon père était mort cinq ans avant. Ma mère vivait à Paris. Elle avait dit " Paris va être détruit, j’envoie mes enfants à Orléans ". J’ai été en demi-pension dans un collège qui s’appelle Saint-Euverte. Paris n’a pas été touché et Orléans a été réduit en cendres. On est parti devant les Allemands avec quelques jours d’avance et on est arrivé en Bretagne, à Quimper quelques jours avant les Allemands. Je les ai vus devant l’Hôtel de l’Epée : il y avait un side-car allemand où ils étaient trois et ils ont occupé la ville pendant 24 h. Il y avait huit cents hommes de troupe qui n’ont pas bougé et ça, ça m’a choqué. Nous avons été réquisitionnés très officiellement. Tout le gouvernement devait venir à Beg-Meil et on devait faire le " réduit breton ". La maison de mes parents c’était Paul Reynaud qui devait y venir. Mon grand-père avait une petite maison et on s’est replié dans la petite maison d’à-côté et on a fait le lit pour Paul Raynaud. On a mis des fleurs pour Paul Raynaud - c’était le Président du Conseil français - et il y a un général allemand qui a couché dedans à la place de Paul Reynaud ! et ça c’est assez choquant. L’usine a fermé, il n’y avait plus de charbon, il n’y avait plus de commandes, il n’y avait plus de clients. Si, on avait du chiffon, on avait deux cents tonnes de stock de chanvre indien. C’est du cannabis, mais il faut le traiter un peu. A part la matière première, il n’y avait plus de charbon, il n’y avait plus personne. Les ouvriers étaient soit sous les drapeaux, soit en prison et on ne pouvait pas continuer à tourner. A Cascadec, le gouvernement de Pétain nous a obligés à marcher avec une ou deux machines. Nous on tournait pour la Seita, la régie des tabacs.
Pendant la guerre, j’étais à Paris avec ma mère et je suis parti le 6 mars 43 en Angleterre. Avant j’avais essayé de partir mais j’avais quinze ans ou seize ans, avec des culottes de golf comme Tintin et ça ne faisait pas sérieux et alors j’ai été obligé d’attendre d’avoir des pantalons longs. J’ai mis très longtemps à trouver la filière. J’ai été souvent me balader sur la côte et puis je faisais trop jeune. J’ai eu de la chance. ça s’est bien passé lorsqu’on prenait des risques invraisemblables. A cet âge on est inconscient. Quand on signe un engagement à la France Libre, on signe pour la durée de la guerre plus trois mois. Donc pendant le reste de mon engagement, j’ai été à la DGR qui était le service des renseignements généraux. J’étais à Paris, j’avais un beau bureau, je me croyais quelqu’un d’important, ça m’a permis de me remettre un petit peu sur selle.
Le retour aux affaires
Et puis après ça je suis revenu ici, j’ai fait un stage à Cascadec, et je suis parti six mois en Amérique dans une usine qu’on avait construite, où j’ai fait un stage pour apprendre le métier de papetier, en Amérique. Là j’ai fait la défection, la machine, les lessiveurs. C’étaient des anciens ingénieurs de Bolloré qui avaient construit l’usine : Patin, Cartel. Donc on était un peu habitué au processus et tout, et quand je suis revenu, ils m’ont embauché. J’ai gardé un très bon souvenir de la papeterie parce que c’est quelque chose de vivant, le papier : ce n’est pas de la mécanique pure : il faut savoir le pourquoi et le comment, il faut sentir la chose ; si on ne sent pas la chose on est un mauvais papetier.
Le directeur technique
J’étais directeur technique, et puis j’ai été vice-président. Je m’occupais de toutes les usines du groupe. J’aimais bien ça et je n’ai pas eu de problèmes : les papeteries, techniquement, se sont aussi bien débrouillées que nos concurrents français. J’avais une très bonne équipe avec moi : Garin, Patin, Galès et alors il y avait Martin, et moi ça ne m’a jamais fait peur de prendre comme adjoint un type qui en savait trois fois plus. Martin était un polytechnicien, il fallait faire attention parce qu’il avait quelquefois des idées de polytechnicien. Mais on lui doit beaucoup, il était génial. La dernière chose que j’ai faite avant de prendre ma retraite, c’est la première machine de polypropylène d’Odet, et puis après ça a continué et maintenant ça va bien, j’ai un neveu qui se débrouille très bien. Il y a eu un moment qui a été un petit peu difficile mais qui est maintenant totalement arrangé, parce que j’ai un neveu, Vincent, qui est parfait.
L'écrivain
C’est arrivé peu à peu ; quand je suis parti je n’avais pratiquement pas fait d’études : j’avais très peu lu, j’ai fait la guerre dans des conditions où je n'avais pas le temps de me mettre dans un fauteuil pour étudier. Quand je suis revenu, j’ai eu une certaine frustration et alors je me suis mis à lire, je me suis intéressé à l’édition, et puis après ça je me suis occupé d’océanographie. J’avais aucun bagage et puis avec le musée j’ai pris contact avec le British Museum et avec le Musée de Genève qui est très riche et un jour le Professeur De Byiesse qui était directeur des recherches atomiques à Saclay, m’a dit « Bolloré ça va pas, vis à vis des étrangers, vous n’êtes pas docteur, ça fait pas sérieux, il faut que vous passiez votre doctorat. » A l’époque il m’a dit : « c’est une formalité. » Eh bien ce n’est pas une formalité. J’ai boulonné comme un nègre pendant trois ans et j’ai passé mon doctorat, j’avais plus de cinquante ans.
Le coelacanthe
C’est le professeur Anthony qui a été pêcher le coelacanthe aux Comores, c’est dans l’océan indien. Je l’intéressais beaucoup, d’abord parce que j’avais des notions d’océanographie et puis j’avais mon permis pour conduire les bateaux. Ca lui économisait de prendre un capitaine au long cours. Là, j’ai passé trois semaines à la pêche au coelacanthe. On a eu de la chance on en a pêché deux. Maintenant on n’a plus le droit de les pêcher, ils sont protégés. J’en ai un au musée.
Le Musée océanographique d’Odet
J’ai commencé à faire une collection dans ma maison et à un certain moment il y avait des crabes, des coquillages sur les armoires, sous les lits, et ma famille m’a fait comprendre que je serais bienvenu si je dégageais. Donc j’ai dessiné un petit bâtiment et puis je l’ai agrandi et je suis arrivé au musée actuel où mes collections nageaient les premières années, et qui maintenant est beaucoup trop court comme bâtiment. Je pourrais le doubler. La pièce dont je suis le plus fier c’est un petit crabe affreux que j’ai découvert et qui porte mon nom. Le Dromia bollorei. Il n’a pas un intérêt considérable mais pour moi c’est important.
Le cinéma

J’aurais pu faire du cinéma. Mais là il faut le faire vraiment, et puis c’est un monde. C’est un monde qui n’est d’ailleurs pas tellement sympathique. J’ai fait sept ou huit films, sur l’Odet, sur la pêche à pied aux Glénan, sur les grands voiliers, sur la transhumance des rennes en Laponie, sur les grottes des Pyrénées, aux Canaries. J’en ai fait un sur la pêche aux requins-pèlerins aux Glénan. Le plus gros que j’ai pêché faisait neuf mètres, il paraît que certains font quinze mètres, c’est la taille d’une baleine pratiquement. J’en ai fait en Floride, c’est des films qui font vingt minutes. Le seul grand film auquel j’ai participé c’était les Naufrageurs. C’est moi qui ai fait le scénario et qui m’occupais des bateaux. Il y avait un bateau qui était naufragé et qui devait se casser sur Saint-Guénolé-Penmarc’h et puis personne ne voulait mettre le bateau sur les cailloux. Alors on s’est retourné vers moi : « C’est toi qui a écrit le scénario, c’est à toi de le faire ! ». On avait reconstitué une petite ville, pas en staff mais en granite autour de Tronoën. Et puis les Beaux-Arts ont voulu qu’on démolisse après. C’était idiot car c’était fait vraiment comme autrefois. Ils auraient pu le garder.
Le projet de musée de la papeterie
Moi, je suis tout à fait pour. J’ai même dit que j’étais prêt à collaborer ; je n’ai pas de choses considérables, mais j’ai quand même des documents et tout. Mais vous savez, un musée, c’est pas commode à construire, même si on a des moyens. Le bâtiment des machines 9 et 10 serait formidable pour faire un musée. Moi, si on me le donne, je bourre ça de crabes et de coquillages, ça va pas être long !
Suite à l'exposition de la bibliothèque de Gwenn-Aël Bolloré à Quimper en 2002, Christophe Violette a rédigé pour le journal Ouest-France un article descriptif.
Les belles pages de Gwenn-Aël Bolloré
La bibliothèque de Gwenn-Aël Bolloré va être vendue aux enchères par Sotheby’s. Avant cette dispersion, les Quimperois vont avoir la chance lundi prochain d’en admirer une sélection à la bibliothèque municipale. Dont les manuscrits de Céline, Léon Bloy, André Le Breton, Max Jacob, Roger Nimier… Une collection remarquable. C’est sûr, cette vente atteindra des sommets. Les 143 lots sélectionnés ont été estimés à près de 1,6 million d’euros (plus de 10 millions de francs) C’est que, mieux que la bibliothèque d’un très honnête homme, c’est la collection d’un personnage hors du commun qui va être dispersée les 7 et 8 février, à Paris. Décédé l’été dernier dans son manoir de l’Odet, Gwenn-Aël Bolloré a été tour à tour, industriel, grand résistant, écrivain, éditeur et océanographe. A 17 ans tout juste, il rejoint l’Angleterre en mars 1943, avant de revenir libérer Ouistreham, le 6 juin 1944 au sein du bataillon des 177 Français du commando Kieffer.
Gwenn-Aël collectionnait les livres avec passion. Dans ses Mémoires parallèles, il raconte ses très nombreuses rencontres avec les grands libraires parisiens. Très actif au sein de l’avant-garde littéraire parisienne, il pousse en avant le grand poète Henri Michaux, coédite en 1953 L’Arrache-Cœur de Boris Vian. C’est un tournant, l’industriel d’Ergué-Gabéric, vice-président des Papeteries de l’Odet, se lance alors dans l’édition : il prend une large participation dans La Table Ronde (ainsi baptisée par Jean Cocteau). Au cours des années 1950, sa culture et son dynamisme parviennent à cristalliser autour de sa maison d’édition le mouvement des Hussards : Roger Nimier deviendra le plus célèbre de ces jeunes écrivains. Au cours des années 1960, Gwenn-Aël tourne une nouvelle page et se lance dans l’océanographie. Toujours aussi passionné, il créé son Musée océanographique de l’Odet, monte des expéditions sur les mers lointaines, découvre des espèces, dont celle d’un crabe inconnu à qui il donne son nom.
