Histoire du Rouillen, un quartier "tout neuf"

Vue du 75 route de Coray en 1956 Le Vallon et au fond à gauche Tréodet et Kerfeunteun Fonds ArkaeRattaché à la commune d’Ergué-Gabéric à la Révolution, le Rouillen a une histoire riche et singulière. Au confluent du Jet et de l’Odet, traversé par la grande route de Coray et bordé par la voix express ce lieu de communication a un passé riche. Aujourd’hui, c’est le quartier économiquement le plus dynamique d’Ergué grâce à ses lotissements et ses zones d’activités tout en conservant quelques havres de paix.

Les racines du quartier du Rouillen
Les fouilles archéologiques qui ont précédées la mise en service de l’échangeur de la Salle-Verte ont permis de mettre à jour des vestiges de l’âge du fer, c’est à dire la période des Osismes, tribu gauloise qui habitait l’Ouest de l’Armorique. Il y avait déjà une ferme entourée de fossés et de talus. Même configuration au Cleuyou (qui signifie, talus, fortifications). La route de Coray actuelle baptisée an hent meur (La grande route) sur le cadastre de 1834, était le grand axe de circulation entre Carhaix, capitale des Osismes et Locmaria, cité primitive de Quimper. Cette route fut ensuite améliorée par les Romains. Le manoir du Cleuyou possédait plusieurs fermes dont Kerelan et Kerampensal qui faisaient partie au Moyen-âge de la paroisse de Lanniron qui appartenait à l’évêque. Celui-ci touchait les bénéfices d’un octroi pour le passage du pont sur le Jet, il avait surtout ses poteaux de Justice sur les hauts du Rouillen, on connait l’emplacement par le champ nommé Park ar Vrañsigell (Le champ des suspendus !). À l’époque, Salglas (Salle verte) était aussi un manoir qui servait de résidence à différentes familles nobles. Un deuxième pont existait sur la rivière Odet au lieu-dit Pont Odet. En 1636 il était « rompu » et on passait l’Odet l’été par un gué situé à Tréodet. Il permettait de rejoindre Quimper sur la rive droite de l’Odet. À la Révolution, Jacques Cambry note la présence de petites manufactures « de grosses poteries et de vases de grès ». La vallée appelée Stank ar poder (la vallée du potier) garde trace de cette activité. Cette période ne change pas grand-chose au statut des fermes : les propriétaires nobles laissent la place à des bourgeois de Quimper.

Le Rouillen, quartier champignon
Imaginez avant-guerre, un coin paisible d’Ergué-Gabéric : un manoir, quatre fermes, des champs, des prairies et la route de Coray. Celle-ci traversait la ligne de chemin de fer à l’Eau Blanche, enjambait le Jet et montait raide vers le plateau du Rouillen, ligne de partage des eaux entre l’Odet et le Jet. Yvon Hascoet, cultivateur à Ti-nevez Cleuyou se rappelle : « il est presque impossible de trouver un environnement aussi beau à cause des arbres, des fleurs, des rivières et des canaux avec ce vieux moulin qui permettait de se cacher facilement lorsqu’on pratiquait le braconnage ».
C’est au confluent des deux rivières au lieu-dit Coutilly que s’installent les Salaisons Gouiffès en 1937. 20 ans plus tard elle traite 320 porcs par semaine ! Cette première activité industrielle dans le quartier tout comme l’installation d’une pisciculture après-guerre ne génèrent pas dans un premier temps une urbanisation sur Ergué-Gabéric. Celle-ci se fera timidement par quelques maisons dans la côte du Rouillen puis l’installation d’un garage automobile. Le décès accidentel du propriétaire du manoir du Cleuyou en 1959 aura pour conséquence la vente des terres de Kerampensal et la création des premiers lotissements sur les hauts du Rouillen. Le mouvement d’urbanisation galopante est lancé avec la disparition des exploitations agricoles qui s’accélère dans les années 60 et 70 : les lotissements du Vallon, de Kerelan, de l’Odet, du Poulduic, du Jet se créent à partir de 1969. Les infrastructures se mettent en place : école en 1973, supérettes en 1978. La zone d’activité du Cleuyou dans la vallée du Jet complète le tableau de ce nouveau quartier d’Ergué entre Jet et Odet en 1980. C’est à cette époque que le chantier colossal de la voie expresse qui traverse les deux vallées profondes du Jet et de l’Odet change la physionomie vers l’est. La création d’un échangeur fait craindre aux habitants les nuisances dues au traffic automobile.