Romans
Moïra La naufrageuse, édition La Table Ronde, 1958.
Contes-fiction, éd. du Scorpion, 1961.
Le Dîner bleu, édition La Table Ronde, 1979.
Les Amants de l'espace, édition Le Cherche Midi, 1985.
Histoires troubles, éditions Jean Picollec, 1993.
Histoire
Nous étions 177, édition France Empire, 1964. (Edition augmentée en 1983 chez le même éditeur sous le titre Commando de la France Libre, Prix Raymond Poincaré, 1983, Prix National de la Résistance 1984 au Cherche Midi, nouvelle édition sous le titre J'ai débarqué le 6 juin 1944, préface à Voyage en Chine, éd. SFHA,Quimper, 1979).
Essai
Propos interrompus, Gallimard 1958.
Océanographie
Guide du pêcheur à pied et sa cuisine, La Table Ronde, 1960, Gallimard 4e édition, 1986.
Destins tragiques du fond des mers, La Table Ronde, 1963. Collection " L'Ordre du Jour ".
Du mimétisme à l'utilisation de l'outil par les animaux marins, Musée Océanographique de l'Odet, Ergué-Gabéric, 1968.
Évolution et pêche au coelacanthe, édition la Palantine, 1974.
Un musée océanographique à la recherche d'une muséologie, Thèse, La Table Ronde, 1976.
Célébration de la bernique, Gallimard, 1982.
Suivez le Crabe, de l'océan à votre assiette, Gallimard, 1984.
La Saga de l'anguille : vie, pêche, cuisine, Gallimard, 1986.
Les îles suisses du Lac Léman, édition L'âge d'homme, Lausanne, 1997.
Poèmes
Anatomie descriptive, Seghers, 1955.
Nerfs à fleur de larmes, édition Saint-Germain-des-Prés, 1982.
L'Oiseau, édition La Groac'h du loc'h, 1994.
Morbide, édition Jean Picollec, 2001.
Mémoires
Mémoires parallèles, édition Jean Picollec, 1996.
Né gosse de riche, Ouest-France/Édilarge, 2000.
Long-métrage
Les Naufrageurs, 1959, 92 min. Tourné en 35 mm en cinémascope dans le Pays Bigouden. Il a été réalisé par Charles Brabant à partir du roman Moïra la Naufrageuse avec Danny Carrel, Charles Vanel, Henri Vidal, Carl Schell et Renée Cosima.
Court-métrage
Le Vire-Caillou, 1954, 12 mn ; pêche et vie aquatique durant le jusant.
Requins sur nos plages, 1955, 11 mn ; la pêche au harpon à main des requins-pélerins, le plus grand de tous les poissons dont certains spécimens peuvent atteindre 15 m de long.
La Transhumance des lapons et des rennes. Eleveurs et pêcheurs, c’est la vie des lapons.
Abîme. Une promenade dans les entrailles de la terre.
Derniers voiliers, 1958. La course Brest-Ténérife avec les derniers grands bateaux à voile.
Sur la route de Key West. La pêche au gros au large de la Floride.
La vie d'une rivière : l'Odet, 1955. De la source à la mer, une rivière et ses habitants.
Persistance du rêve, essai d'art abstrait à partir de la mer.
Bibliographie réalisée par Pierre Faucher pour le Keleier d'Arkae n°69, en septembre 2011.
François Ac'h, avec le participation de Valia, fille de Malou Lazou
Vacances de Noël 1940.Les locaux de l’école publique de Lestonan sont silencieux. Les trois classes ont fermé.
Jeanne Lazou, la directrice, reçoit sa fille Malou, qui poursuit des études de médecine à Rennes. Elle passe quelques jours chez elle. Ce retour à la maison familiale est marqué par le souvenir du père, Jean Lazou, qui ne sera pas là. Il a été tué le 15 mai précédent sur le front des combats, dans l’Aisne.
Mais Malou est revenue à Lestonan accompagnée d’un étudiant en médecine qui deviendra son mari. C’est René Le Herpeux, qui par ailleurs est, à Rennes, un dirigeant des étudiants communistes, un proche de la direction régionale du Parti.
De gauche à droite : Jean, Malou et Jeanne Lazou
Malgré les difficultés de la période, Jeanne Lazou est restée militante au Parti Communiste. A vrai dire, à cette date, le Parti est réduit à peu de chose. Il a été dissous le 26 septembre 1939 par le Gouvernement Daladier, en raison de la signature du Pacte germano-soviétique, et par ailleurs, la plupart des militants hommes ont été mobilisés.
Cependant un PCF clandestin se réorganise pendant le second trimestre de 1940, en bonne partie avec des jeunes et des femmes.
Ces communistes bretons n’ont pas attendu l’invasion de l’URSS par l’Allemagne le 22 juin 1941 pour entrer en résistance : sous la direction d’Auguste Havez, leur responsable régional, ils développent déjà dans leur propagande des positions anti-nazies très nettes.
C’est une période où les militants communistes sont soumis à une surveillance de la police : dès avant l’arrivée au pouvoir de Pétain, les communistes ont été considérés par le personnel politique au pouvoir comme des ennemis de l’intérieur : le PCF interdit, ses militants sont condamnés à la clandestinité.
Le 20 janvier 1940, les députés communistes sont déchus de leurs mandats. Les cinq maires et 60 conseillers municipaux du Finistère membres du Parti sont révoqués. Puis en avril 1940, le décret « Sérol » institue de fait la peine de mort pour les communistes qui poursuivent leurs activités, sous l’accusation de démoralisation de l’armée ou de la nation.
Quand le gouvernement de Vichy s’installe en juillet 1940 avec son programme de « Révolution Nationale » et son esprit de vengeance, il n’a qu’à poursuivre la chasse aux communistes déjà bien engagée.
En août 1940, il institue une police spécialisée : le Service de police anticommuniste (SPAC), qui condamnera à la prison les militants arrêtés pour les livrer ensuite aux forces d’occupation. Ainsi, leur peine terminée, ils seront pour la plupart déportés en Allemagne.
C’est pendant ces vacances de Noël 1940 que Jeanne Lazou fait se rencontrer René Le Herpeux et Mathias Le Louët. Mathias est un ancien élève de Jean Lazou. Il n’a pas encore atteint ses 20 ans. Il travaille à Quimper, aux Ponts et Chaussées.
Le Herpeux lui propose d’entrer dans un groupe de résistants à constituer.
Mathias écrira plus tard1 que ses « sentiments anti-allemands et anti-pétainistes » lui ont suffi pour agir avec les communistes au sein du Front National2 (il n’adhérera au Parti Communiste qu’une fois la guerre terminée). Ainsi, dès janvier 1941, Mathias commença à déposer ses premiers tracts, la nuit, aux portes des maisons de Lestonan.
Rapidement, l’action militante de Mathias va se porter sur Quimper. Le responsable local qu’il rencontre est André Quiniou, employé de perception : Mathias fera partie d’un « triangle » de militants avec Jean Bernard, employé de bureau à l’Office du blé, et René Tressard, instituteur à Pleuven. Une tâche particulière lui est confiée par André Quiniou : installer une ronéo à l’école de Lestonan, au grenier de Madame Lazou, et tirer en tracts, avec l’aide de celle-ci, des textes tapés à la machine sur stencils par Yves Dérédec, un employé du service de l’enregistrement. Cette propagande est destinée au Sud-Finistère.
Le logement de Jeanne Lazou sert aussi occasionnellement pour l’hébergement de responsables communistes de passage. Ce sont, par exemple des responsables locaux des FTP : « Commandant Pascal », « Capitaine Michel », ou des militants de base. C’est aussi, en septembre 1941, la responsable régionale « Madame Lecrux3 » .
Photo : Mathias Le Louët 1985.
Mai 1942. Deux jeunes militants communistes d’Ergué-Armel, Pierre Jolivet et Emile Le Page, tous deux âgés de 19 ans, sont arrêtés pour avoir distribué des tracts appelant à manifester le 1er mai. Ils sont de plus soupçonnés d’avoir participé à des attentats. Ils sont fusillés le 5 juin suivant.
Juillet 1942. Mathias a réussi à livrer à André Quiniou une valise de tracts tirés en prévision du 14 juillet. Le lendemain, Quiniou et Dérédec sont arrêtés par la police de Vichy dans le Morbihan avec une partie des tracts. Quiniou décède à Lorient des suites de coups reçus lors de son interrogatoire, et Dérédec sera déporté dans un camp en Allemagne. Mathias se cache à Trégourez. Il revient à Lestonan quand il estime qu’il n’est pas recherché et il continue à diffuser la presse clandestine.
Octobre 1942. A l’occasion d’un large coup de filet dans les rangs des FTP4 du Sud-Finistère, Jean Bernard5 et René Tressard6 sont arrêtés. Mathias n’est pas inquiété, mais se cache pendant une semaine à Elliant après avoir confié la ronéo à René Guillamet, adjoint technique au Génie Rural et mari d’une des institutrices de Lestonan. Il est désormais coupé de l’organisation. Il lui faudra attendre Noël 1942 pour convenir avec René Le Herpeux des modalités pour rétablir la liaison avec un responsable régional.
Le 1er mars 1943, Mathias, informé via Jeanne Lazou, a un rendez-vous avec le nouveau contact dans le hall de la gare de Quimper. Il y a des signes de reconnaissance à respecter : « à l’heure dite, j’étais au rendez-vous, la cigarette aux lèvres, le ticket de chemin de fer à la main et lisant la revue. Un gars d‘une trentaine d’années, vêtu d’un blouson et d’un pantalon de golf, coiffé d’un béret et chaussé de gros brodequins s’approcha. Il me demanda du feu et après qu’il eut allumé sa cigarette, me dit : « Je viens de la part de Fernand ». C’était le mot de passe convenu. Nous nous dirigeâmes vers la sortie. Dans la cour de la gare, il me présenta un autre gars correctement vêtu de bleu marine, et me dit que ce serait désormais mon nouveau responsable régional… »7.
Ils rejoignent ensemble le centre-ville et prennent un café Place Toul-al-laër tout en interrogeant Mathias sur la situation locale de l’organisation, les possibilités de la faire redémarrer et de la développer. Arrivés près du Commissariat, soudain les deux hommes se jettent sur Mathias : ce sont des policiers, de la Police Spéciale de Rennes, qui le font enfermer au commissariat. Son interrogatoire va durer deux jours.
Le lendemain matin de son arrestation, il est rejoint au poste de police par Jeanne Lazou et par René Guillamet, également arrêtés. Tous trois sont dirigés dans la soirée vers le Palais de justice, puis conduits à la prison française de Mesgloaguen. Ils y restent pendant un mois puis sont conduits, Jeanne Lazou à la prison de Rennes, et les deux jeunes gens à celle de Vitré.
Ils sont jugés tous trois à Rennes le 15 avril 1943, sous l’inculpation d’avoir « détenu de mauvaise foi des tracts à tendance communiste et du matériel de diffusion tendant à propager les mots d’ordre de la IIIème Internationale ou des organismes qui s’y rattachent ». Jeanne Lazou est condamnée à un an de prison, Mathias à deux ans, et René Guillamet se voit relaxé, Mathias ayant prétendu l’avoir trompé sur le contenu de la caisse contenant la ronéo.
Mathias revient pour deux mois encore à la prison de Vitré, puis est dirigé le 17 juin sur celle de Poissy, le 20 septembre sur celle de Melun, enfin le 15 décembre 1943 à la Maison d’Arrêt de Châlon-sur-Marne. Dans toutes ces prisons se trouvent de nombreux communistes. A Châlon, Mathias retrouve Jean Bernard et René Tressard, et plusieurs autres sud-finistériens8.
Fin mars 1944, Mathias est atteint de typhoïde, ce qui lui vaut d’être hospitalisé. C’est à l’hôpital qu’il apprend le Débarquement en Normandie. La nuit précédant son retour en prison, celle du 14 juin, Mathias s’évade par les toits avec deux camarades. Avec l’aide de la population locale, ils regagnent le maquis d’Argonne (un maquis « gaulliste ») où Mathias participe à des actes de sabotage, des parachutages d’armes, et enfin à la libération de Sainte-Menehould le 30 août, avec l’aide des troupes américaines. Fin septembre, il est de retour à Lestonan.
Jeanne Lazou est restée à Rennes pour effectuer son année de prison « française ». Mais comme l’indique Mathias dans son livre : « il valait mieux être condamné à une peine de prison de cinq années plutôt qu’à une petite peine de un ou deux ans. En effet, dès la peine terminée dans une prison française, on était transféré dans une prison allemande pour être déporté, quelques jours ou quelques semaines plus tard, dans les camps allemands »9. Malou Lazou aussi le savait. Elle était devenue Madame Le Herpeux. Le jeune couple s’était installé à Paris, où l’action clandestine était davantage possible. Mais que faire ?
Elle se rendit de Paris à Rennes. Elle raconte : « un de mes condisciples de l’Ecole de médecine10 était devenu interprète à la Kommandantur. Il est intervenu auprès d’un officier allemand, que je suis allée voir. Celui-ci m’a conseillé d’aller chercher ma mère à la Centrale. Lorsque j’y arrivai, elle n’y était plus (Je l’ai retrouvée chez des amis). Elle était dans la file des femmes partant pour la déportation. On l’a alors mise en dehors (de la file) avec son baluchon. Il avait suffi (heureusement) d’un coup de téléphone de l’officier allemand aux fonctionnaires français (de la prison) pour faire libérer ma mère»11. Jeanne Lazou était libre, le 9 mars 1944. Interdite de séjour dans le Finistère, elle est venue habiter à Paris, chez une de ses sœurs. Elle y restera jusqu’à la Libération de Paris.
Et « Fernand » ? Celui dont il était question dans le mot de passe utilisé par Mathias était René Le Herpeux. Pendant les deux jours d’interrogatoires subis par Mathias après son arrestation à Quimper, le commissaire Mitaine s’était montré très intéressé de savoir qui était « Fernand ». Mathias réussit à ne laisser échapper aucun indice. René Le Herpeux put donc poursuivre ses activités de résistant, mais désormais sur Paris où il s’était installé comme médecin praticien dans un quartier ouvrier. Il fut arrêté un an après, pour une autre affaire. C’était le jour même de la libération de Jeanne Lazou.
En rentrant de Rennes à son domicile à Paris, Malou Lazou fut surprise d’y trouver les policiers français qui, deux jours auparavant, venaient d’arrêter son mari René Le Herpeux ainsi qu’une bonne partie du réseau FTP constitué à l’Assistance Publique. Malou était élève d’externat d’un grand pédiatre qui deviendra le fondateur de la néonatologie en France, le Professeur Alexandre Minkowski. René et Malou avaient fait entrer celui-ci dans le groupe. Lui aussi avait été victime de la rafle. A l’occasion d’une brève rencontre qui leur fut autorisée, René put glisser à Malou cette phrase en l’embrassant : « Minko est notre conférencier ». Lors des interrogatoires qu’elle eut à subir, Malou répéta donc ces mots, ce qui valut à Minkowski d’être mis hors de cause et libéré au bout de deux jours.
Malou eut à subir deux mois d’emprisonnement à la Conciergerie avant d’être, elle aussi libérée12.
René Le Herpeux fit partie d’un convoi de déportés qui quitta la France le 30 juillet 1944 à destination du camp de Neuengamme14. Courant septembre, avec d’autres français il rejoint une usine d’armement à Blumenthal ; en tant que médecin, il est affecté à l’infirmerie du Kommando, ce qui lui permet par sa compétence de sauver de la mort plusieurs de ses compagnons. Fin février et début de mars, il participe à un projet d’évasion collective qui n’a pas abouti. Le 21 avril, à l’approche des alliés, les prisonniers en état de marcher sont jetés sur les routes dans la direction du Nord. René Le Herpeux s’affaire à l’arrière de la colonne, auprès de ceux qui n’en peuvent plus.
Le convoi finit par rejoindre Neuengamme ; le camp est évacué quinze jours plus tard : les survivants sont acheminés par train jusqu’au port de Lübeck, sur la Baltique ; ils sont parqués (à environ 6.000 déportés) sur un cargo, le Cap Arcona. On y trouve une vague infirmerie : c’est là où se tient le « toubib », René Le Herpeux.
Le matin du 3 mai, les alliés sont aux portes de Lübeck ; des avions anglais survolent le port. Ils bombardent les trois bateaux chargés de déportés. Sur le Cap Arcona, seuls 150 à 200 seront sauvés15.
« Je ne reverrai plus jamais mon vieux copain René Le Herpeux. Un survivant du « Cap Arcona » m’apprit qu’il avait été abattu à coups de revolver par un SS alors qu’il distribuait des ceintures de sauvetage à ses malades, sur ce bateau en feu. J’aimais beaucoup René. C’était un homme simple, juste et bon, courageux. Je lui dois la vie car il m’a soigné le mieux qu’il a pu » (André Duroméa p.174).
Photos : Concours agricole années 30.
François Ac'h & Valia, fille de Malou Lazou.
Mathias Le LouëtNé en 1921 au Guélen en Briec dans le penti des ses parents journaliers agricoles, Mathias vint habiter à Lestonan avec la famille quand il a trois ans, son père ayant été embauché comme manœuvre à la Papeterie de l’Odet.
Elève à l’école publique de Lestonan, il fit partie de ces enfants que leurs parents, ouvriers chez Bolloré, durent inscrire à l’école privée à son ouverture en 1929. Ce qui n’empêcha pas que le père de Mathias fut licencié deux ans après, suite à la mise en service de nouvelles machines. Et Mathias termina sa scolarité à l’école publique dans la classe de Mr Lazou. A 19 ans, vers Noël 1940, Madame Lazou lui propose d’entrer dans un réseau de résistance du P.C.F. pour une activité de propagande (imprimer, transporter, distribuer des tracts). Cela dure de janvier 1941 jusqu’à juillet 1942, quand des membres de son réseau sont arrêtés. Le 1er mars 1943, il est lui-même piégé par la police anti-communiste, ainsi que Mme Lazou et René Guillamet. Le 15 avril 1943, il est condamné à Rennes à deux ans de prison. Il est transféré successivement de la prison de Vitré à celles de Poissy, Melun, Châlon-sur-Marne. Il parvient à s’évader de l’hôpital de cette dernière ville le 14 juin 1944 et à rejoindre le maquis FFI de la Forêt d’Argonne où il combat jusqu’au 13 septembre 1944. Fin septembre 1944, il est de retour à Lestonan. Mathias reprend son travail aux Ponts et Chaussées. Il sera cadre dans des sociétés de distribution d’eau du Sud-Finistère. Son épouse Jacqueline sera comme lui une militante du PCF et de la CGT. Mathias sera connu également comme Président du Conseil des Prud’hommes de Quimper. Il est décédé en 1987, à l’âge de 66 ans. Mathias a laissé un récit sous le titre « Je viens de la part de Fernand. Récit de la Résistance et de prison. 1941-1944 » publié en 2004 par son épouse. |
Famille Lazou
Photos : Francine et Jean Lazou.
Ils ont, avec les autres instituteurs, à faire face à la création à Lestonan, de deux écoles privées, l’une pour les filles (octobre 1928) et l’autre pour les garçons (octobre 1929). L’effectif de chacune des écoles publiques se trouve ramené de 130 élèves chacune à une trentaine seulement. Jean Lazou devient directeur de l’école publique des garçons à partir du 1er janvier 1931 et les deux écoles publiques sont « géminées » à la rentrée de 1933, ce qui constitue une étape vers la mixité, encore limitée au strict temps de classe.
François Ac'h. |
Dossier réalisé par François Ac'h - Keleier 71 - janvier 2012
L'histoire du pont de Rubuen
Ces pages font suite, d’une certaine manière, au travail de recherche effectué par François Ac’h et Roger Rault sur la période 1880-1930 concernant les écoles publiques de Lestonan.
Nous nous intéresserons ici à la période s’étendant de 1967 à 1975. Notre témoignage se limitera à un récit parfois anecdotique décrivant l’état matériel et administratif de l’Ecole et restituant les divers aspects des conditions de notre fonction d’instituteurs- directeurs d’écoles primaires’’ durant ces années.
En 1932, après les créations en 1928 et 29 des "Ecoles de la Papeterie", comme les désigne lui-même M. René Bolloré, écoles privées "gratuites et obligatoires" au confort exceptionnel (électricité et chauffage central), les Ecoles Publiques de Lestonan sont au bord de la disparition avec chacune une classe (44 élèves pour l’école des garçons et 35 pour celle des filles contre un effectif total évalué entre 200 et 250 élèves pour 6 enseignants quelques années auparavant).
En 1932, les deux écoles publiques sont dirigées par M. et Mme Lazou qui ont profondément marqué la vie du quartier.
La création de ces deux écoles privées met fin aux tergiversations, aux promesses non tenues, aux nombreux revirements, aux coups bas des diverses municipalités, de la famille Bolloré, de l’Inspection Académique qui n’ont jamais pu se mettre d’accord sur le développement de l’Ecole de Lestonan. Toujours est-il qu’avec 3 locaux pour deux classes, 3 logements, un terrain acquis en 1926, l’espace est alors plus que suffisant. Les classes seront géminées en 1933. L’Ecole dite de garçons et l’Ecole dite de filles subsistent administrativement de façon distincte,mais chacune des classes accueille garçons et filles à partir de cette date.