Le Rouillen actuel : pôle attractif d’Ergué
Avec ses 3 000 habitants, le Rouillen est devenu le quartier le plus peuplé d’Ergué dès 1980. La crainte pour l’identité gabéricoise est qu’elle devienne une cité dortoir de Quimper, cité sans âme. Une action volontariste des municipalités de l’époque ont permis d’offrir les services qui manquaient à la population : le centre commercial de Pen-Ergué, la création d’un supermarché, les services bancaires, médicaux, la poste, les artisans... Le rayonnement de l’école primaire et maternelle, la création d’un terrain de sports et d’une piscine privée contribuent à faire du Rouillen un véritable centre de vie qui se dote alors d’un comité d’animations. À partir de 1996, la création d’une zone d’aménagement concerté l’autre côté de la voie express va renforcer considérablement la fréquentation de la route de Coray où on doit installer feux rouges et giratoires consacrant ainsi le Rouillen comme principal centre urbain d’Ergué-Gabéric. Les nombreuses installations commerciales de part et d’autre de la voie express inversent les flux de circulation, il y a désormais plus de gens de l’extérieur qui viennent travailler à Ergué que de Gabéricois à aller à Quimper. La dynamique gabéricoise a de beaux jours devant elle !

Le nom Rouillen en breton : Ar Ruilhenn
Ce nom apparait pour la première fois en 1817, lors d’une délibération du conseil municipal. "Le chemin de la terre noire autrement dit le Ruillen, commençant à la barrière du Cleuyou et finissant à la garène de Kerelan, long d'environ 800 pieds...". Cette indication est précieuse. La Terre Noire, (douar zu) toponyme qu’on retrouve à Quimper, indique la présence de charbon. Un important gisement se trouve en effet sur notre commune dans la vallée du Jet. Ruillen est à rapprocher du verbe breton ruilhal qui signifie rouler. On peut penser que ce nom qui est unique en Bretagne désigne des éboulis de roches. Le chemin qui allait de la butte du Cleuyou pour rejoindre la vallée de l’Odet est particulièrement escarpé.

Bernez Rouz
Au fil d'Ergué, n° 20, mars 2025
Photographie : Vue du n° 75, route de Coray en 1956. Le Vallon, et au fond à gauche Tréodet et Kerfeunteun. Fonds Arkae ©.


Lestonan, mémoires d'un petit bourg

Première boulangerie de LestonanLestonan serait sans doute resté un simple lieu-dit bordant une route si la papeterie Bolloré ne s’était installée non loin de là, au bord du ruisseau Bigoudic. C’est l’essor de cette usine, au XIXe siècle, qui fera de Lestonan un deuxième pôle dans la commune.

Lestonan, un centre autour d’une école
Si la papeterie existe depuis 1822, l’histoire de Lestonan ne commence vraiment qu’en 1841, lorsqu’on redresse la route reliant le Moulin de l'Odet à l'axe Quimper-Coray. Dès lors, les trajets sont plus rapides et quelques familles d’ouvriers se fixent autour de Menez ar Groas et de Kerhuel Vian. Ce qu’on appelle « Lestonan », au début de XXe siècle, c’est en fait l'école publique, construite en 1885 à Menez ar Groas. Mais ce nom, emprunté à un village de la route Quimper-Coray et attesté dès le XVIe siècle, sera bientôt attribué à toute une agglomération en développement. Entre 1910 et 1920, grâce à de nouveaux investissements, les effectifs de la papeterie quadruplent. Les décennies suivantes voient l’installation d’habitants à Keranna et de nombreuses ouvertures : deux écoles privées, des cafés (Joncourt, Molis, Chan Deo, Kergourlay, Rannou…), des épiceries, des boucheries (Rospape, Henry), une crêperie (Huitric), une ferme-salle de danse-restaurant (Quéré)… Vers les années 1980-90, au moment où la population d’Ergué-Gabéric augmente considérablement, une école maternelle publique est construite et l’école primaire est agrandie. S’installeront aussi une agence bancaire, un salon de coiffure, un médecin…

Keranna, un satellite presque autonome
Cette cité a été construite en 1917 à la demande de René Bolloré, sur le modèle des cités-jardins, lotissements que les industriels mettaient à disposition de leurs salariés. À Keranna, dix-huit logements de style « breton pittoresque » s’agencent en forme de « U » autour d’un puits et d’un jardin.
En 1927, une centaine de personnes, composée d’employés de bureau, d’ingénieurs et d’ouvriers qualifiés de l’usine Bolloré, occupait ces maisons. Keranna était certes un habitat plus ou moins collectif, mais on y vivait en vase clos. Au début, la cité était entourée de portails. Les enfants des autres quartiers n’avaient pas le droit d’y pénétrer. Le lotissement était entièrement tourné vers la papeterie : « C'est notre histoire, tout s'agençait autour de l'usine Bolloré », résume Laors Huitric dans Mémoires de Lestonan (1910-1950).
Pour imaginer Keranna avant 1950, il faut se figurer une cité colorée en rouge, vert, bleu, rose et jaune. Chaque jardin était séparé par une balustrade aux couleurs de la maison. On disposait de l’électricité dès 1933, mais pas de l’eau courante ni des toilettes (installées à partir de 1964). Pour s’approvisionner en eau, on allait au puits central. Profond de 18 mètres, il prodiguait en été « une eau tellement froide et pure », confie Henri Le Gars.

Jean-Marie Déguignet, l’enfant terrible du Quellenec
En 1998, ses Mémoires du paysan bas-breton entraient dans top 10 des ventes françaises. Il avait écrit quelques semaines avant sa mort : « J'ai vu mon nom briller parmi les célébrités littéraires ». C'était en 1905, quelques chapitres de ses mémoires avaient été publiés dans La Revue de Paris. Qu'aurait-il dit, en 2025, après avoir vendu 400 000 exemplaires à travers le monde ?
Son manuscrit, 24 cahiers d'écolier retrouvés en 1984, fut patiemment décrypté par une chaîne de bénévoles d'Arkae, avant de paraître en 1998 chez An Here. L'ouvrage tomba entre des mains prestigieuses : Michel Polac de France Inter, Étienne de Montéty du Figaro, Linda Asher du New York Times... Le tambour médiatique se déchaîna fin 1999 et Déguignet entra dans les meilleures ventes françaises pendant dix mois ! Euphorie du côté d'Arkae et du côté de l'éditeur, Martial Ménard, qui résida longtemps au Rouillen.

► Pour aller plus loin :
Mémoires de Lestonan (1910-1950),
éd. Arkae, cahier n° 7, 2007.
En vente à l’association.

Marilyne Cotten et Bernez Rouz
Au fil d'Ergué, n° 20
Photographie : la boulangerie Guéguen, fondée en 1912.

 


Histoire des Brezhonegerien Leston'n (2025)

Dessin Quévilly Le breton à lécole la réponse de Lestonan OF 28 10 83Il était une fois les Brezhonegerien Leston’n, il y a déjà 40 ans de cela, ha bev bepred*… Né en 1983 au sein de l’école publique de Lestonan, le petit comité réuni autour de la langue et de la culture bretonnes a vite grandi. Il est devenu une association à part entière, avec ses activités, ses événements et sa convivialité propres.

Débuts à l’école publique de Lestonan
À l’origine de cette association, il y a un instituteur de l’école publique de Lestonan : Daniel Le Berre. Les textes officiels lui accordent trois heures hebdomadaires pour les activités d’éveil. Il décide en 1983 d’en utiliser une pour le breton, en CM1. Repérée par l’inspection, l’idée est encouragée par les parents d’élèves. Mieux, « un certain nombre d’entre eux se déclarent prêts à contribuer à cette initiation », confie Roger Goaper à Ouest-France en octobre 1983. La sensibilisation à la langue bretonne s’étend alors à quatre classes en 1984, puis à toutes en 1986, avec une heure hebdomadaire.

Le club de parents d’élèves
Courant 1984, pour rendre efficace l’action menée auprès des enfants, une quinzaine de parents et enseignants décident de se réunir le lundi soir. Ils sont certes plus ou moins à l’aise avec la langue, mais ils apprennent à écouter, comprendre les « parlers bretons » et chanter ensemble ! Le club des Brezhonegerien Leston’n, ou « BL », naît ainsi à la rentrée 1984, au sein du conseil des parents d’élèves de l’école publique de Lestonan (FCPE). Le groupe organise des sorties patrimoine et des soirées festives. En 1987, Gilles Servat vient chanter à Keranna. Loeiz Ropars collabore avec des rimodelloù*, dañs tro*, festoù-noz*… En 1988, Raymond Le Lann est sollicité pour ouvrir un atelier de danse bretonne, avec Fañch Morvan. Son succès amorce un tournant pour les BL. Une section enfants sera créée en 1991, animée par Sylvie Sizorn, puis Laurence Hervet, Aude Francès, Érine et Emma du cercle d’Elliant.