En 1967, quand nous arrivons à Lestonan, la situation administrative est toujours la même, mais avec une école de garçons à deux classes et une école de filles à deux classes. De 1932 à 1967 très peu d’évolution en ce qui concerne la disposition des locaux (voir les 2 plans) et les effectifs (108 élèves au total, c’est à dire une augmentation d’à peine 30 élèves pour ces 35 dernières années).
En 1967, après 6 années passées à Edern dans l’école du hameau retiré de Gulvain, école classée déshéritée par l’Education Nationale, nous souhaitons nous rapprocher de la ville. A l’école de Lestonan, M. et Mme Imprez désirant se fixer à Quimper portent leurs deux postes susceptibles d’être vacants. Nous les sollicitons et les obtenons pour la rentrée de septembre.
Dans le petit monde de l’Education, Lestonan est peu connu, mais pour moi (Maryse), c’est un lieu familier. Il faut rappeler que mes racines sont gabéricoises depuis des générations et qu’en 1967 mes grands-parents paternels (Marie-Anne et Louis Barré de Penn ar Garn) ainsi que la majorité de ma famille y vivent encore.
En juin de cette année-là, quand nous recevons notre nomination officielle, nous prenons contact avec nos prédécesseurs afin de visiter les lieux et de prendre tous les renseignements utiles. L’accueil est très cordial mais peu encourageant : toutes les difficultés nous sont exposées et, en particulier, le surcroît de travail occasionné par la gestion de la cantine. Qu’importe! Nous avons obtenu ce que nous avions demandé, et la cantine, nous nous en occupions aussi à Gulvain!
Début septembre, nous déménageons. Les services d’un déménageur professionnel ne s’imposent pas. Le camion de François Le Berre (Fanch a Bar) fait l’affaire. L’installation du chauffage central est en cours. Les ouvriers de Roger Coathalem s’activent. Ouf ! Il n’y aura pas à allumer les poêles chaque matin dans les classes. Cette rentrée se présente bien.

Les locaux. Entre 1930 et la période qui nous intéresse, peu de choses ont changé (voir plans). Le corps des bâtiments comprend :
en façade nord, deux logements donnant sur la rue.
Celui qui s’ouvre sur la cour des filles est occupé par la famille Le Lec jusqu’en 1970 puis par la famille Corlosquet pendant de nombreuses années. Ce logement, froid et humide, se compose de 2 pièces au rez-de-chaussée et 2 pièces à l’étage. Absence de sanitaires.
Celui qui s’ouvre sur la cour des garçons est inoccupé. Après avoir abrité un réfectoire très exigu, il sert de réserve pour la cantine.
Les classes, au nombre de 3. L’une donne sur la cour Ouest, les deux autres sur la cour Est. Elles sont grandes et claires, mais relativement humides. Elles ont besoin d’un entretien sérieux. Les murs sont défraîchis et les planchers en mauvais état.
Au fond de la cour des garçons, le logement du directeur. Au rez-de-chaussée, 2 pièces ; à l’étage 2 chambres et un petit réduit doté d’un lavabo et d’une douche qui n’a jamais fonctionné, faute d’alimentation en eau chaude. Pas de WC dans le logement.
Les cours. Le portail de l’école jouxte le commerce Bouedec et donne sur la cour des garçons où se trouvent un garage, des cabinets « à la turque », des urinoirs, un préau (disons plutôt un abri d’à peine 20 m2) avec accès au jardin.
La cour des filles a la même configuration. Dans le préau une porte donne accès à la cantine.
Les cabinets des deux cours (qu’on ne peut qualifier de sanitaires) sont d’origine et datent donc de la fin du 19e siècle. Leur remplacement par des sanitaires décents fait l’objet d’échanges mémorables avec Tinig Signour lors d’une visite de la commission des écoles. Tinig les trouve encore fort convenables et ne juge pas nécessaire d’en construire d’autres.
La cantine. Dans les années 1950, la municipalité a fait construire un bâtiment à usage de cantine : une entrée avec lavabos, un réfectoire, une cuisine.
L’équipement de la cuisine est des plus sommaires : des placards, une table, un évier, et, pour la cuisson, deux trépieds alimentés au gaz (trépieds à lessiveuse).
Le réfectoire est meublé de quelques tables recouvertes de lino, de bancs et d’une longue table sur tréteaux (dont on reparle plus bas).
Le jardin. Dans le prolongement de la cantine, un "préfabriqué", a été installé à la rentrée 1966 pour abriter une classe enfantine qui est la deuxième classe de l’école des filles.
En 1967, il reste donc environ la moitié du jardin d’origine, un bel espace tout de même.
Au pignon du logement du directeur, exposée au sud, une petite parcelle permet d’obtenir quelques légumes et des pommes de terre (vers le 1er mai ?). Une glycine assez envahissante grimpe sur ce mur. Un muret de pierres sèches recouvert de vigne vierge subsiste près de la cantine et délimite la cour des petits.
Le reste du jardin donne sur le quartier du Champ et on y trouve des pommiers, un prunier, des groseilliers, des lilas et un majestueux camélia qui fut planté par M. Lazou dans les années 30.
Les classes, leurs effectifs. Comme déjà dit, à notre arrivée en 1967 l’école comprend 4 classes pour 108 élèves (effectif au 10 décembre 1967).
La classe enfantine ( Marie-France Le Beul) : une trentaine d’élèves.
Le CP ( Hélène Le Lec).
Le CE1- CE2 (Maryse Le Berre).
Le CM1-CM2 - Fin d’études (Jean Le Berre).
Les 2 écoles sont géminées et les classes sont mixtes ; la classe enfantine et le CE1-CE2 forment l’école de filles (école B) ; le CP et le CM1-CM2-FE forment l’école de garçons (école A). Aux yeux de tous, il y a « l’Ecole Publique de Lestonan » car les subtilités de l’Administration ne sont pas connues.
A cette date encore beaucoup d’enfants d’ouvriers papetiers fréquentent les écoles privées. Quelques-uns cependant viennent à l’école publique, ainsi que des enfants de commerçants et d’artisans de Lestonan, d’agriculteurs et de familles habitant la zone rurale Est de la commune. De plus en plus de familles travaillant à Quimper dans différents services administratifs ou de santé s’installent dans le quartier, et le nombre d’élèves croît régulièrement (voir graphique).

L’urbanisation du Rouillen amène une forte hausse des effectifs dans les années 70-75, ce qui nous vaut des ouvertures de classes dans l’urgence, avec des structures légères vite montées :
En 1970 : ouverture d’une classe primaire à l’école de garçons (arrivée d’Andrée Canévet).
En 1970 également : ouverture d’une classe enfantine à l’école des filles (arrivée de Mme Faruel, remplacée par Marie Louise Léon en 1971).
En 1973 : ouverture d’une classe primaire à l’école de garçons (arrivée de Mme Morel).
En 1973 il y a donc 7 classes pour 173 élèves. Et l’on reparle (comme dans les années 20) de la nécessité de restructurer l’ensemble du groupe scolaire. De nombreuses questions se posent alors : Faut- il une école maternelle autonome ? et où la construire ? Quant à l’école primaire, faut-il tout reconstruire ou rénover sérieusement la partie ancienne et rajouter des classes en ‘’dur’’?
Et la cantine, n’est- il pas temps de la moderniser et de reconsidérer son fonctionnement ? (voir plus bas, chapitre cantine).
A cette date, le jardin a pratiquement disparu ; les 3 classes implantées en 4 ans ont remplacé les fruitiers, les massifs de fleurs, le muret et ces baraques ne sont qu’un pis-aller. Un certain hiver, pendant les vacances de Noël, l’eau gèle dans les canalisations de chauffage central de la classe enfantine : les radiateurs éclatent, répandant une eau noire sur le parquet. Il faut éponger! Une autre année la grosse chaleur rend suffocante l’atmosphère dans les classes préfabriquées ; on arrose les toitures pour essayer de les refroidir.
Des questions primordiales se posent donc dès cette époque mais les solutions ne seront pas immédiates car au Bourg, des besoins se font également sentir et le quartier du Rouillen est en pleine expansion.
De nombreux équipements scolaires et sportifs sont partout nécessaires. A Lestonan, l’Ecole Publique, pratiquement enclavée, ne peut s’étendre que sur des terrains dont le propriétaire ne veut absolument pas se séparer. Commencent alors de laborieuses négociations entre Pierre Quéré d’une part, Jean-Marie Puech, le Maire, et son adjoint Alain Le Bihan d’autre part.
Les discussions souvent au bord de la rupture se termineront favorablement, non sans mal.
Le terrain étant acquis ou en voie de l’être, reste à décider ce qu’on y construira ; une bonne quinzaine d’années sera encore nécessaire pour que l’Ecole Publique trouve sa physionomie actuelle. En 1986, avec ses 10 classes (maternelles et élémentaires totalisant 254 élèves) les effectifs se stabilisent peu ou prou.
Les services municipaux. Une seule personne, Marie-José Pennarun (Le Moigne) est employée communale depuis 1959 et affectée à diverses tâches.
Elle aide l’institutrice de la classe enfantine (le rôle actuel des ATSEM) ; elle accueille le matin les élèves qui arrivent par le car de ramassage scolaire et les reconduit à 16 h 30 ; elle balaie et nettoie les classes le soir.
Elle assume également la corvée d’avant la rentrée : le nettoyage en profondeur des classes. Seule au début, elle est secondée au fil des ans par Jacqueline Le Clech, Henriette Francès, et Anna Cloarec.
Avant la rentrée de septembre chaque classe est nettoyée du sol au plafond ; les tables et les chaises sont lavées et cirées. Pas de consigne particulière de sécurité pour le nettoyage des hautes fenêtres. Les sols sont lavés et enduits d’huile anti-poussière qu’il faut commander et aller chercher à la Droguerie Nationale près de la gare de Quimper.
Les services techniques tels que nous les connaissons aujourd’hui n’existent pas encore. Seuls les cantonniers interviennent avant la rentrée pour le balayage des cours.
Les travaux d’entretien (essentiellement les peintures des classes) sont confiés aux artisans de la commune. A la dernière minute, on voit arriver les peintres Kernaléguen-Le Corre (bons chanteurs ! très décontractés) et plus tard, Marcel Barré. La chaudière qui alimente toute l'école est révisée par l’entreprise Coathalem mais c’est le directeur qui l’allume et règle la température selon la météo. Quand nous manquons de mobilier, notamment pour la cantine, Jean- Louis Thomas ou Yves Nicot livrent des tables et des bancs de fabrication robuste.
L’équipe municipale de Jean-Marie Puech accorde les crédits nécessaires à l’achat des fournitures scolaires et aux équipements des classes dont les effectifs sont en augmentation continue. Alain Le Bihan et Jean Hascoet, eux-mêmes parents d’élèves, sont nos interlocuteurs.