La transformation en association
Si l’élan initial s’est estompé au sein de l’école, le nombre total d’adhérents, lui, augmente. Les BL doivent évoluer. Il ne s’agit plus seulement d’œuvrer auprès des enfants, mais aussi de promouvoir la pratique culturelle bretonne. En 1994, le club se constitue donc en association. Sont conservés le nom, l’action auprès des enfants et l’utilisation des salles de l’école. Sont ajoutés un logo, une réflexion sur les statuts et de nouvelles activités danses.

Vers la diversification des activités
Pour permettre l’apprentissage de la langue, des bénévoles comme Christophe Kergourlay donnent de leur temps. Mais rapidement, l’association doit faire appel aux enseignants professionnels de Mervent pour les cours (sept niveaux) et le kontañ kaoz*. Un atelier « chant à danser » s’ouvre aussi, animé par Florent Christien, ainsi qu’un atelier broderie. Il y a maintenant deux ateliers danse avec Raymond Le Lann et un groupe autonome de danseurs confirmés. Enfin, tous les ans, un membre de l’association fait découvrir son « pays ». Ainsi les BL ont pu aller à la rencontre des « Pentreffest » en Cornouailles britannique.

Une vie ponctuée de temps forts
Les manifestations marquantes émaillent l’existence des BL. L’association rassemble des centaines de danseurs lors de son fest-noz d’automne. Mais l’on se réunit aussi autour de soirées plus intimistes, e-tal an tan*, avec du conte, du chant… On se retrouve encore en novembre lors d’après-midis festifs baptisés Du med splann*, avec concert et fest-deiz*, autour de Kern, Patrik Ewen, Gwennyn... Des conférences sont données. En 2016, on fête la crêpe, lors d’une journée Tro-dro d’ar c’hrampouezh*, pour faire goûter (tañva*) au meilleur de notre culture. Presque toutes ces festivités se terminent par une gavotte, moment magique autour de musiciens et de chanteurs, dans un kan ba’n dans* interminable… !

L’avenir des BL
Jusqu’en 2014, l’association s’est agrandie de nouveaux membres. Actuellement, les BL sont une centaine, avec un conseil d’administration de 18 personnes. Au fil des ans, ils se mobilisent pour maintenir bien vivant notre héritage culturel, tout en allant de l’avant, en intégrant les nouvelles têtes. Car s’il faut veiller à conserver, malgré les cultures dominantes, notre langue, nos danses et nos chants, il ne faut pas non plus les figer, comme des objets de musée, en dépit des évolutions et des créations. Ces quatre dernières décennies de BL ont montré combien la culture bretonne, riche et diverse, savait unir les gens.

Dico Breizh
ha bev bepred : et toujours vivant
rimodelloù ou rimadelloù : composition rimée, fabulette, comptine
dañs tro : gavotte
festoù-noz : bals de danses bretonnes, se déroulant la nuit, contrairement aux fest-deiz
kontañ kaoz : conversation
e-tal an tan : auprès du feu
du med splann : litt., « noir mais joyeux, brillant », quand la bonne ambiance compense l’obscurité de novembre, « ar miz du »
tro-dro d'ar c'hrampouezh : autour de la crêpe
tañva : goûter breton
kan ba’n dans : litt., chant dans la danse

Christian Daniel et Marilyne Cotten
Au fil d'Ergué n° 18, janvier 2025
Photographie : dessin de Laurent Quévilly illustrant son article "Le Breton à l'école, la réponse de Lestonan", publié dans Ouest-France le 28 octobre 1983.


Ergué-Gabéric en l'an Mil

Chantier de fouilles Mélennec SalleverteErgué peut s'enorgueillir d'une antiquité certaine. L'archéologie, la toponymie, les croix anciennes permettent de poser quelques jalons d'une occupation régulière très longtemps avant l'ère chrétienne. La mise en valeur récente d'Ar Groaz Verr (La Croix courte) dans la réhabilitation du bourg nous incite à vous définir la physionomie d'Ergué il y a mille ans, une époque ou Quimper n'existait pas encore.

Kemper qui signifie "confluent" en breton, s'est créé peu après l'an mille, par la volonté des Comtes de Comouaille qui cumulaient les titres de comtes et d'évêque. Le siège de l'évêché situé à Locmaria, fut déplacé au confluent de L'Odet du Steir et du Frout au XIème siècle. L'occasion d'affirmer les pouvoirs du prince évêque, face à la toute puissance des moines. Cette rivalité est très présente sur Ergué : l'évêque controlait le Cleuyou c'est à dire le passage du Jet tout comme Pont Odet. Les moines possédaient St Guénolé. L'église du bourg est sous l'invocation de Gwenael deuxième abbé de Landevennec et enfin le lieu dit Lezhouanac'h (anciennement Lez Gov Venec'h (La cour sous la gouvernance des moines) montrent une implantion réelle.

La paroisse primitive
Quand les Bretons d’outre-Manche débarquent en Armorique à partir du ve siècle, ils organisent leur nouveau territoire en paroisses. C’est l’origine des plou emblématiques de cette invasion pacifique de gens qui parlaient globalement la même langue et qui étaient déjà christianisés. Le lien entre ces communautés se fait par les prêtres ou les moines itinérants, qui organisent le territoire pour les besoins du culte. Ces premières paroisses sont grandes et prennent souvent des limites géographiques claires : Ergué débute au confluent du ruisseau du Mur et de l’Odet au Moulin du Pont, pour rejoindre la ligne de crête à Troyalac’h, puis le Jet au confluent du ruisseau de Pont ar Marc’had. La délimitation avec Elliant se fait au Stang Jet, en suivant le ruisseau de Quénéhaye, puis retrouve la ligne de crête à Loch Laë, avant de retourner vers l’Odet en suivant un ruisseau qui s’y jette. La limite de la paroisse à l’ouest est beaucoup plus fluctuante. L’évêque de Cornouaille possède un territoire en trois parties : Lanniron, le Frugy et Le Cleuyou. Il reste sur le mont Frugy des vestiges de temples antiques et probablement une petite agglomération au siège de l’évêché. Celle-ci se protège par des haies et des palissades de bois. Ces haies se nomment kae en breton. Et le territoire en face de ces haies défensives se nomme ar kae, comme ar mor désigne le territoire près de la mer et ar koat le territoire près de la forêt. Après le préfixe ar, il y a une mutation ; ces mots sont écrits aujourd’hui Argae, Arvor, Argoat.

Les croix antiques
La croix est devenu le symbole du christianisme à la fin de l'empire romain. Les Croix les plus anciennes en Bretagne datent du Haut Moyen-âge. La figure du Christ n'est pas encore représentée sur ces monuments frustes. Le Bourg d'Ergué-Gabéric possèdent deux croix très anciennes. Ar Groaz verr, était primitivement collée à une maison de la rue de Kerdevot. On ne connait pas son emplacement primitif avant la construction de ces maisons aujourd'hui détruites. Déplacée avec soins par le service technique municipal, elle a retrouvée une place plus valorisante aujourd'hui, toujours rue de Kerdevot. Cette croix sculptée grossièrement probablement dans un ancien mégalithe témoigne de l'implantation du christianisme à Ergué-Gabéric a partir du VIème siècle. La seconde croix intéressante se trouve aujourd'hui dans le jardin du presbytère. Dénommée Kroaz Kerrouz (la croix de Kerrouz) elle se trouvait primitivement près de Treodet, nom d'une subdivision ancienne de la paroisse. C'est là que serait né selon la légende St Gwinal, patron de l'église paroissiale. Les premiers lieux de culte étaient très modestes, et dans de vastes paroisses comme l'était Ergué, avant sa partition entre Ergué-Gabéric et Ergué-Armel, le culte était rendu par des moines ou des prêtres itinérants.

Les lieux d'occupation
Les recherches archéologiques ont confirmé une occupation très lointaine de certains points hauts d'Ergué. La toponymie nous permet de repérer ces lieux habités primitivement qui sont comme des clairières dans une forêt omniprésente. Les centres de pouvoirs au Haut Moyen âge sont Locmaria, siège de l'évêché et Carhaix siège du Comté de Cornouaille. La route de Locmaria à Carhaix baptisée An hent Meur (La grand route) est aujourd'hui la route de Coray. C'est auprès de cette route stratégique qu'on retrouve les implantations les plus anciennes : Cleuyou, Salverte, Le Melenec, Lezebel, Croix rouge, Lezergué, Lestonan, St André. Il faut y ajouter Castel et Niverrot. Le bourg est un endroit privilégié au Moyen-Âge. Pennarun (Le bout de la colline) est un lieu facilement défendable sur trois côtés. Le dernier côté ou se trouvent aujourd'hui l'église, la médiathèque, la mairie est pour l'agriculture un lieu facile à cultiver. La découverte d'une meule à grain sur le site du chantier confirme cette vocation. Ar Groaz verr serait le témoin d'une vocation religieuse très ancienne du bourg actuel. Oratoire dans un premier temps puis construction de l'église paroissiale actuelle vers 1500.