La cantine. Comme dans la plupart des communes, la gestion de la cantine est laissée aux directeurs d’école. Nous avons en charge l’emploi d’une cantinière et toute l’organisation depuis les commandes des denrées, l’élaboration des menus jusqu’à la comptabilité (collecte des prix des repas, salaire de la cantinière, déclaration URSSAF, etc.).
Madame Guillou (Marjannig Ar Bras ) est en place depuis plusieurs années. Nous lui demandons continuer d’occuper ce poste. Elle a des habitudes et tient à conserver des menus qui se répètent d’une semaine à l’autre, une nourriture simple et saine : de la soupe tous les jours, un plat, et pour terminer, des tartines de confiture que les enfants trouvent sur la grande table à tréteaux qui trône au milieu du réfectoire.
Ce qui nous surprend le plus, c’est que la vaisselle est fournie par les familles. Chaque élève retrouve chaque jour à la place qui lui est dévolue son assiette et son verre que la cantinière reconnaît. Nous remédions dès la rentrée à cet usage datant d’un autre temps en achetant un lot de vaisselle. D’ailleurs, les rationnaires augmentant, cette façon de faire aurait pris trop de temps.
Le prix du repas est de 1 F. La commune verse une subvention qui permet de régler quelques factures d’épicerie.
Le budget est serré. Les familles fournissent avec plaisir les légumes pour la soupe. En alternant chaque mois, nous achetons chez les commerçants de Lestonan l’épicerie (Chez Bouédec et Le Ster), la viande (chez Lauden et Henry), le pain (chez Le Ster, Guéguen, puis Dervoet). Un cahier fait la navette pour les factures en fin de mois. Pour des conditionnements plus adaptés il faut recourir à des fournisseurs spécialisés dans l’approvisionnement des collectivités.
A midi, chaque enfant retrouve sa place. Il y a seulement environ 45 inscrits à cette première rentrée. Les "grands" sont investis du titre de "chefs de table" pour aider les petits et prennent ce rôle très au sérieux. Après un temps d’observation, nous apportons quelques améliorations en variant les menus et en proposant de vrais desserts.
Une anecdote : Mai 1968. C’est la grève générale. Les 4 enseignants sont grévistes. A Quimper un collectif distribue des denrées alimentaires. Nous décidons de nous y approvisionner afin de faire fonctionner un service de cantine gratuite pour les enfants de grévistes.
Nous voyons arriver des élèves de l’école privée voisine dont les parents sont employés à l’usine Bolloré... Ceci n’a duré que quelques jours , mais a marqué les esprits.
En 1970, Madame Guillou, déjà malade sans doute, cesse son activité. Henriette Francès accepte de la remplacer avec un statut pourtant peu alléchant : elle sera payée à l’heure, cinq jours par semaine. Henriette aime cuisiner ; elle est toujours partante pour varier les menus, pour innover. A l’heure de midi, la cantine est une véritable ruche. Chaque adulte prend part au service car le nombre de rationnaires ne cesse d’augmenter (jusqu’à 150). Herveline Le Roux, nommée à Lestonan en 1970, apporte également son aide. Le nombre croissant d’enfants et une légère augmentation du prix du repas permettent d’équilibrer un budget encore serré et aussi de moderniser l’équipement de la cuisine en achetant un frigo, une gazinière, une plonge et une friteuse, matériels "pro" fabriqués par les établissements Capic et pour lesquels la Mairie octroie des crédits couvrant 50% du prix (seulement pour les deux derniers achats). Le tout est complété par un hachoir professionnel et une éplucheuse de pommes de terre achetée d’occasion à un collège du Nord-Finistère.
Une société de surgelés nous prête un congélateur, merveille qui contient des desserts dont des glaces en petits pots... les instants de silence pendant la dégustation sont impressionnants.
Il est évident que la gestion de cette "entreprise" devient de plus en plus contraignante et des contacts s’engagent avec la municipalité pour que celle-ci prenne en charge les emplois de la cantinière et de son aide, Anna Cloarec, recrutée depuis peu. Démarche commune avec l’école du Bourg qui se trouve dans le même cas. Le Maire n’est pas opposé à une aide supplémentaire mais est assez réticent à la demande de municipalisation des employées.
En 1974-75, la construction des Ecoles du Rouillen se termine. Cet ensemble est doté d’une cuisine centrale qui distribuera les repas dans les écoles et fonctionnera avec du personnel municipal. Les écoles du Bourg et de Lestonan sont alignées sur celles du Rouilllen . Le travail des cantinières sera différent car la préparation ne se fera plus sur place. Mais à qui confier ce nouvel outil : gestion purement municipale ou recours à une de ces sociétés privées qui commencent à s’implanter un peu partout ?
Autre anecdote : Afin de faire un choix dans la production des repas de la future cuisine centrale, la municipalité contacte la société Sodexho qui répond par une invitation à Bordeaux. La délégation gabéricoise comprend le Maire, des élus, le secrétaire de mairie et un représentant de chaque école. Pendant deux jours, nous visitons des cantines, des restaurants d’entreprises et, bien sûr, une cave du Bordelais… Malgré un accord pratiquement conclu , le marché sera confié non pas à Sodexho, mais à un de ses collaborateurs qui monte sa propre société (Restaurel). Bravo M. Tartu ! Rassurons-nous, la gestion de tout cela deviendra rapidement municipale.
D’une cuisine familiale on passe en 1975 à une cuisine de collectivité. Fin d’une époque. Pour les directeurs d’école, c’est un fardeau en moins d’autant plus qu’il ne faut pas perdre de vue que leur fonction première est d’enseigner, de s’occuper en classe des élèves dont ils ont la charge. Ils continueront à assurer la surveillance du réfectoire et après des années de bénévolat, ils seront indemnisés pour ce travail qu’ils partageront avec les adjoints volontaires.
Le récit de cette petite tranche de vie va peut-être susciter l’étonnement des plus jeunes.
En parlant de l’école publique de Lestonan, nous relatons des situations ordinaires, vécues également par nos homologues exerçant dans la plupart des communes rurales à cette même époque.
La fonction des directeurs d’école a beaucoup évolué au cours des dernières décennies, les libérant de nombreuses charges matérielles mais leur imposant sans doute d’autres contraintes.
Gwechall e oa !
Maryse et Jean Le Berre


Keleier 104 - Avril 2019
Avant que ne se mette à circuler la rumeur comme quoi la petite vierge de Croas ar Gac se retrouve enfermée parce qu’elle a perdu sa tête, interrogeons ce que la mémoire a conservé de ses aventures. Jean Guéguen a recueilli pour nous dans les années 80, le témoignage de René Beulz (père) de Pennaneac’h. Et le livre de Gwenn-Aël Bolloré récemment paru aux éditions Ouest-France consacre lui aussi un passage à l’enlèvement de la petite vierge.Localisation : Cadastre : 1962 – Section : B1 – Parcelle : 207
Observations éventuelles de l’enquêteur : médiocre état de conservation
Description :
Matériaux :
Moyen appareil de granit pour la niche
Résumé historique
On raconte que ce monument a été déplacé : il a été installé au carrefour par un certain M. LE GAC, ancien propriétaire d’une ferme dans la région qui a fait cette statue afin de laisser au moins une trace de son passage, car il n’avait pas d’enfants.

Guillaume Kergourlay : un Elliantais et ses mémoires présentés à Ergué-Gabéric
Guillaume Kergourlay naît en 1926 à la ferme de Kernéel, où il goûte avec curiosité, au gré de la fréquentation des anciens et autres personnages étonnants de son cher Bro-Eliant, toute la richesse de la civilisation rurale et de sa culture orale.
Contrôleur de pommes de terre pendant la guerre, il milite à la Jeunesse Agricole Catholique dès 1945 et en devient même président départemental au retour du régiment. « Ce mouvement utilise beaucoup le théâtre pour brocarder les traditions sclérosantes et mettre en valeur les ferments de progrès ». (B. Rouz, Préface).Il forge sa plume dans ce théâtre de patronage. Il est bientôt tiraillé entre sa passion pour la terre, pour ceux qu’il a toujours connus et aimés et sa passion pour les planches. Il mettra quatre ans avant de se décider et de devenir « saltimbanque », autre manière d’être curieux, d’aimer les hommes, de remuer un terreau fait cette fois de choses humaines.
On retrouvera alors son nom au fronton des théâtres et des festivals : Céret, Grenoble, Beaune, Rennes. On le joue en français ou en breton au festival de Cornouaille à Quimper, à Brest, Callac, Trégunc… Son théâtre où se trouve magnifiée la société de ses racines, sans jamais sombrer dans une « mélénitude » cloisonnante, rejoint des thèmes universels : Moi Superman, 1968, dénonce la dictature des colonels grecs, La chasse présidentielle, 1974 ( censuré par Raymond Marcellin, Ministre de l’Intérieur de l’époque), s’en prend aux turpitudes de la vie politique française…
Aujourd’hui, Guillaume Kergourlaypublie ses mémoires parce qu’il a conscience que ayant partagé jusqu’à ses vingt cinq ans l’univers des paysans de Bro-Eliant, étant écrivain, resté fidèle à une terre qu’il a apparemment quittée, il est un des seuls capables de leur rendre un vibrant hommage.
Ces Mémoires retracent la première période de sa vie, avant le départ à Paris pour se consacrer au théâtre. Elles font revivre au fil des pages les clans familiaux, les récits qu’on lui a transmis, l’opposition entre rouges et blancs, les chevaux, fierté d’Elliant, les guerres, la JAC, la destruction des talus et autres bouleversements et visages de ce monde rural et traditionnel…
Parmi les personnages qui ont marqué sa mémoire, nous croisons même p. 253 Gustave Guéguen, recteur d’Ergué-Gabéric terminant ainsi un sermon au pardon de Kerdévot en pleine deuxième guerre mondiale : « Surtout n’hésitez pas à donner, la Vierge vous en saura gré. Si quelqu’un parmi vous, par exemple ne veut pas que son voisin sache qu’il donne un billet de cent francs, qu’il le plie discrètement dedans un billet de cinq francs et personne n’en saura rien. » Guillaume Kergourlay ajoute « Je ne trouve pas que Gustave Guéguenexagère, je trouve qu’il a de l’humour ». Des mémoires écrites avec tellement de bonheur que la prose de l’auteur le chante parfois, sans s’en apercevoir, en alexandrins...
Keleier Arkae n°14, novembre 2001
- 1884 : Le Stangala d'Adolphe Paban
- 1880 : Les roses de Neaera d'Adolphe Paban
- 1868 : Au Stangala ( Anonyme), in L'éclaireur du Finistère du 16 décembre 1868)
- Poèmes des CM2 de l'école St Joseph de Lestonan (2001)
Poème anonyme publié dans l'Éclaireur du Finistère du 16 décembre 1868
Montagnes que j’aimais, colline regrettée
Où le chevreuil bondit à travers la rosée,
Ne vous reverrai-je donc plus?
Je suis bien loin de vous, mais dans un rêve encore
J'ai cru plus d'une fois voir se lever l'aurore
Sur les grands rochers aux flancs nus.
Au fond, dans le ravin, lavant son lit de pierre,
L'Odet au flot grondant, à la course fière.
Vient baigner les pieds des coteaux,
Tandis que sur ses bords de riants pâturages
Offrent aux yeux ravis leurs beautés moins sauvages
Et leur verdure et leurs troupeaux ;
Que de fois, descendant les pentes escarpées,
Je glissais à travers les fougères fanées,
Et, quand un de mes compagnons
Trébuchant lourdement tombait sur les bruyères,
Notre rire ébranlant les échos solitaires
Courait à travers les vallons.
C'était au Stang-Ala, tout brodé de fougères,
Où l'eau panni les rocs se glisse alertement,
Un champ d'avoine blonde au bord d'un bois dormant,
Et, dans ce champ doré, trois filles, trois bergères.
Elles fauchaient, riant aux brises passagères ;
Leurs seins s'arrondissaient à chaque mouvement,
Et leur faucille allait, en un bruissement
Amoncelant le grain et les pailles légères.
Au profond de ce val, sous le ciel bleu d'été,
J'avais surpris l'Eglogue et l'antique Beauté,
Les soeurs de Neaera qu'un regard effarouche.
Tout un monde enchanté venait de se rouvrir ...
C'est pourquoi j'ai tenté de cueillir sur leur bouche
Les vers virgiliens que j'y voyais fleurir.
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Le site du Stangala a souvent été remarqué par les écrivains et les poètes.
|
Paysage frais et charmant
Les chemins creux, les bois et la lande bretonne, Et les grands silences d'Automne Qui vous parlent si doucement ! Là-bas, sous des lueurs moins proches, Au pied d'un pan abrupt, d'herbe et d'ajoncs couvert, Comme l'eau coule d'un beau vert Frétillante, à travers les roches ! Avec son feuillage mourant, L'arbre évoque le deuil du fond de la pensée ;
Descendons la pente boisée
Jusqu'à la rive du courant. |
Du moulin que la menthe embaume J'entends le tic-tac sourd, à côté du vieux pont, Un frêle oiseau qui lui répond S'est posé sur le toit de chaume Ah ! qu'il fait bon vivre là Quelque intime roman que seul le rêve étoile, Un dernier amour qui se voile Dans les gorges du Stang-Ala. |

Le site du Stangala a souvent été remarqué par les écrivains et les poètes.
|
Paysage frais et charmant
Les chemins creux, les bois et la lande bretonne, Et les grands silences d'Automne Qui vous parlent si doucement ! Là-bas, sous des lueurs moins proches, Au pied d'un pan abrupt, d'herbe et d'ajoncs couvert, Comme l'eau coule d'un beau vert Frétillante, à travers les roches ! Avec son feuillage mourant, L'arbre évoque le deuil du fond de la pensée ;
Descendons la pente boisée
Jusqu'à la rive du courant. |
Du moulin que la menthe embaume J'entends le tic-tac sourd, à côté du vieux pont, Un frêle oiseau qui lui répond S'est posé sur le toit de chaume Ah ! qu'il fait bon vivre là Quelque intime roman que seul le rêve étoile, Un dernier amour qui se voile Dans les gorges du Stang-Ala. |

INDEX DES NOMS PROPRES(en construction) |
Sont exclus : Kerdevot, Ergué-Gabéric, Arkae. Les communes hors du Finistère sont indiquées par leur numéro de département) |
||||||
| Abgrall (Jean-Marie) | 15 | ||||||
| Alexandre (Père) | 10,21,22, | ||||||
| Anges (N.-D. des) Landéda | 18 | ||||||
| Anne de Bretagne | 27 | ||||||
| Arbois de Jubainville (Henri de) | 25 | ||||||
| Arkae (association) | 9,10, | ||||||
| Association Kerdevot 89 | 9 | ||||||
| Audren de Kerdrel (Vincent) | 23 | ||||||
| Bannalec | 18 | ||||||
| Baudour (Jan) | 22 | ||||||
| Binet (Raphaël) | 10 | ||||||
| Blois | 24 | ||||||
| Bois (Chapelle des) (25) | 20 | ||||||
| Bon Port (N.-D. du) (Brest) | 18 | ||||||
| Bon Voyage (N.-D. de) (Ouessant) | 18 | ||||||
| Bon-secours (N.-D. de) (Concarneau) | 18 | ||||||
| Bonne-nouvelle (N.-D. de) (Locronan) | 18 | ||||||
| Bossuzic (Ergué-Gabéric) | 20 | ||||||
| Boudin (Eugène) | 10 | ||||||
| Bourg d'Ergué-Gabéric | 22 | ||||||
| Bourgogne | 20 | ||||||
| Bouzec (Mona) | 28,28n, | ||||||
| Bras (Per) | 28 | ||||||
| Brest | 14 | ||||||
| Brest | 23 | ||||||
| Breton (Jules) | 19 | ||||||
| Bruxelles | 29 | ||||||
| Carbont (Ergué-Gabéric) | 20 | ||||||
| Carmes (N.-D. des) (Pont-l'Abbé | 14,18, | ||||||
| Châteauneuf du Faou | 31 | ||||||
| Châteauneuf-du-Faou | 18 | ||||||
| Clarté (N.-D. de la) (Combrit) | 18 | ||||||
| Cleuziou | 29 | ||||||
| Coadou (Dominique) | 29 | ||||||
| Comité d'animation du quartier de Kerdevot) | 10 | ||||||
| Concarneau | 20 | ||||||
| Coray | 26,28,31, | ||||||
| Cornouaille - Bro Gerne | 17 | ||||||
| Courcy (Alfred de) | 23 | ||||||
| Croix (Alain) | 28,28n,31, | ||||||
| Croix (N.-D. des) (Loctudy) | 18 | ||||||
| Croix-Kerfors (Elliant) | 28 | ||||||
| Crozon | 20 | ||||||
| Daoudal (Yann) | 28n, | ||||||
| Daoulas | 13,14 | ||||||
| Déguignet (Jean-Marie) | 9 | ||||||
| Déguignet (Jean-Marie) | 29 | ||||||
| Délivrance (N.D de) (Plomeur) | 18 | ||||||
| Dévot Christ (Chapelle du) Perpignan (66) | 20 | ||||||
| Discalceat (Jean) | 29,32, | ||||||
| Douarnenez | 26n | ||||||
| Duguay-Trouin | 10 | ||||||
| Dumus (Julie-Charlotte-Fortunée) | 23 | ||||||
| Durand (Ghildas) | 10 | ||||||
| Duveau (Louis) | 24,30, | ||||||
| Elliant | 23,24,25,26,27,28,29,30,31, | ||||||
| Ergué-Armel | 29 | ||||||
| Favé (Antoine) | 11 | ||||||
| Favé (Antoine) | 22 | ||||||
| Favé (Antoine) | 27 | ||||||
| Feydeau de Vaugien (Ursule) | 23 | ||||||
| Floc'h (Michel) | 23n, | ||||||
| Flots (N.-D. des) (Treffiagat) | 18 | ||||||
| Fouesnant | 31 | ||||||
| Goarem Kerluden (Elliant) | 28 | ||||||
| Gorreker (Elliant) | 28 | ||||||
| Gourin | 27 | ||||||
| Gourmelen Etienne | 32 | ||||||
| Gourvil (Francis) | 26,27, | ||||||
| Grâces (N.-D. des) (Pluguffan) | 18 | ||||||
| Gradlon | 26 | ||||||
| Guénolé (Saint) | 25,26, | ||||||
| Guillou (Jean) | 16 | ||||||
| Jardin des Oliviers (Elliant) | 31 | ||||||
| Jet | 9 | ||||||
| Jet (rivière) | 27,28, | ||||||
| Joie (N.-D. de la) (Penmarc'h) | 18 | ||||||
| Jolu (Jérome) | 30 | ||||||
| Justinien | 23 | ||||||
| Kerbiquet (Elliant) | 30 | ||||||
| Kerbonne (Brest) | 14 | ||||||
| Kerdevot (Lanriec) | 20 | ||||||
| Kerdilles (Ergué-Gabéric) | 22 | ||||||
| Kerdohal (Ergué-Gabéric) | 20 | ||||||
| Kerfors (Charles) | 20 | ||||||
| Kergoat (N.D. de)( Quemeneven) | 19 | ||||||
| Kerguéhennec (56) | 12 | ||||||
| Kerinec (N.D. de) (Poullan-sur-mer) | 13 | ||||||
| Kerinou (Brest) | 14 | ||||||
| Kermoal (Elliant) | 31 | ||||||
| Kernitron (Lanmeur) | 13,18, | ||||||
| Kreisker (N.-D. du) ( Saint-Pol-de-Léon) | 14 | ||||||
| La Sallette | 18 | ||||||
| La Villemarqué (Victor Hersart de) | 23,25,26,27,30, | ||||||
| Landéda | 18 | ||||||
| Landevennec | 18,21, | ||||||
| Landevennec | 25 | ||||||
| Langolen | 23,24 | ||||||
| Langonnet | 25,27, | ||||||
| Languivoa (Plonéour-Lanvern) | 14 | ||||||
| Lanmeur | 13 | ||||||
| Lanriec (Concarneau) | 20 | ||||||
| Larrajen - Lan Ratian (Coray) | 26 | ||||||
| Laurent (Donatien) | 26n,27,27n,30n, | ||||||
| Le Bihan (Alexandre) | 25 | ||||||
| Le Bouguen (Brest) | 14 | ||||||
| Le Bris (Charles) | 15 | ||||||
| Le Corre Louis (Crondal-Gourin) | 27 | ||||||
| Le Faouet-Ar Faouet | 23,24,27, | ||||||
| Le Floc'h (Jean-Louis) | 10,13, | ||||||
| Le Folgoët | 13,14,18, | ||||||
| Le Grand (Albert) | 15 | ||||||
| Le Grand (Albert) | 30 | ||||||
| Le Grouanec (Plouguerneau) | 14 | ||||||
| Le Men | 30,32, | ||||||
| Le Moine (Jean) | 11,20, | ||||||
| Le Naour (Alain) | 28,31, | ||||||
| Le Pennec (Cyrille) | 15 | ||||||
| Le Relecq (Plouneour-Menez) | 13,14, | ||||||
| Le Signor (Anne) | 23n, | ||||||
| Lechiagat | 14 | ||||||
| Lesconil (Plobannalec) | 14 | ||||||
| Lilia (Plouguerneau) | 14 | ||||||
| Lobineau (Dom) | 25,26,30, | ||||||
| Locmaria (Quimper) | 13,14, | ||||||
| Lorette (N.-D. de) (Plogonnec) | 18 | ||||||
| Louis XIV | 10 | ||||||
| Lourdes | 16,18 | ||||||
| Luzel (François) | 32 | ||||||
| Maunoir (Julien) | 15 | ||||||
| Melgven | 26 | ||||||
| Mellac | 23n, | ||||||
| Mer (N.-D. de la) (Bénodet) | 18 | ||||||
| Millais (John Everet) | 31 | ||||||
| Miorcec de Kerdanet (Daniel) | 15 | ||||||
| Miorcec de Kerdanet (Daniel) | 25 | ||||||
| Morbihan | 12 | ||||||
| Morlaix | 14 | ||||||
| Moros (Lanriec-Concarneau) | 20 | ||||||
| Morvan ( Jean-Louis) | 12 | ||||||