Bernez Rouz
Au fil d'Ergué, n° 18, janvier 2025
Photographie : chantier de fouilles à Mélennec. © Arkae


L'évolution des paysages à Ergué-Gabéric

Bâtiments et champs, chemins et routes… ce que nous voyons à Ergué a changé. Que s’est-il passé ? Quand ont eu lieu les transformations ? Pour quelles raisons ? Cet automne, à travers une exposition à la médiathèque, Arkae se penche sur l’évolution des paysages.

Explosion démographique
On sait peu des changements qu’Ergué a traversés depuis sa fondation. Sa population, essentiellement rurale, a dû rester stable jusqu’au XIXe siècle, où l’essor de l’usine Bolloré a attiré une main d’œuvre abondante. C’est dans le dernier tiers du XXe siècle que tout s’accélère. La croissance démographique est alors exponentielle : de 2584 Gabéricois en 1962, on passe à 6925 en 1999. Comme bien d’autres villages qui bordent des villes moyennes, Ergué connaît une intense urbanisation.

Au bourg et à Lestonan, la rurbanisation
Vers 1960-70, tandis que les voitures se démocratisent, l’État soutient l’accès à la propriété individuelle. Ces deux facteurs amènent les urbains à construire autour de centres ruraux. Au bourg, des lotissements linéaires poussent en 1965 le long du chemin vers le Reunic. Le mouvement est lancé. Fin des années 1970, le bourg se pourvoit d’une école maternelle, d’une mairie agrandie, de routes élargies et de parterres de fleurs. De 1980 à 2000, se succèdent les constructions d’îlots : le lotissement Kergaradec, la ZAC Park Boutinou, la rue du Douric… Parallèlement, des places se créent sur des sols artificialisés, comme la place Jean-Moulin. Ce parking, qui était le verger de Pennarun, s’appelait Liorz poull gwazi, le « courtil de la mare aux oies ».
À Lestonan, l’évolution est un peu différente. Entre la fin du XIXe siècle et 1920, la population passe de 26 habitants, à Kerhuel Vian, à plus d’une centaine, à Keranna. Il y a dès lors matière à former un centre, autour de l’école publique : s’installent boulangerie, bistrots-épiceries, écoles privées… Après 1945, on construit à la sortie du quartier. La population ne se compose plus seulement d’ouvriers de Bolloré, dont l’activité papetière décline. Vers 1980, l’école publique s’agrandit, comme le quartier.

Au Rouillen, la périurbanisation
Ici, l’agglomération quimpéroise s’est étendue jusqu’à transformer l’espace rural. Tout commence vers 1950-60, le long d’une montée où il n’y a que trois maisons. Peu à peu, de nouvelles habitations apparaissent. En 1978, la Ville implante une surface commerciale. Deux ans après, on recense 2600 habitants au Rouillen : un 3e pôle s’est créé, il s’équipera lui aussi de services, d’écoles, de ZAC. En 1985, la création d’un échangeur sur la voie express renforce son attractivité. Les changements ont un goût amer pour les fermiers Le Menn, qui résidaient là : « En 2007, on a vendu nos dernières parcelles [des pâturages] pour la construction de la voie express. Elle est essentielle, mais on a l’impression d’être encerclés par la circulation. »

À Croas Spern, la naissance d’un centre
Avant 1950, il n’y a là qu’une maison et un calvaire. Croas Spern, centre géographique d’Ergué, est pourtant le lieu de ralliement idéal. C’est ainsi que, dans les années 1970-80, des jeunes, dispersés aux quatre coins de commune, y construisent une baraque pour se réunir : le foyer des jeunes. Viendront plus tard le centre des loisirs, la MPT et enfin l’Athéna.

 

Photos de haut en bas : 
- Le Rouillen, photo aérienne prise entre 1950 et 65. Source IGN, Géoportail, consulté en 2024.
- Le Rouillen en 2021. Source IGN, Géoportail, consulté en 2024.

Rouillen entre 1950 et 65 Source IGN Géoportail consulté en 2024

Rouillen en 2021 Source IGN Géoportail consulté en 2024