| Moulin au Duc (Elliant) | 27,28, | ||||||
| Moulin de Treanna (Elliant) | 27 | ||||||
| Munuguic (Ergué-Gabéric) | 20 | ||||||
| Mur (N.-D. du) Morlaix | 14 | ||||||
| Naufragés (N.D. des) (Plogoff) | 18 | ||||||
| Odet | 9 | ||||||
| Paré (Ambroise) | 32 | ||||||
| Paris | 23 | ||||||
| Penguern (Jean-Marie de) | 30 | ||||||
| Penmarc'h | 16 | ||||||
| Penn-ar-Menez (Ergué-Gabéric) | 22 | ||||||
| Penvern (Elliant) | 26 | ||||||
| Penzé(Taulé) | 14 | ||||||
| Perpétuel-secours (N.-D. du) (GrandChamps 56) | 18 | ||||||
| Perpignan (65) | 20 | ||||||
| Peyron (Paul) | 13,14, | ||||||
| Pitié (N.-D. de) (Tréguennec) | 18 | ||||||
| Plobannalec | 14 | ||||||
| Plomeur | 14 | ||||||
| Plonéour-Lanvern | 14 | ||||||
| Plouarzel | 14 | ||||||
| Ploudalmezeau | 14 | ||||||
| Plouguerneau | 14 | ||||||
| Plouneour-Menez | 13,14, | ||||||
| Pont Roudoubloud | 28 | ||||||
| Pont-Croix | 13 | ||||||
| Pont-L'Abbé | 14,18, | ||||||
| Portes (N.-D. des) (Châteauneuf-du-Faou) | 18 | ||||||
| Portsall (Ploudalmezeau) | 14 | ||||||
| Postic (Fañch) | 23 | ||||||
| Poulgurun (Elliant) | 28 | ||||||
| Poullan-sur-Mer | 13 | ||||||
| Provost Ge | 11 | ||||||
| Quillihuec (Ergué-Gabéric) | 20 | ||||||
| Quimper | 13,14,16,19,21, | ||||||
| Quimper | 23,24,28,31 | ||||||
| Quimper et Léon (Diocèse) | 13,17, | ||||||
| Rannou (Hūng) | 10 | ||||||
| Rasian (Tad) | 23,24,25,26, | ||||||
| Ratien (Saint) cf Rasian | 25 | ||||||
| Récollets (Landéda) | 18 | ||||||
| Roch (Saint) | 32 | ||||||
| Roscoff | 9 | ||||||
| Roscudon (N.-D. de) (Pont-Croix) | 13 | ||||||
| Rosporden | 31 | ||||||
| Rouz (Bernez) | 9,20,32n, | ||||||
| Rumengol (N.-D de) | 18 | ||||||
| Saint Apoline(Ergué-Gabéric) | 16 | ||||||
| Saint Guénolé (Ergué-Gabéric) | 16 | ||||||
| Saint-André (Ergué-Gabéric) | 16 | ||||||
| Saint-Gildas(Ergué-Gabéric) | 16 | ||||||
| Saint-Jean-Trolimon | 14 | ||||||
| Saint-Joachim(Ergué-Gabéric) | 16 | ||||||
| Saint-Pol-de-Léon | 14 | ||||||
| Salaun (Jean) | 21,22 | ||||||
| Salle-Verte (La) Ergué-Gabéric | 20 | ||||||
| Sand (George) | 23 | ||||||
| Sanson (Corentin) | 17 | ||||||
| Sauvé (Léopold-François) | 32 | ||||||
| Sébastien (Saint) | 27,32, | ||||||
| Sergent (René-Nicolas) | 16 | ||||||
| Stang Kerho (Elliant) | 28 | ||||||
| Tanguy (Bernard) | 27n, | ||||||
| Taulé | 14 | ||||||
| Taylor (Tom) | 31 | ||||||
| Tourc'h | 25,26, | ||||||
| Treanna (Elliant) | 27 | ||||||
| Tréanna (Yvon de) | 20 | ||||||
| Treminou (Plomeur) | 14 | ||||||
| Trezien (Plouarzel) | 14 | ||||||
| Tronoën (Saint-Jean-Trolimon) | 14 | ||||||
| Ty-Mamm-Doue (Kerfeunteun-Quimper) | 18 | ||||||
| Vassalo (Marthe) | 23n, | ||||||
| Victoires (N.-D. des) (Saint Cast-le-Guildo 22) | 18 | ||||||
| Vrai-secours (N.-D. du) (Gouesnac'h) | 18 | ||||||
Bibliographie générale sur KERDEVOT
Cette bibliographie cite les ouvrages qui apportent des éléments nouveaux à notre connaissance de Kerdevot. Elle est en construction permanente.
Merci de nous signaler des omissions éventuelles à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
ABGRALL (J.M.), « Le retable de Kerdévot », in Revue de l'art chrétien, 1898, 472-473.
ABGRALL (J.M.), « Le retable de Kerdévot (Ergué-Gabéric)». in Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, XXI, 1894, 94-101.
ABGRALL (Jean-Marie), Iconographie de la Sainte Vierge dans le diocèse de Quimper, p. 379-481.
AC’H (François), GUEGUEN (Jean)- Et les statues du calvaire ?, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 137-138.
AC’H (François), Kerdevot dans le cours des guerres, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 165-176.
ALLOUIS (Jean), Saint Évarzec d’hier à demain.
BARRIÉ (Roger), La construction de la chapelle de Kerdevot au XVème siècle, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 38-60
BERNARD (Norbert), Les voix d’Yves Pennec, Chrysalide, 2005, p.7,27.
BLAISE (Jean-René)-CUSSON (Marie-Cécile), Nouvelle restauration du retable de Kerdevot : une étape dans la connaissance du joyau, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 101-118.
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CASTEL (Y.-P.), Croix et calvaires, Minihi Levenez, 1997, P.153.
CASTEL (Yves-Pascal), Le mobilier intérieur et extérieur, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 129-140.
CORNEC (Jean-Paul), Le cadran solaire, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 141.
COMMISSION EXTRA MUNICIPALE DE RECHERCHES HISTORIQUES D’ERGUÈ-GABERIC, Intron Varia Kerzevot, 1980.
COUFFON (René) et LE BARS (Antoine), « Nouveau Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper et de Léon ». Quimper,1988, p.94-95.
COURCY (Paul de), « Principaux monuments de sculpture sur bois du diocèse de Léon », in Bulletin Archéologique de l'Association Bretonne, III, 1851, 1921, p. 20.
CUSSON (Marie-Cécile)- BLAISE (Jean-René), Nouvelle restauration du retable de Kerdevot : une étape dans la connaissance du joyau, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 101-118.
DANIEL (Tanguy), Saccage, restauration et mise en valeur du grand retable flamand, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p.95-100.
DAOUDAL (Yann), Le pays Melenick autrefois, (dactilographié).
DEBIDOUR (Victor-Henry), L’art de Bretagne, Arthaud, Paris, 1979, p.10,13,35,130,157.
DEGUIGNET (Jean-Marie), Histoire de ma vie. An Here 2001. , p. 118-119
DEGUIGNET (Jean-Marie), Contes et légendes populaires de la Cornouaille bretonne, in B.S.A.F., 1963.
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DELOUCHE (Denise), Eugène Boudin et la Bretagne, Ed. URSA, 1987, p. 7-12-13-14-23-24-25-95-97.
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DOUGUET (Jean-François), Une famille de Basse-Bretagne face à la guerre, Correspondance de la famille Guillou (1914-1916), Arkae, 2015, 154p.
DOUGUET (Jean-François), Kerdevot pendant la Révolution et l’empire, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 157-164.
DURAND (Gildas), Les retables et groupes sculptés originaires des anciens Pays-Bas, des XVe et XVIe siècle, conservés en Bretagne et la problématique de l'élude de la statuaire en Bretagne. Recherches sur la notion d'expansion artistique et sur le rôle des influences étrangères dans les productions locales. Thèse de doctorat unique en Histoire de l'Art, présentée à l'Université de Haute-Bretagne. Rennes, 1989, 2 volumes reprographiés, 425 pages de texte, 800 illustrations.
DURAND (Gildas), Retables et groupes sculptés originaires des Pays-Bas méridionaux en Bretagne au XVIe siècle. Diplôme d'Etudes Approfondies en Histoire de l'Art. Université de Haute- Bretagne, U.E.R. des Arts. Année académique 1979-80.
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GUEGUEN(Jean), Traditions orales autour de Kerdevot, GUEGUEN (Jean)-AC’H (François), Et les statues du calvaire ?, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 205-214.
HERMELIN-GUILLOU (Christiane), Les bannières de Kerdevot, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 143-150.
HERVE (Gusti), Les vitraux contemporains de Hūng Rannou, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 119-128.
JAOUEN (Hervé), Habiter à Kerdevot, in Kerdevot, cathédrale de campagne, éd. Arkae, 2018, p. 215-216.
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Marcel Floc'hlay de Garsalec
Né le 14 janvier 1934 à Laz (29)*.|
Extrait de l’article de Pierre Gassot dans Ouest-France du 27 juin 1965
Ce fameux circuit de la vallée blanche de 1965 |
Ce texte est la traduction d’un article intitulé « Kemperiz e Kerzevot » et publié par le journal Feiz ha Breiz en 1870 (numéro 296, daté du 1er octobre, pages 277-278). Il relate le pèlerinage effectué par des Quimpérois à Kerdevot le 20 septembre 1870, alors que les évènements se précipitaient autour de Paris assiégée par les Prussiens. L’article est signé « Ur c’hrouadur da Intron Varia Kerzevot » (un enfant de Notre-Dame de Kerdevot), et le post-scriptum est de la main de Goulven Morvan, le prêtre nommé par l’évêché pour lancer et gérer ce journal.
« La France est sauvée ! ». Voilà les paroles d’une mère chrétienne à ses enfants quand elle s’en revint de Kerdevot, le 20 de ce mois. « La France est sauvée ! » quand enfin nous sommes venus faire appel à Notre-Dame.
Que s’est il donc passé de nouveau à Kerdevot, le 20 de ce mois ? Quoi ? Quelque chose qui est susceptible de donner de la confiance à ceux qui l’avaient presque perdue. Voici un petit mot sur cette belle journée.
Des Quimpérois, épouvantés par les pertes successives de nos soldats, affligés au fond de leur cœur de la défaite de leurs enfants, de leurs compatriotes, se sont massés au pied des autels, ont rempli tous les soirs l’église de Saint Corentin. Plus nombreux que jamais, ils se sont agenouillés pour recevoir la communion ; ils ont cherché partout la bénédiction du ciel, et le ciel semblait toujours rester sourd à leurs prières.
Alors, quelques dames bien connues pour leur haut rang ont pensé que Kerdevot était la chapelle où la Vierge est le plus aimée en ce pays. Il leur est venu à l’esprit que Notre Dame de Kerdevot avait fait cesser la peste dans le pays d’Elliant et ses alentours il y a plusieurs siècles. Il leur est revenu qu’on trouve encore des gens qui ont été guéris par miracle dans cette chapelle sainte : une fille d’Edern, muette depuis huit ans, a retrouvé la parole le jour du grand pardon devant des milliers de personnes, c’était en 1849. Un autre, infirme depuis longtemps, a retrouvé la marche. Et beaucoup d’autres n’ont reçu plein de grâces rien qu’en mettant leur confiance en la Vierge. Que font donc les grandes dames de Quimper ? Elles firent le voeu d’aller en pèlerinage à Kerdevot et d’y faire dire une messe pour tous les soldats de France.
Dans l’heure, tout Quimper apprend le vœu avec le plus grand enthousiasme. Sans tarder, avec l’argent de la messe, c’est plus de 80 francs qui sont collectés pour la chapelle. Le Curé de Saint Corentin, qui dans toutes ses missions n’a jamais oublié de prêcher à ses frères l’amour qu’ils doivent porter à la Vierge, annonça, lors du prône de la grand’ messe, le vœu qu’avaient fait ses paroissiens d’aller faire pardon à Kerdevot le 20 Septembre.
Le mardi à cinq heures du matin, les Quimpérois sont sur pied. Depuis la Croix de l’Hôpital, le lieu du rendez-vous, ils s’avancent, chacun dans son groupe, vers le Grand Ergué, le chapelet en mains.
Je ne vous parle pas de l’air vif du matin, des trois lieues qu’il y avait à parcourir avant d’arriver à Kerdevot, du silence général, du grand âge de beaucoup de dames qui avaient quitté leur maison à jeun. La hâte qu’elles avaient toutes de voir Kerdevot leur faisait oublier leurs peines.
Vers sept heures et demi, beaucoup de pèlerins arrivent pour suivre la première messe et l’église, qui peut contenir jusqu’à 900 personnes, est déjà trop petite. Chacun, le chapelet à la main, plusieurs, un cierge dans l’autre, tous agenouillés à même la pierre, tous ont les yeux fixés sur l’image de la Vierge Marie ou sur son autel, qui n’a pas d’égal dans l’évêché de Quimper. Plus de cent personnes communient à cette messe, et à peine est-elle terminée qu’ils entonnent aux quatre coins de la chapelle, une salutation à la Vierge Marie dans le plus beau des chants. Oui, à vrai dire, ce chant était un triomphe et, pour la première fois dans ma vie, j’ai été porté à croire qu’il était possible de chanter en ce pays aussi bien que dans d’autres, connus pour leurs chœurs. Tous donnaient l’impression d’être déjà vainqueurs de nos ennemis ; ils donnaient l’impression de tenir dans leurs mains la vie du dernier Prussien.
A neuf heures et demie, quand commence la seconde messe, celle pour les soldats, plus personne ne peut s’agenouiller dans la chapelle, et les deux cent personnes qui s’approchèrent pour communier, ne purent s’approcher qu’avec beaucoup de difficulté. A la fin de cette messe, comme s’ils avaient déjà obtenu satisfaction à toutes leurs demandes, ils chantèrent de tout leur cœur le Magnificat, ce merveilleux cantique laissé entre nos mains par notre mère elle-même et dès lors, on n’entendit plus que des chants dans la chapelle toute la journée.
Les treize cents ou quatorze cents personnes venues à Kerdevot se retirèrent petit à petit. Leur cœur réjoui, avec l’espoir, comme le disait une des dames de Quimper, d’entendre le jour même une bonne nouvelle.
Celle-ci est venue sans tarder, le corps d’armée du général Fritz a été battu par notre général Vinoy, le jour même du pèlerinage des Quimpérois à Kerdévot.
La Vierge Marie écouta ce jour-là ses enfants, elle ne cessera plus de les écouter jusqu’à ce que ce cri d’une mère de famille ne devienne réalité : « La France est sauvée ! »
Un enfant de N.D. de Kerdévot
Le 27 du mois il y a eu à Kerdevot un pèlerinage encore plus beau que celui du 20. Le mardi 20 septembre, il n’y avait à Kerdevot que des Quimpérois, le mardi 27 il y avait en plus les gens du Grand Ergué et des paroisses alentours. Il y avait ce jour-là entre trois et quatre mille pèlerins et il y a eu entre cinq et six cents communiants.

Bernard Le Bihan, membre d’Arkae, s’est déjà illustré dans les lignes du Keleier avec un récit intitulé La boîte en Fer blanc et le portrait du cantonnier du bourg. Il nous propose aujourd’hui de reprendre le chemin des écoliers avec ces quelques vers. Malgré les langueurs perceptibles de l’automne, semble monter de la nature comme un discret appel à l’école buissonnière...
L’aube s’est levée dans des écharpes de brume
Annonçant un jour sale par ses nuages gris
Et l’on entend le cri d’un rapace nocturne
Qui, la chasse terminée, regagne son abri.
Tenant d’une main un cartable trop lourd
Qui lui bat le mollet, qui s’accroche en chemin
A travers landiers, champs et labours
Le petit homme se hâte vers le village voisin.
Sur un tapis de mousse et de bruyère mêlées
Deux pigeons se régalent de glands
Aux pieds d’un grand chêne aux longs bras décharnés
Dont le tronc noueux a défié bien des ans.
Sous la caresse du vent le peuplier gémit
La feuille se détache et tombe lentement
Dans le ruisseau grossi par les dernières pluies.
Le roseau, penché, hoche la tête tristement.
C’est l’automne.
Bernard Le Bihan, 1964
Keleier 21 - septembre 2002
Acquisitions : le rayonnement de notre patrimoine dans de récentes publications.
Le patrimoine d’Ergué se retrouve en bonne place dans deux livres qui viennent de paraître :
Dans le Dictionnaire du Patrimoine Breton, (éd. Apogée), monumental ouvrage de 1100 pages, une notice est consacrée à Kerdévot. Fait nouveau, Erwan Le Bris du Rest, signale les vitraux contemporains de Hung Rannou : « Tradition, histoire et création se rejoignent à Kerdévot ». Une photo du retable illustre l’article.
Par neuf fois Ergué-Gabéric est cité : La peste d’Elliant p. 353 ; Flandres p. 404 ; Glazig p. 438 ; Kerdévot p. 534. Il faut noter, page 643, une superbe photo d’un mendiant à l’entrée de la chapelle de Kerdévot ; c’est un document des années 20. Quelqu’un reconnaîtrait-il ce personnage ? Evocation de l’activité papetière à Odet p.702 ; l’Orgue p. 707 ; les vitraux de Saint-Guinal p. 773 à l’article Plogonnec ; et enfin notre Saint Thélo de Kerdévot illustre le chapitre sur les saints.
A noter un curieux oubli, notre Jean-Marie Déguignet, n’est cité nulle part. Notre paysan de neuvième classe n’a pas encore conquis droit de cité dans le dictionnaire, il est peut être encore trop vivant dans les esprits.
Dans Le Dragon en Bretagne, (éd. Keltia Graphic) Claire Arlauxnous dévoile tous les secrets de ces animaux fantastiques que l’on retrouve fréquemment dans nos édifices religieux.
L’intérêt des sablières de Saint-Guénolé n’a pas échappé à l’écrivaine, qui illustre son chapître médiéval par une reproduction de la chasse fantastique, l’un des thèmes que l’artiste anonyme du XVIIème siècle a reproduit. Très curieusement les sablières de Saint Guénolé, restaurées dans les années 70, n’ont pas de caractère religieux : c’est un bestiaire fantastique.
Claire Arlauxconsacre trois pages aux dragons du Stangala. Revenant sur l’étymologie de Griffonez, la griffonne ailée, elle évoque la légende du dragon qui terrorisait les populations alentours et que défia un jeune noble : Mahonec. A Kermahonnec dans l’ancienne paroisse de Cuzon, on peut voir encore une statue de dragon ailé (griffon) tenant dans sa gueule la tête d’un pêcheur représenté avec un filet rempli d’anguilles.
Claire Arlauxévoque aussi la variante gabéricoise de cette légende : à Ergué, c’est le Sieur Caznevet de Kerfors, qui terrassa le dragon du Stangala, qu’il fit figurer sur un rampant de la chapelle Saint-Guénolé.

Cliché illustrant l'ouvrage de Claire ARLAUX, cathédrale de Tréguier, stalles des ecclésiastiques.
Le dragon : protéiforme, il effraie ou se décline en motifs étonnament ornementaux.
Keleier 7 - novembre 2000

Elle se trouve actuellement au carrefour sur la route de Kerdévot à la sortie du Bourg. Elle a été déplacée en 1981 car elle gênait la circulation, ainsi l'inhumation (2) ne se fit pas dans une fosse à cet endroit mais en face de la ferme de Kergaradec où se trouvait la croix à cette époque. Ne pas confondre Kernaon et Kernaou (3) où, en 1679, il y avait aussi un manoir et un moulin.
Notes complémentaires :
1 - Le fût cylindrique de ce monument est orné d’un saint personnage au livre en bas-relief (saint Guénolé?) et surplombé d’une croix d’un seul bloc, plus récente. Les restes d’une pièta et d’une Flagellation retrouvés au pied de la croix lors de son déplacement, laissent deviner que l’édifice primitif devait comporter au moins un croisillon où prenaient place ces vestiges.
2 - les suicidés ne sont pas toujours enterrés sous des croix de chemin en dehors de l’espace sacré du cimetière. Parfois ils reposent au cimetière paroissial, dans une tombe située au nord de l’église, avec celles des enfants morts sans baptême.
3 - Kernaon : anciennement Kernaom, 1682 et Kernaoff, 1684. L’écriture de Kernaou n’a pas varié depuis son apparition dans les textes (1541).

Ergué-Gabéric / Croix de Kergaradec XVIe siècle
Keleier 24 - Décembre 2002